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Mise au point du Race à propos de Aes Sonel

« Contre l’avis du RACE, l’opérateur AES/SONEL tente depuis peu, d’entraîner les associations de consommateurs dans sa croisade contre la fraude électrique »

Après la dernière augmentation des tarifs de l’électricité et la levée de boucliers qu’elle avait suscitée chez les usagers, l’opérateur AES/SONEL avait invité, pour la première fois le 25 Mai 2010, une douzaine d’associations de consommateurs à une réunion de concertation et d’informations. Le Réseau Associatif des Consommateurs de l’Energie (RACE) avait pris part à cette rencontre inédite. Les deux parties avaient alors convenu de la création d’un cadre permanent de concertation pour faciliter la communication et améliorer les relations entre AES/SONEL et les associations de consommateurs.

Au cours de la deuxième réunion qui s’est tenue vendredi 06 Août 2010, l’opérateur AES/SONEL a ramené sur la table 02 questions : celle de la lutte contre la fraude électrique ou « pertes non techniques » et celle du vandalisme sur ses installations de réseau, notamment les supports de transport en lignes haute et moyenne tensions. Sur ce point, comme lors des échanges du mois de Mai et contre l’avis de toutes les autres associations présentes, le RACE a réaffirmé son opposition à la volonté manifeste d’AES/SONEL de s’allier les associations de consommateurs dans ses actions de lutte contre ces fléaux, dont le coût global est estimé à plus de 15 milliards FCFA chaque année.

S’il est évident que ces pratiques sont dangereuses et préjudiciables pour les consommateurs honnêtes, il ne nous appartient pas de faire la « police » pour le compte de l’opérateur AES/SONEL. Nous pensons que la vocation première d’une organisation consumériste n’est pas de traquer les vandales et les usagers indélicats. Notre mission primordiale est la défense des droits et la protection des intérêts économiques et sociaux des consommateurs.

Nous rappelons qu’AES/SONEL a pour actionnaire principal l’Etat du Cameroun (44% du capital) ; à ce titre, cette entreprise privée, investie d’une mission d’utilité publique, peut solliciter et disposer des moyens régaliens de l’Etat pour juguler la fraude et assurer la sécurité de ses installations. D’ailleurs, on voit très souvent les forces de l’ordre (police et gendarmerie) accompagner les agents AES/SONEL, lors des opérations anti-fraudes musclées et spectaculaires.

Pour le RACE, la lutte contre l’incivisme électrique relève avant tout de la responsabilité conjointe d’AES/SONEL et de l’Etat – actionnaire et partenaire de cette entreprise; ils peuvent à la limite, sous-traiter une partie de cette tâche à d’autres entreprises et entités professionnelles spécialisées et intéressées par cette activité ; mais en aucun cas, la confier, même de manière accessoire, aux associations de consommateurs.

Par conséquent, tout en étant persuadé de l’utilité économique de mettre un terme à ces phénomènes, le RACE s’oppose d’emblée à toute initiative visant à faire participer, de quelque manière que se soit, les organisations de défense des consommateurs, à la répression ou toute autre action de lutte contre l’incivisme électrique.

Toutefois, pour la gouverne des usagers, il est utile de savoir que l’énergie électrique est un produit par nature consomptible et fongible ; c’est-à-dire, lorsqu’elle est générée, elle ne peut pas être stockée et doit être immédiatement consommée. L’opérateur AES/SONEL ne facture que l’énergie arrivant sur un compteur électrique non défectueux et dont le point de livraison est dûment répertorié dans ses cahiers. Le prix du kWh étant lié au coût de production, les consommateurs intègres paient pour les fraudeurs. AES/SONEL prétend même qu’un éventuel succès dans sa lutte contre les consommateurs indélicats, pourrait sensiblement améliorer la qualité de l’offre et tirer les tarifs vers le bas. Au-delà de son caractère délictuel, la soustraction frauduleuse de l’énergie électrique ne sert donc pas les intérêts des usagers.

Cela dit, nous refusons une stigmatisation aveugle des consommateurs et appelons à un débat franc et ouvert sur les causes réelles de l’incivisme électrique ; d’autant plus que les présumés fraudeurs et vandales bénéficient souvent de la bienveillance et/ou de la complicité active de certains agents AES/SONEL véreux.
Par ailleurs, la fraude et le vandalisme ne peuvent pas à eux seuls justifier tous les maux dont souffre le secteur de l’électricité au Cameroun. Parallèlement à ce nécessaire rappel à la vertu à l’endroit des usagers et pour rendre efficace la croisade contre ces fléaux, il revient à l’Etat et à l’opérateur AES/SONEL, conformément à la loi N°98/022 du 24 décembre 1998 régissant le secteur de l’énergie électrique, au Contrat de concession et en application du Règlement du service, de créer les conditions idoines pour un accès équitable à l’électricité.

L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable!

A SAVOIR

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