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Makossa : Le grand retour après dix ans d'éclipse

Textes forts et belles mélodies remettent en selle ce rythme qui fit jadis honneur au Cameroun.

La nouvelle de l’accident de l’artiste Eriko, Eric Kouoh dans le civil, survenu vendredi 1er août 2008 à l’entrée de Yaoundé avait plongé des millions de Camerounais, fans des titres à succès « Njomboss  » et  » Yondo « , dans une grosse désolation. Les opérateurs de téléphonies mobiles avouent avoir noté un pic inhabituel dans les communications ce week-end là, semblable à celui des jours de fêtes. Toute cette agitation n’avait rien de familial, sauf qu’en lui les mélomanes camerounais avaient vu, depuis la sortie de son album et sa distinction comme révélation musicale au  » Canal d’or 2007 « , une digne relève du Makossa. Un rythme né peu avant l’indépendance du Cameroun avec pour désir de s’émanciper et d’aller à la modernité.

Le makossa, porte étendard
Le Makossa a longtemps porté haut l’étendard de la musique camerounaise. C’est l’époque de Ebanda Manfred, Eboa Lottin, Francis Bebey, Charles Lembe, Manu Dibango avec son indémodable Soul Makossa, encore repris en 2008 par la chanteuse américaine de Rn’b, Rihanna. Puis, il y a eu ceux qui ont perpétré la tradition en introduisant le Jazz ou la Soul comme Jean Dikoto Mandengue, Vicky Edimo et Ekambi Brillant, avec la descente de la basse et les rifs saxo. Les années 80 où Paul Biya jure d’apporter rigueur et moralisation inspire les Ngallé Jojo, Moni Bilé, Dina Bell, Guy Lobé, Douleur,  » l’Equipe nationale du Makossa  » ainsi que les trois célèbres choristes de l’époque : Sissi Dipoko, Grâce Decca et Charlotte Mbango. La rupture à cette époque glorieuse du Makossa intervient vers la fin des années 80.

C’est le début de nouvelles tendances du Makossa qui se veulent moins puristes. Petit Pays et Sam Fam Thomas s’illustrent, l’un avec des lignes de guitares et orchestration minimalistes pour le premier et l’invention du Makassi.pour le second. Sauf que ce nouveau Makossa, assez décaféiné n’a pas de racines solides. La preuve, ce rythme ne va pas résister à la déferlante du Ndombolo amené par les Wengé Musica, Bcbg, J.B Mpianna et le Quartier latin de Koffi Olomidé. Cette musique congolaise va complètement envahir la scène camerounaise, les espaces d’écoute comme les bars, les cabarets, les discothèques, les fêtes, etc. Les radios relaient, les télévisions meublent les tranches d’animation avec les clips où on voit les danseurs marcher comme feu Joseph Kabila. Le Makossa effectue quelques soubresauts qui vont vite disparaître en partie du fait du nombre trop important de clones de Petit Pays. Tout le monde s’interroge sur son avenir. Sans repères, parodiant des chansons célèbres, le Makossa titube avec les nouvelles tendances « Makossa love », « Mako zouk », « Makossa zingué », etc.

Sursaut d’orgueil
Il cherche des envolées, mais n’arrive plus à fédérer. Le Makossa va définitivement s’essouffler avec l’arrivée du Coupé décalé ivoirien. Le peuple, comme les artistes camerounais, est assujetti aux musiques venues d’ailleurs. La riposte s’organise au sein d’une certaine classe de chanteurs. Ceux-ci optent pour un Makossa où l’orchestration se complexifie, la batterie entre avec la grosse caisse dans la danse et la basse commence à devenir un instrument de référence. Longué Longué dans « Ayo Africa » va marquer les esprits avec son engagement mais aussi avec le retour au Makossa. Narcisse Pryze va s’illustrer en « nettoyeur du coupé décalé  » avec son album « Ituéda Muna ». Il va d’ailleurs avouer « que c’est un sentiment de révolte face à cette overdose des musiques venues d’ailleurs qui m’a guidé dans la composition et l’orchestration des rythmes qui ont fait le succès de mon album ». On reprend du plaisir à danser non pas sur des airs de Ndombolo, mais de Makossa. Pour Aimé Sadou, consultant culturel, « malgré le spectre de la piraterie, quelques artistes ont compris que pour renverser la tendance il fallait travailler sur trois aspects : les textes, les mélodies et le rythme de sorte à proposer quelque chose de correct aux Camerounais. Car pour acheter un album, il faut que plus d’un titre soit bon ».

Sur l’aspect de l’orchestration, il poursuit en précisant que  » ce rythme noble enregistré comme l’une des valeurs du patrimoine musical camerounais avait également perdu de son éclat du fait de la révolution technologique qui a permis de se passer d’orchestre en studio et de programmer des basses, batteries, riffs saxo, etc. Ce qui produisait des uvres de piètre qualité. » Sergeo Polo, Nono Flavie, Eriko, Joly Priso, Jumeaux de Masso, Njohreur, Conti Bilong, même s’ils font recours à un son métallique, privilégient la musique où le texte est fort et la ligne mélodique présente. Ils se sont également investis dans le marketing promotionnel à la sortie de leurs albums, avec soirée dédicace, spectacles dans les discothèques et les cabarets.  » Nous avons aussi pris en compte l’aspect coût d’achat des Camerounais avec la vie chère. C’est pour cela que les Cd de ces artistes de Makossa coûtent entre 2.500 et 3.000 Fcfa « , explique le manager de Njohreur. Cette nouvelle génération d’artistes a permis, grâce à des productions régulières qui s’éloignent de l’obscène, des copies et appels (citer les noms dans les chansons), un réveil du Makossa.


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