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Maréchal Papillon: «Je suis quelqu’un d’ambitieux et je ne vais cesser de surprendre»

A quelques jours de la présentation officielle de son nouvel album, le musicien camerounais est plutôt très optimiste.

Papillon votre album piler le mil est sorti il y a quelques semaines et actuellement vous préparez sa présentation officielle. Comment on se sent à ce moment précis ? Sous pression ?
Sous pression non. Vous savez je suis habitué, je suis un évènementiel. J’ai une équipe qui travaille avec moi. Chaque matin on établit le programme de la journée et le soir on fait le bilan. Tout est cadré, notamment sur le plan communicationnel, et je remercie le fait que vous vous associez également à cet évènement qui s’annonce grandiose. J’ai peur que la salle de Douala Bercy explose le 30 juillet !

Cette présentation va justement se dérouler en deux dates.
Deux dates tout simplement parce que comme vous savez Douala c’est au moins trois millions de personnes. Un spectacle à Douala Bercy c’est 1500 personnes, le Crystal c’est 1000 personnes, or il faut satisfaire la majorité de personnes. C’est la raison pour laquelle nous avons caller le 30 et le 31 juillet pour qu’ensemble nous puissions déguster l’album Piler le mil.

Pour vous annoncer, trois artistes sont annoncés, Stéphane Dayas, Charlotte Dipanda et Valséro. Pourquoi eux ?
Valséro parce que j’aime ce qu’il fait. Je suis un musicien qui écoute tout le monde, et je sais qui est artiste et qui ne l’est pas. Parce que dans notre métier il y a beaucoup de personnes qui viennent gâter ce fait, qui font en sorte qu’on ne nous respecte pas. Quand on écoute Valséro, on sent que c’est quelqu’un qui voudrait laisser son empreinte dans le domaine de l’art et de la culture au Cameroun. Pour ce qui est de Charlotte Dipanda, les gens ne le savent pas, je la condamne souvent parce qu’elle ne mentionne jamais qu’elle sort de mon orchestre Le Pizza Dance ! C’est moi qui fais chanter Charlotte Dipanda pour la première fois dans un studio et dans un album. C’est en 2000 que Charlotte Dipanda explose dans mon album Cacao café, et ça elle ne le dit pas. Stéphane Dayas parce qu’il a chanté avec moi sur plusieurs titres de l’album, il est talentueux, il tutoie les trois octaves de la musique et dans l’album on fait quelque chose qui n’a rien à voir avec ce qui se fait au Cameroun.

Les tarifs de ces soirées sont à 10 000 FCFA, vous pensez que c’est un prix raisonnable pour tout le monde ?
Les gens sont toujours entrain de pleurer, pourtant c’est eux qui exigent les bonnes choses. Vous connaissez la position des sponsors au Cameroun. Je vais vous le dire, je finance moi-même mes spectacles. Ces banderoles et affiches qui inondent la ville, je les finance moi-même et ça coûte des millions. Les sponsors arrivent peut être après. Je présente cet album et en même je vais revisiter mon répertoire depuis vingt ans de carrière avec des titres comme Gazon synthétique, Lydia, Je suis amoureux, etc. La belle époque en fait. Ce n’est pas qu’on ne fait pas de la bonne musique aujourd’hui, mais il y a des jeunes qui ne savent même pas pourquoi ils font de la musique. Ils ont emmené le désordre. Aujourd’hui la mondialisation fait que certains veulent se positionner où ils ne doivent pas. Le maçon qui devient électricien, etc. Il faut que chacun reste à sa place et que le maçon ne laisse pas son métier pensant que l’autre est facile. Parce qu’il voit le Maréchal Papillon rouler dans une voiture samouraïs il pense que c’est facile. Donc 10 000 FCFA c’est le prix de la qualité, et vous savez que je prends toujours le temps de bien faire mes albums, la pochette. L’album a été soutenu par les grands noms de la musique africaine tels Manu Dibango, Papa Wemba, Guy Nsangue, henry Njoh et autres dans les grands studios parisiens.

