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Mannequin, danseur, styliste, découvrez Imane Ayissi

L’univers de la mode internationale compose depuis quelques années avec ce créateur camerounais

Natif du Cameroun, Imane Ayissi est arrivé en France en 1990. cet amoureux des tissus s’est taillé depuis une solide réputation de styliste dans la communauté afro-antillaise à Paris et au delà. Chaque année collections, défilés, shows, soirées… rythment la vie de cet artiste

On commence par vous dire ce qu’on sait de vous. Vous êtes camerounais, créateur de mode et très beau. Qu’avons-nous oublié ? (rires)
Vous avez oublié que je suis une personne humaine avant tout avec un caractère une histoire, des envies, des amis .etc. Je suis camerounais mais je vis et travaille surtout en France depuis de nombreuses années, je suis donc un mélange et une synthèse de plusieurs cultures. Très beau c’est gentil mais c’est un peu trop, c’est plus une question d’allure que de beauté. D’ailleurs je pense que la beauté est toujours liée à ce que « dégage » une personne et donc à sa personnalité plutôt que seulement son physique. Plastiquement on peut trouver bien plus beau que moi.

Danseur, styliste, mannequin, pour vous, ces trois métiers vont-ils de pair ou se complètent?
Ce sont des carrières très différentes, on n’a pas besoin d’avoir été mannequin pour être styliste, c’est d’ailleurs assez rare. Mais pour moi, dans la façon dont s’est déroulé ma vie et ça se complète, chaque métier débouchant à un moment sur un autre. Quand j’ai fais de la danse, le fait d’être dirigé par des chorégraphes ou des metteurs en scène (comme Patrick Dupond, Mia Frye, Pierre Jourdan, Georges Momboye.etc) vous oblige à une grande discipline et vous emmène dans des univers qui sont très inspirants pour la mode par exemple. De même quand en tant que mannequin on se retrouve entre les mains d’un très grand couturier ou créateur comme Gianfranco Ferré, Claude Montana ou Yves saint Laurent, c’est un travail physique mais aussi très mental. Si on sait observer on peut suivre et comprendre leur démarche et ça m’a beaucoup appris et aidé à comprendre ce qu’est profondément un vêtement, comment se construit une collection.etc.

Ecrivain aussi. Parlez nous de votre recueil et vos projets d’écriture
Mon premier recueil Millang mi Ngorè-Histoires du soir est un recueil de plusieurs contes imaginaires. Ecrire ce livre était pour moi une manière de revenir et réfléchir aux traditions africaines et de promouvoir la langue ewondo qui est aussi une belle langue mais qui est en danger, presque en voie de disparition, parce que pratiquement pas écrite. Les communautés qui la parlent la remplacent par des langues « internationales » comme le français ou l’anglais et ont même parfois honte de la parler. Evidemment aujourd’hui on doit parler l’anglais et le français pour pouvoir voyager, parler avec des étranger, mais ça n’empêche pas à coté de continuer à parler sa langue natale. Dans ces contes je me suis amusé à « parsemer » le texte en français de mots ewondo qui sont bien sûr traduits pour que les lecteurs francophones puissent les lire de manière agréable.
Pour revenir aux contes ça parle d’une Afrique magique, féérique et cruelle aussi. C’est une Afrique mythique qui n’a sans doute jamais existé et que j’ai en grande partie imaginé, c’est un prétexte pour parler de l’humanité dans son ensemble et de réfléchir aux réalités de notre quotidien. La préface avait d’ailleurs été faite par le sultan des Bamoun, SES Mbombo Njoya, qui notamment avec son musée est un grand défenseur de l’art et de l’histoire de cette région de l’Afrique. Prochainement va sortir un autre livre mais on en parlera à sa sortie.

