Culture › Musique

Manu Dibango: « Où est la mémoire de la musique camerounaise? « 

Entretien avec le saxophoniste, présent à Douala dans le cadre des 20 ans de musique de l’artiste Papillon

Content d’être au pays?
Bien sûr! (Rires).

Vous êtes un monument de la musique camerounaise, et actuellement il y a un vif débat sur le makossa qui ne serait plus aussi attrayant que ce qui se faisait à l’époque. Si vous devriez faire une lecture comparative entre l’ancienne et la nouvelle génération des musiciens de makossa, que diriez vous?
Moi, je ne cherche pas après ci ou ça, je cherche la bonne musique. Il y a une chose par contre qui me préoccupe dans ce pays. Vous savez que je suis animateur d’une radio, Africa N°1 tous les dimanches. Je reçois donc les disques de toute l’Afrique. Je peux vous dire qu’à l’heure actuelle, il y a une collection qu’a faite Sylla, c’est un producteur de l’Afrique de l’Ouest qui a produit entre autre Africando. Il y a une série qui m’interpelle et qui devrait interpeller tous les camerounais. La série s’appelle « Congo 70 », « Guinée 70 », « Sénégal 70 », « Mali 70 », avec des documents extraordinaires, des photos d’origine, une mise en page tout aussi explicative, un livret formidable. Où est « Cameroun 70 » ? Connaissez-vous les musiciens des années 70 ici ? Quand je prends par exemple « Mali 70 », je regarde l’album, il y a au moins 20 orchestres maliens. Quand je prends la Guinée, il y a 20 – 30 orchestres de ces années là, où est « Cameroun 70 » ? Je pose encore la question. Combien d’orchestres ? Combien de musiciens ? Zéro, on n’a pas de passé. Qui connaît Lobé Lobé Raoul ici ? Qui connaît Nellé Eyoum ici ? Ce sont les questions qu’on doit se poser.

A qui la faute?
C’est la bonne question. Où sont les documents ? Où est la discothèque ? Où sont les bandes ? Où est la mémoire de la musique camerounaise ? Ça m’effraie, par ce qu’un pays qui n’a pas de passé, n’a pas d’avenir. Quand je demande le nombre d’orchestre qu’il y avait au Cameroun dans les années 70, personne ne peut me dire, ni les jeunes, ni les vieux, c’est dramatique. Il faut fouiller, aller voir à la radio ce qui reste comme bande, etc. On ne peut pas continuer comme ça. Je ne suis pas un docteur, je ne dors pas sur le makossa, j’écoute la musique en général. Quand j’ai envie de faire du makossa, j’en fais, quand je veux faire du bitkusi je fais, je suis capable de faire tout ça, je ne m’arrête pas sur un rythme. Le Cameroun ne s’arrête pas au makossa.

La nouvelle donne au sein du milieu musical en ce moment, c’est la fusion. Qu’en pensez-vous?
(Rires) Ecoutez vraiment mes disques, vous allez voir ce que c’est que la fusion. Au moins pour une fois, je m’avance en disant ça, ce n’est pas l’orgueil, c’est la réalité.

Qu’est ce que la fusion peut apporter à la musique camerounaise selon vous?
Ce qu’elle n’a pas, parce que quand la musique est cloisonnée, il faut décloisonner ça. Qu’est ce qui peut parvenir à ça? Pas du collage. D’abord, il faut des compositeurs, les gens qui quand même, savent où est le petit bémol, . c’est vrai qu’on est doué, autodidacte, c’est bien, mais ça a des limites. A un moment donné, il faut apprendre la musique. Tout le monde est musicien, mais très peu lisent la musique, et tout le monde veut se comparer à ceux qui lisent la musique. Vous pouvez être doué, mais cela a des limites. A un moment donné, vous serez justement limité parce que vous ne pouvez pas jouer avec d’autres musiciens. Quand le papy est là, vous ne jouez pas, donc si ça ne pose pas un problème à ceux là, alors n’allez pas discuter avec des gens qui ont pris la peine d’apprendre. Nous, nous sommes derrière la musique pour la servir. Dès que les musiciens ont compris ça, ça va très vite. Et puis chacun fait aussi comme il veut, je ne suis pas jaloux (rires).

Manu Dibango
Journalducameroun.com)/n
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