â€ș Culture

Dans la marmite de « Mama Ntsama »

Marie-Bernard Patricia Ngongo Ntsama. ©Droits réservés

PassionnĂ©e de cuisine, la jeune femme a rejoint l’équipe de « Africa Mbolo- Bonjour l’Afrique », programme diffusĂ© sur radio Sud Besancon.

Quand on lui demande qui elle est, elle rĂ©pond, avec une certaine rĂ©serve, qu’elle s’appelle Marie-Bernard Patricia Ngongo Ntsama, qu’elle est une jeune femme de trente-cinq ans, originaire de Mvengue dans le Sud Cameroun. Cette unique fille d’une fratrie de huit enfants a Ă©tĂ© et est toujours choyĂ©e par les siens. Curieuse de nature, elle s’intĂ©resse beaucoup Ă  la lecture, Ă  l’évolution de la mode, aux voyages, au jardinage et aux arts martiaux mais, surtout, Ă  la musique et Ă  la cuisine, qui sont les passions rythmant sa vie. Nous l’avons rencontrĂ©e.

Quel est votre rĂŽle dans l’émission de radio « Africa Mbolo » ?

C’est une chronique d’une trentaine de minutes dans laquelle je parle d’abord de la pluie, du beau temps et des petits potins de YaoundĂ©. Ensuite, je parle d’une plante, d’une Ă©pice, d’une tubercule, d’une viande ou d’un poisson de chez nous. J’en parle au niveau de ses origines, de son histoire, de ses valeurs nutritives, parfois thĂ©rapeutiques, et des diffĂ©rentes façons de la cuisiner. Puis, je donne une des recettes typiques du terroir afin que les auditeurs puissent, en Afrique ou en Europe, la rĂ©aliser. Ah ! j’oubliais ! Le rĂ©alisateur tient absolument Ă  ce que je finisse ma rubrique par un proverbe dans une langue locale, en lien avec la recette du jour ou le met. Proverbe que je traduis souvent sommairement.

Cette rubrique me permet de faire beaucoup de recherches, tant sur la toile que dans les secrets de nos mamans, sur les différentes utilisations de nos plantes et épices.

D’oĂč vient votre passion de la cuisine ?

Je suis tombĂ©e dans la cuisine depuis ma tendre enfance. Maman Sita, notre maman, recevait beaucoup. Il y avait toujours des invitĂ©s Ă  la maison, elle Ă©tait aussi tout le temps chargĂ©e de l’organisation des rĂ©ceptions dans la famille, Ă  son travail et surtout Ă  l’église.  Nous, tous les enfants, Ă©tions ses commis de cuisine. Elle nous dirigeait d’une main de maĂźtre. Gare Ă  qui brĂ»lait ou salait trop un plat ! C’est ainsi que j’ai appris d’elle et que je l’ai naturellement remplacĂ©e Ă  la gestion des cuisines de la maison et de certaines rĂ©ceptions.

Il faut dire que mes parents me voyaient mĂ©decin, mais moi, je rĂȘvais d’opĂ©ra et de chant lyrique (j’ai mĂȘme participĂ© Ă  quelques concours avec  brio !). AprĂšs le dĂ©cĂšs de mes parents, j’ai dĂ©cidĂ©, en 2004, de travailler : gĂ©rante d’un institut de beautĂ©, puis dans le marketing
 Mais, mĂȘme si j’excellais dans ce mĂ©tier, je ne supportais pas d’ĂȘtre sous les ordres de quelqu’un. Je n’étais heureuse qu’en cuisine.  Aussi, j’ai dĂ©cidĂ© d’en faire, avec la musique, mon second mĂ©tier. D’oĂč mon concept de « La Marmite de Mama Ntsama ».


En quoi consiste cette « Marmite de Mama Ntsama » ?

Je chante dans une chorale et dans un orchestre. Lors d’une fĂȘte d’anniversaire de la chorale, nous avions au menu, de la viande de vipĂšre (plat d’honneur trĂšs prisĂ© chez nous). Cependant, aucune des filles ne savait et n’osait l’accommoder. Il faut dire que, de son vivant, mon pĂšre en raffolait mais maman n’y touchait pas Ă  cause des interdits de sa tribu ; alors, c’est Ă  moi que revenait la charge de cuisiner cette vipĂšre. Et, ce jour-lĂ  Ă  la chorale, tout le monde a Ă©tĂ© surpris qu’une jeune fille comme  moi  sache apprĂȘter un plat qui n’était rĂ©servĂ© qu’aux femmes d’un certain Ăąge. C’est alors qu’on a commencĂ© Ă  faire appel Ă  moi pour des commandes de nos plats traditionnels.  Ce qui m’a renforcĂ©e dans l’idĂ©e qu’avant de faire de la cuisine d’ailleurs revisitĂ©e, il nous fallait dĂ©jĂ  connaĂźtre les classiques de la nĂŽtre. Cela m’enrichit.

Je fais de la cuisine du village, Ă  la façon de nos grands-mĂšres, pour remettre au goĂ»t du jour des recettes oubliĂ©es. C’est le concept de la Marmite de Mama Ntsama. Ici, Ă  YaoundĂ©, je suis traiteuse pour des Ă©vĂšnements locaux, mariages, baptĂȘmes, deuils, etc.

Avez-vous des plats préférés ?

Vous me posez une colle ! Vous demandez Ă  une gourmande patentĂ©e comme moi ce qu’elle aime en cuisine ! En fait, j’aime beaucoup le « eru and water fufu », plat emblĂ©matique du Sud-ouest, le « kondré », le « sangah », le « domba » de porc, et tout ce qui est chenilles, termites, « foss », criquets
 Je suis une grande curieuse, et mĂȘme si certains pensent que c’est un vilain dĂ©faut, cela m’a permis de dĂ©couvrir de nouvelles choses, d’apprendre l’histoire de nos recettes et de nos plats, leur Ă©volution et leurs variantes qui me fascinent beaucoup.

Je ne pense pas qu’il y ait une cuisine meilleure qu’une autre, elles sont juste diffĂ©rentes et complĂ©mentaires. Le continent africain est riche, tellement riche dans ce domaine ! DĂ©guster au NigĂ©ria un plat d’  « egoussi », mettre au point un bon coq au vin, s’asseoir devant une bonne marmite de « zom », de « saka saka » succulent, ou d’un tagine bien Ă©picĂ©,  voilĂ  toutes les richesses qui font le bonheur de nos papilles, de nos gosiers et de nos estomacs et que j’ai le plaisir de partager avec les auditeurs de Radio Sud Besançon.

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

À LA UNE
Retour en haut