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Marafa: un avocat français de l’ex-ministre interpelle Paul Biya

Par René Dassie

Me Jean-Paul Benoit demande l’évacuation sanitaire en France de l’ex-ministre qui a été de nouveau hospitalisé à Yaoundé. Il assure que son client ne se livrera à aucune activité politique dans l’Hexagone.

Une libération humanitaire pour motif de santé, en attendant la décision de la Cour Suprême du Cameroun. Voilà ce que plaide Me Jean-Paul Benoit, un avocat français de M. Marafa Hamidou Yaya, ex- ministre camerounais de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, incarcéré à Yaoundé.

De nouveau malade, celui-ci a été sorti, la semaine dernière, de sa cellule de haute sécurité du Secrétariat d’Etat à la Défense de Yaoundé, la capitale camerounaise, pour être hospitalisé d’urgence dans un hôpital de la ville. Pour la quatrième fois, en trois années de détention.
«C’est une démarche amiable que nous engageons. Un appel humanitaire en direction des autorités camerounaises. Nous demandons que notre client soit libéré, pour qu’il puisse venir se faire soigner en France, dans les conditions adéquates», a déclaré lundi 22 juin en fin d’après-midi à Paris, Me Jean-Paul Benoit, un des avocats français de l’ancien ministre. Peu avant, Me Benoit qui est aussi député européen honoraire avait formulé la même demande au cours de l’émission Le Débat africain, sur la radio Africa N° 1.

«Nous sommes en mesure de garantir au pouvoir camerounais que M. Marafa ne se livrera à aucune activité politique lorsqu’il viendra se faire soigner. L’État français peut également apporter cette garantie, car il y a urgence», a ajouté Me Jean-Paul Benoit.

Selon L’ il du Sahel, un journal camerounais, M. Marafa Hamidou Yaya a été conduit, sous forte escorte militaire, à l’hôpital général de Yaoundé, vendredi 19 juin. Le bihebdomadaire explique qu’en février et décembre 2012, il avait déjà été interné dans un autre hôpital de la capitale camerounaise, celui de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). Puis, l’année dernière, au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la même ville. Sans être soigné de manière satisfaisante, selon ses proches.

«J’ai connaissance du diagnostic d’un cardiologue réputé qui fait état de ce que M. Marafa a un problème cardiaque et devrait subir des examens et un traitement qui ne sont pas disponibles au Cameroun et certainement pas dans sa prison», déclarait dans L’ il du sahel fin mars 2014, M. Ndiva Kofele Kale, enseignant du Droit public international dans une université de Dallas aux États-Unis et avocat de M. Marafa.

Pour le journal camerounais, Paul Biya ne peut pas ignorer les soucis de santé de son ancien ministre, puisqu’il l’avait vivement encouragé à se rendre dans un hôpital parisien pour y subir une opération ophtalmologique en octobre 2011, lorsqu’il était encore membre de son gouvernement.

Jeannette Marafa explique les difficultés auxquelles son époux doit faire face, pour se rendre dans un hôpital. «Le médecin doit d’abord obtenir l’autorisation de ses supérieurs. Ceux-ci doivent à leur tour en référer au Secrétaire d’Etat à la Défense, lequel doit obtenir l’aval du palais. Qu’adviendra-t-il si un seul maillon de cette longue chaine est défaillant?» Interroge-t-elle.

Les autorités camerounaises ne sont pas prononcées sur la demande d’évacuation sanitaire de l’ancien ministre.

Au contraire estime Jeannette Marafa, la justice camerounaise se livrerait à du «dilatoire», pour maintenir son époux en détention.
Elle rappelle que M. Marafa avait introduit un recours en annulation de sa condamnation, auprès de la Cour Suprême du Cameroun.

Selon la loi camerounaise, la haute juridiction aurait dû se prononcer dans un délai de six mois. «Or, voilà près de trois ans que nous attendons», soupire-t-elle.

«Je demande qu’on libère mon mari. Il a été démontré qu’il n’avait rien à voir avec ce pour quoi on l’a condamné», plaide-t-elle.

Me Jean-Paul Benoit ne dit pas autre chose. Bien qu’engagé dans une démarche «amiable» avec le pouvoir camerounais, l’avocat parisien parle d’une détention «illégale et illégitime». Il demande à la Cour Suprême de Yaoundé de «respecter le droit» et aux autorités camerounaises de «permettre aux avocats de jouer pleinement leur rôle».

Convoqué chez un juge puis placé en détention provisoire le 13 avril 2012, M. Marafa Hamidou Yaya a été condamné à 25 ans de prison pour «complicité intellectuelle» de détournement de fonds alloués à un avion du président Paul Biya. Il a été reconnu prisonnier politique par le Département d’Etat américain et la communauté internationale.

Marafa Hamidou Yaya.
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