Personnalités › Diaspora

Me Félicité Esther Zeifman, retour vers la passion de défendre

Après plusieurs vies professionnelles, cette camerounaise a décidé de retourner au barreau pour défendre les faibles et lutter contre les injustices

Un port chic, une démarche rassurée et surtout, une posture magistrale. Fière, Félicité Zeifman l’est. Fière de ce qu’elle a mené comme combats, mais surtout du nouveau tournant qu’elle a donné il y’a quelques temps à sa vie professionnelle, le retour devant le barreau. Même si quand elle évoque cet épisode de sa vie, elle ne peut s’empêcher de penser à son mari, qui a été son support, mais qui est parti « bien tôt ». Née à Douala, cette originaire des régions du Centre et de l’Est Cameroun a fait ses études au petit Joss à Douala, au collège de la retraite à Yaoundé, au gré de l’affectation de ses parents. Après deux années au lycée technique de Yaoundé, elle termine son cursus dans un lycée parisien en 1977. Elle y obtient un baccalauréat B (économie sociale). Elle s’inscrit par la suite à la faculté de droit à Paris V Malakoff où elle obtient un DESS de fiscalité appliquée. A sa sortie d’école en 1985, elle est embauchée par Price Waterhouse et est affectée au Cameroun pour travailler dans la filiale locale du cabinet dirigée alors par M. Albert Lincoln. Elle a comme missions secrétariat de société et audit juridique.

Avocat par passion ou par vocation ?
Trois ans après son installation au Cameroun, son père, haut cadre de l’administration camerounaise, est arrêté dans le cadre d’une affaire politico-financière et c’est le déclic : « je suis devenue avocate pour être près de mon père. Pendant la durée du procès, j’ai dénoncé ce que les avocats dénoncent aujourd’hui dans le cadre des procès de l’opération Epervier. Mais à l’époque, tout le monde ne voyait que la fille qui défend son père ». Ce dernier est condamné à faire de la prison et « j’ai fait l’objet de nombreuses menaces et avec la bénédiction de mon père, j’ai décidé de partir du Cameroun pour le Gabon ». Elle va y intégrer le cabinet de Me Marlyse Issembe, la première femme avocate du pays, comme collaboratrice. Après cette expérience, elle décide de proposer ses services à Eurest Services, spécialisé dans le catering. Elle y occupe le poste de responsable administrative et juridique. En 1999, un an et demi après sa sortie de prison, son père décède. C’est une période de grande souffrance qu’elle va assumer pendant un an avant de décider de retourner vivre en France. « Je retourne sur les bancs pour faire ingénierie de formation, je fais mon stage chez GDF Suez qui m’embauche à la fin de ma formation comme responsable formation et recrutement étudiants grandes écoles ». En 2008, sur insistance de son défunt époux, elle accepte de retourner à la profession d’avocat, elle va donc repasser le concours du barreau et en 2010, elle décide d’ouvrir son cabinet, malgré la mort brutale de son mari, décédé en début de cette année-là. C’est donc sans son principal soutien qu’elle va affronter à nouveau les cours et les tribunaux parisiens. Elle propose des prestations en droit pénal, droit pénal des affaires, droit de la famille, droit des étrangers (nationalité, régularisations, zones d’attente…), droit des sociétés, baux commerciaux et d’habitation, mise en relations investisseurs et hommes d’affaires. Elle décide donc de consacrer son énergie à cette nouvelle page de sa vie et à son fils, ainsi que de faire plus de place à ses différents combats.

Me Félicité Esther Zeifman, avocate au barreau de Paris

Une vie de combats
Me Zeifman défend la cause des homosexuels, son cabinet parisien représente les intérêts de l’association de défense des intérêts des homosexuels de Me Alice Nkom, Adhefo. On l’a vu près de cette dernière lors des marches pour l’intérêt des homosexuels à Paris. A la question de savoir qu’est ce qui l’a incité à mener ce combat pour les droits des homosexuels, elle répond : « Un des premiers dossiers que j’ai plaidé en tant qu’avocat au Cameroun, a été celui d’un jeune homme poursuivi pour homosexualité et chantage. Le président du tribunal ne l’avait condamné que pour chantage et il a expliqué que j’avais apporté la preuve que l’homosexualité était dans la nature et il a demandé comment il aurait pu condamner la nature de quelqu’un. » Et de poursuivre : « Selon moi, la question n’est pas celui d’un débat naturaliste, mais c’est celui de savoir si on a le droit de juger l’intimité des gens. » Sur un plan légal, « la nature juridique de l’article 347 bis du code pénal sur lequel se fonde les magistrats pour prononcer les jugements a été intégré par une ordonnance présidentielle alors que la constitution dit que les crimes et les délits sont définis par la loi. » Ajouté au fait que pour elle, « cet article est en contradiction avec la déclaration des droits de l’homme intégrée dans la constitution du Cameroun. » Elle loue de ce fait le courage de Me Nkom, d’autant plus que pour elle, il y’a injustice dans les peines : « En 2006, lors de son discours à la jeunesse, après la publication des listes des homosexuels par les journaux, le président Paul Biya avait bien précisé à l’encontre des journalistes que ce qu’ils relevaient émanaient de la vie privée. Je me demande s’il y’a deux types de camerounais ? Il reconnait que cela relève de la vie privée quand il s’agit des hommes politiques et des cadres, et pour les autres ? En plus, ils sont très souvent arrêtés sur la base de la délation. Personne n’a été arrêté en flagrant délit. » A côté du combat pour les droits des homosexuels, « j’aimerais me battre contre les violences faites aux femmes ». Un domaine l’intéresse davantage, celui du viol et de l’inceste. Elle voudrait pouvoir proposer en plus de l’accompagnement juridique, un accompagnement social et des modes d’insertion pour les plus grandes victimes.

C’est donc une nouvelle page qui s’ouvre dans la vie de cette Sénatrice de la Jeune Chambre Internationale, fédération mondiale de jeunes professionnels repartis en communautés dans une centaine de pays dans le monde. Après avoir milité pendant de longues années au sein de ce groupement de jeunes leaders, elle continue à apporter son soutien aux jeunes notamment aux jeunes des quartiers difficiles de la banlieue parisienne en France.


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