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Médicaments de la rue: Le mal persiste à Ngaoundéré

Malgré les mesures prises par les pouvoirs publics, le phénomène va grandissant dans la ville de Ngaoundéré

Pourquoi tant d’efforts vains à combattre définitivement les pharmacies de la rue ? Pourquoi les pouvoirs publics n’arrivent pas à enrayer efficacement le phénomène ? Comment les rues s’approvisionnent en produits pharmaceutiques d’origine douteuse ? Et pourquoi les populations se ravitaillent en ces produits ? Voilà quelques interrogations qui hantent les consciences des experts sanitaires qui sans doute, s’inquiètent des risques liés à la consommation des médicaments de la rue. Le constat est clair: c’est un combat rude que mènent les pouvoirs publics pour mettre à l’abri la santé des populations. Pourtant, le phénomène s’est encré profondément dans les habitudes de ces dernières dont l’automédication épargne les portefeuilles du coût de la vie chère.

Médecin malgré soi
La proximité des pharmaciens de la rue et le coût tout à fait raisonnable de leurs produits est un facteur principal qui justifie la ruée vers ces médicaments de la rue. La majorité des patients aujourd’hui ne se dirigent pratiquement pas vers les centres de santé agrées au premier mal. Il faudra attendre sûrement plusieurs jours, attendre que la pathologie s’accentue avant de consulter un médecin parfois en vain. Dans la plupart des cas, les raisons avancées par les uns et les autres tournent autour du coût élevé et du temps à perdre dans ce processus dit normal. « Je n’ai pas l’habitude de voir un Docteur pour mes médicaments. Depuis des années, j’achète tous mes médicaments dans la rue. Ils sont abordables et je ne perds pas du temps comme à l’hôpital, il faut attendre longtemps, payer la consultation, payer encore le remède trop cher, moi je ne peux pas ! » Nous confie un patient rencontré chez un pharmacien de la rue. C’est un secteur qui finalement attire beaucoup de commerçants à cause de sa rentabilité. Pas besoin de suivre une formation appropriée, pas besoin de beaucoup de fonds pour entamer sa carrière de médecin et de pharmacien improvisé. Le manque de sensibilisation sur les dangers très souvent mortels de ces denrées pharmaceutiques problématiques peut aussi être considéré comme l’une des causes principales de la consommation de médicaments de la rue. Beaucoup de patients ignorent la composition, la posologie et même la date d’expiration de ces produits. L’avis du vendeur fait foi. On ne cherche plus à en savoir plus. « Tout le monde vient acheter nos médicaments, ils sont contents du résultat puisqu’ils retrouvent leur santé. Parfois même, ce sont les infirmiers qui travaillent à l’hôpital qui viennent acheter pour revendre aussi à un prix cher » affirme un grossiste en médicaments de la rue connu dans le secteur.

De l’automédication au suicide ?
Même si aujourd’hui, le phénomène est devenu monnaie courante chez les populations, il y a tout de même des dangers que beaucoup n’ignorent pas. Dr. ZACHARIAOU ALHAJI, Médecin de santé publique en service à Ngaoundéré estime que la majorité des complications observées après l’automédication sont la résultante de surdosage, de confusion, ou même de contre-indication pendant la prise de ces médicaments. Ce sont des cas fréquents qui aboutissent parfois à une situation inattendue, revenant encore plus coûteuse au patient. Le problème tend à se généraliser. Derrière ces médicaments, se cache une autre réalité, celle du trafic des stupéfiants notamment le tramol, très sollicité par les usagers du domaine. En 2012, les autorités locales ont procédé à la destruction de plusieurs tonnes des médicaments de la rue d’une valeur estimée à plusieurs millions de francs CFA. Un geste qui n’a été utile que pour soi-même et non pour les exploitants du secteur qui jusque-là, ont toujours le dessus sur les actions gouvernementales. Selon certains observateurs avertis, le problème remonte au niveau des frontières où les trafiquants corrompent les agents de sécurité afin de faire entrer leurs produits sur le territoire. La porosité de ces frontières reste et demeure le principal point favori d’approvisionnement en médicaments de la rue qui viennent se stocker à l’intérieur du pays pour s’écouler de la plus belle des manières. Il faudrait alors revoir les zones limitrophes au Nigéria, grand fournisseur de ces produits. A ce stade, le combat contre les médicaments de la rue ne fait que commencer.

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Journalducameroun.com)/n

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