Dans votre album, on note d’ailleurs la présence de Stéphane Dayas, la présence de Henry Njoh, Papa Wemba, parlez-nous un peu de ces collaborations.
Vous savez aujourd’hui c’est la mondialisation, il faut s’unir pour faire force. Je pense que pour percer d’autres horizons, toucher d’autres publics il faut cet assemblage, il faut créer des colorations, il faut du nouveau. C’est pour cela que certains chanteurs que je ne vais pas citer ici sont monotones, ils ne veulent pas associer d’autres musiciens. Donc moi j’essaie de rassembler au maximum pour que ça marche mieux. Ça n’a pas commencé aujourd’hui j’ai chanté avec Jacky kingue, papa Manu Dibango, Meiway, aujourd’hui c’est Papa Wemba, demain pourquoi pas Lionel Richie ou Akon. Je suis quelqu’un d’ambitieux et je ne vais cesser de surprendre.

Quel message exactement vous transmettez à travers Piler le mil ?
L’inspiration de cet album est un peu anecdotique. Je suis au Nord Cameroun, je me réveille un matin et je trouve sept femmes entrain de piler le mil avec les bébés au dos. Imaginer les sons de ces sept pilons qui s’enchaînent. C’est partant que j’ai décidé de titrer mon album piler le mil. Pour poursuivre l’anecdote, j’ai fait deux semaines au Nord il n’y avait pas d’avion. Donc entre Ngaoundéré et Douala j’ai composé notamment ce titre dans le train.

En dehors de cela, vous êtes président du comité musical de lutte contre la piraterie (CMLP), un mouvement dont on entend plus parler. Pourquoi alors que la piraterie gagne toujours du terrain ?
Merci bien pour cette question. Nous sommes dans un pays où nous évoluons dans l’éphémère. On vit au jour le jour, si tu as mangé tant mieux les autres on s’en fou. Le matérialisme a gagné du terrain. L’argent à tout prix et par tous les moyens, on se fiche des valeurs intrinsèques. Je prends l’initiative avec certains de mes collègues de lutter contre la piraterie. Initiative saluée par la ministre de la culture Tutu Muna qui venait d’arriver. On s’appelait et on se tutoyait même déjà. Mais laissez-moi vous dire que les gens sont allés me saboter, vous connaissez les camerounais quand il s’agit de cela. C’est un escroc, c’est un bandit, etc. C’est normal comme elle venait d’arriver, elle s’est retirée pour voir si c’était vrai ce qu’on lui racontait. Depuis lors je ne parle plus de piraterie. Avez-vous vu un seul artiste en parler ? Personne ! Parce qu’il faut avoir cette énergie, cette force, cette foi. C’est mon métier et je me dis que nous les artistes sommes mieux placés pour trouver les moyens de lutte contre ce fléau. Nos dirigeants s’en foutent, ils ont leurs salaires à la fin du mois, ils se foutent de nous. C’est pour cela que les artistes sont ce qu’ils sont aujourd’hui. Les artistes n’ont plus d’images. Quand un artiste camerounais passe il ne fait pas rêver. Nous ne sommes pas deux ou trois qui faisons rêver ! Quand le samouraï Papillon passe, les gens regardent, parce que je préserve mon image. Tous les autres sont complexés.

Et que devient le comité musical de lutte contre la piraterie ?
J’essaie à ma manière de communiquer. Mais la piraterie ce n’est pas que moi, c’est un problème national et d’éthique. Nous devons le dire à nos compatriotes qui n’ont pas encore compris la place de la culture dans un pays. Aujourd’hui nous n’avons plus de producteur dans notre pays parce que tu sors ton album le matin, avant 17 heures il est contrefait. Est-ce que les gens vont continuer à y investir. J’ai bien la volonté de continuer la lutte mais j’ai reçu des coups de poing, des menaces de mort par rapport à ces pauvres garçons qui vont contre la loi. Ils le savent mais que faire, c’est la misère qui les pousse. Pour l’instant j’ai opté pour la sensibilisation et il faut que l’Etat prenne les choses en main. C’est à lui de maintenir le bien être de la population. Il faut que chacun fasse son travail. Quand on envoie un policier en route, ce n’est pas pour qu’il prenne le gombo. Les blancs ne font pas la magie. J’ai fait 27 pays au monde, et je constate que ce qui nous tue c’est que personne ne veut prendre son boulot au sérieux. Le Cameroun est un pays de paix, je souhaite qu’il reste ainsi, mais nous devons faire des efforts ensemble pour que les choses puissent avancer.

Pour terminer quel est aujourd’hui l’état de vos rapports avec la Socam et le ministère de la culture ?
Moi je n’ai de problème avec personne. Je les regarde faire. Ce sont des fonctionnaires qui ont leurs salaires à la fin du mois, et qui doivent impulser des actions. Mais visiblement il n’en n’est rien.

Maréchal Papillon
africahit.com)/n
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