Et vous écrivez aussi pour les médias?
Je ne suis pas du tout journaliste, mais parfois certains médias presse ou internet me demandent de réagir à des sujets d’actualité, ce que je fais avec plaisir en général, quand je pense que mon point de vue peut apporter quelque chose. C’est vrai quand on est artiste ou que l’on a une certaine notoriété on peut être un porte parole sur certains sujet et pour défendre certaine cause. J’avoue que j’y prend un certain plaisir, je pense que n’importe qui aime pouvoir donner son opinion. En revanche dès que l’on s’exprime dans les médias il faut évidemment réfléchir plus profondément, peser ses mots parce qu’elle peuvent reprises, interprétées.etc.


imane.ayissi.free.fr)/n

Êtes-vous conscients d’être l’un des stylistes camerounais les plus en vue ? quels sont vos rapports avec les autres stylistes camerounais?
Je connais très bien Blaz Design, bien sûr, chez qui j’ai débuté et pour qui j’ai fait pas mal de choses, et dont je respecte beaucoup le travail. C’est quelqu’un qui se bat beaucoup pour que des structures se mettent en place au Cameroun afin que la mode puisse s’y développer en tant qu’industrie et source de développement économique et pas seulement comme un amusement pour animer les soirées, ce à quoi se réduit souvent dans la tête des gens ce métier, ce qui ne fait pas avancer les chose. Bien sûr je connais d’autres stylistes au Cameroun qui sont tous différents dans leur style et leur talent. Je les croise dans des événements quand je suis au Cameroun, mais je travaille essentiellement à Paris et je n’ai donc pas vraiment de rapports professionnels avec eux. D’ailleurs je me place sur un plan international et je regarde la mode dans le monde entier à partir du moment où c’est intéressant et pas spécialement la mode camerounaise.

Est-ce que le fait d’avoir porté des vêtements des autres en tant que mannequin vous rend particulier en tant que styliste?
Ça ne me rend pas particulier mais comme je vous le disais juste avant, le fait d’avoir porté des vêtement de très grands créateurs et surtout d’avoir travaillé avec eux comme mannequin cabine et donc d’avoir assisté et participé aux essayages et retouches m’ont apporté une expérience unique. J’ai aujourd’hui un regard sur le vêtement et sur le rôle des matières qui vient directement de cette expérience, notamment dans la façon de construire et de structurer un vêtement en fonction du corps, de la manière dont on doit bouger dedans .etc. Ça m’a permis aussi de voir de nombreux styles et des manières de travailler très différentes, expérience que je n’aurais jamais eu en étant styliste dans ces maisons.

Chez les Ayissi, on connaît de nombreuses stars. On vous laisse les citer?
C’est à vous de les citer plutôt non ? (rires)
Je peux citer des noms de stars dans la famille Ayissi jusqu’à mon arrière grand-mère, et tous aussi talentueux, on n’aurait pas assez de place ici. Actuellement la plus grande star de la famille Ayissi c’est ma mère Julienne Honorine Eyenga Ayissi, qui fut la première Miss Cameroun, en 1960, l’année de l’indépendance.

Votre histoire peut susciter des vocations. Quels conseils donneriez-vous à un jeune homme ou une jeune femme qui veut faire ce que vous faites aujourd’hui?

Ça dépend dans quel domaine : Pour être mannequin il faut être conscient aujourd’hui qu’il ne suffit pas d’être jolie ou joli mais il faut avoir un physique spécial et quelque chose en plus. Aujourd’hui tout le monde veut être mannequin mais de toute façon il n’y en a qu’un petit nombre qui réussit, les besoins de l’industrie de la mode ou des cosmétiques ne sont pas infinis.
Pour la danse il faut surtout énormément travailler, c’est un métier bien sûr très physique mais aussi très intellectuel, il faut pouvoir entrer dans l’univers des chorégraphes. Pour être styliste, il faut bien sûr avoir un talent créatif, mais aussi technique et la mode est devenu un secteur très compliqué, où le marketing est aussi important que les aspects artistiques, donc aujourd’hui pour un jeune ça me paraît difficile de se lancer dans ce métier sans avoir fait une école de stylisme sérieuse.
Mais dans nos pays d’Afrique, pour tous ces métiers qui sont très valorisés et reconnus en Europe, il faut que les dirigeants des gouvernements apportent une aide à tous ces secteurs qui sont artistiques mais avec un important poids économique et symbolique. Par exemple est-ce normal qu’aujourd’hui le ballet national du Cameroun soit dirigé par des chorégraphes chinois ? Pour moi c’est presque insultant. C’est comme si on reconnaissait qu’il n’y a pas de talent au Cameroun alors que l’on a une jeunesse aussi douée et talentueuse qu’ailleurs, qui manque juste de structures éducatives pour permettre d’épanouir ces talents. La mode la danse c’est une manière de raconter l’histoire, les traditions d’un pays, qu’on ignore ou qu’on a oublié le plus souvent au Cameroun, et d’inventer en même temps le futur.


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