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Message du Dr Vincent-Sosthène FOUDA aux travailleurs camerounais – 1er mai 2013

Dr Vincent-Sosthène FOUDA Socio-politologue

Chers compatriotes, il y a exactement 125 ans, le congrès de l’American Federation of Labor décidait de faire du 1er mai une journée d’action en faveur de la journée des huit heures. La proposition a été reprise lors du congrès fondateur de la IIe Internationale, en juillet 1889, à Paris. « Nous décidons qu’une grande manifestation sera organisée à date fixe de sorte que, dans tous les pays en même temps, le même jour, les travailleurs exigent des autorités qu’elles ramènent légalement la journée de travail à huit heures », exposait la résolution. Ce bref rappel historique nous place, nous camerounais au c ur du travail et du syndicalisme. C’est donc l’occasion de saluer la mémoire des nôtres, camerounaises et camerounais qui ont uvré à organiser le monde du travail, messieurs Oka’a, Jérome Emilien Abondo, Dominique Fouda Nsima.

Chers compatriotes, c’est le moment de réfléchir à tout ce qui fait notre fierté d’être camerounais et de faire partie de ce monde des travailleurs camerounais. Permettez-moi aussi de dire notre volonté commune de voir, avec vous, ce que nous sommes prêts à faire pour créer de l’emploi dans notre pays mais aussi pour protéger les acquis. Chers compatriotes, il est temps que le gouvernement se penche sur la situation de l’emploi dans notre pays notamment, en comblant le déficit camerounais dans les infrastructures publiques qui sont une réelle poursuite de la mise en place des institutions dans notre pays. Cet investissement dans l’infrastructure publique devrait nous permettre de poursuivre la reconstruction des collectivités territoriales décentralisées dont nous avons besoin pour redresser l’économie et les finances de notre pays.
Chers compatriotes, rien ne s’obtient sans un minimum d’organisation, rien ne s’obtient sans une réelle action et sans construction d’un rapport de force. Le 1er mai est le jour où les travailleurs disent : « Sans nous, pas de richesse. » C’est une réponse à l’idéologie qui décrit les patrons comme une sorte d’« élite éclairée », d’où émane toute richesse. À la fin du 19e siècle, l’influent sociologue William Graham Sumner affirmait : « On les a nommés capitaines d’industrie. L’analogie de cette appellation avec les chefs militaires n’est pas trompeuse. Les grands dirigeants du développement de l’organisation industrielle ont besoin de ce talent : capacité de donner des ordres, d’assurer le commandement, courage et détermination. L’armée industrielle est toute aussi dépendante de ses capitaines que le monde militaire de ses généraux. Il existe de ce fait une grande demande de ces capacités requises. En disposer est un monopole naturel. » Des industriels, banquiers et hommes d’affaires tels des capitaines en qui il faut avoir une confiance aveugle. L’action collective, des syndicats combatifs, des grèves de 1er Mai, tout cela, serait de l’insubordination directe…

Les changements sociaux ont été construits d’en bas
Nous sommes aujourd’hui plus d’un siècle plus tard et, entre-temps, le monde a profondément changé. Mais, heureusement, les travailleurs ont continué à s’organiser. Oui comme vous j’ai regardé les statistiques, 9 camerounais sur 10 vivent de l’informel, nous avons le SMIC le plus bas de la sous-région et n’ayons pas honte de le nommer : 28 000 francs, pas de quoi nourrir même un enfant de deux ans mensuellement ! Ce que vous avez aujourd’hui, hier a été obtenu par nos ainés par la force et le dialogue. Constituez-vous en véritable contre-pouvoir, soyez des syndicalistes combatifs, soyez un monde associatif critique qui vise l’intérêt de tous. Il n’est pas normal et légitime qu’au sein de vos syndicats qu’on ne parle que des préavis de grève et qu’il n’y ait jamais une action qui apporte une plu valu à votre quotidien, au quotidien de vos camarades et de vos collègues. Vous fonctionnaires et autres agents de l’Etat, vous ouvriers dans les chantiers, cultivateurs, bayem sellam, benskineurs, taximen vous êtes tous des travailleurs aux mêmes titres que ceux et celles que vous admirez.

« Les changements sociaux et politiques les plus radicaux ont été mis en place sous la pression d’une opinion publique exprimée avec véhémence, et non en premier lieu par le biais des élections et du Parlement », écrit le professeur Gita Deneckere. C’est donc une bonne chose que nous ayons cette histoire sociale et que le mouvement ouvrier de notre pays ne se soit pas résigné aux chants des sirènes le poussant à la soumission et à la passivité. Souvenons-nous que c’est au bout d’un mouvement ouvrier à Douala en septembre 1945 qu’a vu le jour le premier parti politique camerounais qui portera les revendications pour l’indépendance. Ne laissons pas ceux qui ont les deux mains sur le volant du pays dicter uniquement leur logique !

L’autre chantier que nous devons ouvrir aujourd’hui sans complaisance est celui du travail transfrontalier. En effet, de nombreux travailleurs camerounais regardent vers les pays voisins pour pouvoir exercer leur profession. Il est plus que temps que les pouvoirs publics se penchent sur ces mouvements migratoires aux frontières afin d’éviter les nombreuses expulsions parfois au sein même des pays de la CEMAC. Une bonne politique sous régionale des mouvements migratoires commence par une mise en place à l’intérieur du pays d’infrastructures lisibles dans le monde du travail, qui préservent les droits des travailleurs et, mettent en exergue leur savoir-faire.

Pas du bla-bla gouvernemental et des entreprises, mais des actes

Chers compatriotes, nous pouvons changer beaucoup de choses pour améliorer le quotidien de nos populations. La célébration de la fête du travail doit nous donner l’occasion de prendre conscience que beaucoup d’entre nous ont perdu leur emploi pour diverses raisons, que beaucoup de camerounais attendent devant la porte pour pouvoir se situer dans la vie de tous les jours – des centaines de milliers d’emplois doivent donc être créés grâce au génie de notre peuple et à la volonté politique des gouvernants – c’est vers cette volonté que Cameroun Génération 2011 aimerait vous conduire. Notre pays produit beaucoup de richesses, voilà pourquoi des logements sociaux doivent être construits, le panier de la ménagère ne devrait pas être aussi vide – le bois camerounais ne doit plus sortir de nos forêts en nous laissant sans route. Vous voyez que le 1er mai n’est pas dépassé, je vous appelle à être combatifs et revendicatifs, ne vous laissez pas enfermer dans la naïveté et le plaisir personnel au détriment de toute la collectivité car le développement et l’épanouissement ne sont point individuels. Demandons ensemble que les routes tuent moins parce qu’elles sont bien construites, demandons des établissements scolaires pour nos enfants, demandons des emplois stables avec des salaires qui nous permettent de nourrir nos familles, demandons des hôpitaux pour soigner nos femmes, nos enfants et nos parents, demandons des pensions pour nos parents qui ont laissé leur jeunesse dans le travail. Oui chers compatriotes, demandons qu’avec notre force de production on construise un avenir pour notre pays, pas seulement pour une infime minorité mais pour nous qui travaillons et nourrissons notre pays. Déployons donc ensemble toute notre énergie afin que Vive la Paix, génératrice du Travail qui lui-même est bâtisseur de la Patrie.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA Président du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie (M.C.P.S.D)
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