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Mise en place du Sénat au Cameroun: Les précisions du gouvernement

Le ministre en charge de la communication a indiqué que la légalité et la légitimité du corps électoral des sénateurs ne devraient pas faire preuve d’objections

Revenant sur le débat de la légitimité et la légalité du collège électoral qui sera emmené à élire 70 des 100 premiers sénateurs du Cameroun, Issa Tchiroma Bakary a fait savoir lundi 05 mars 2013, que cela ne devait pas faire l’objet de critiques. Le ministre de la communication qui s’adressait aux médias, a présenté une série d’arguments: « la constitution a elle-même prévu qu’au cas où la mise en place du Sénat venait à intervenir avant celle des Régions, le collège électoral pour l’élection des Sénateurs serait exclusivement constitué par les conseillers municipaux. Les membres du collège électoral convoqué pour la circonstance sont bel et bien les conseillers municipaux élus lors des élections municipales de juillet 2007 », a indiqué monsieur Tchiroma sur la légalité de la dévolution du vote aux conseillers municipaux actuels, citant la constitution camerounaise, telle que révisée en 2008. Le ministre a aussi fait un commentaire déjà connu sur la légitimité des conseillers municipaux à participer au vote des sénateurs. En substance, le ministre a redit en ses propres termes, que la procédure qui a conduit à la prorogation du mandat des conseillers municipaux et des députés, a respecté les règles de consensus indiquées, notamment avec la consultation du gouvernement et du parlement: «Chacun se rendra donc compte à l’évidence que ni l’argument de l’illégalité, ni même celui de l’illégitimité, ne peuvent résister à l’analyse, pour quiconque entreprendrait d’éprouver la justesse ou la pertinence de l’option prise par le Président de la République pour la mise en place du Sénat… Qu’il s’agisse de légalité ou de légitimité, la source c’est d’abord la loi, c’est-à-dire le fondement juridique », a insisté le ministre Tchiroma.

Une position qui résiste très peu à l’analyse critique et à certains experts du droit public ou de la science politique. La première impression qui se dégage de la position du gouvernement c’est que le droit a été dit et que le débat est clos. Pourtant, une partie de la classe politique et avec eux de nombreux camerounais, ne sont pas d’accord avec cette option « si légale » du Président Biya. Chez certains, l’annonce des sénatoriales a dilué la volonté de s’inscrire sur les listes électorales. « J’ai toujours su que cela ne servait à rien de participer au processus politique, voilà encore un exemple. Le régime s’arrange a contrôler une autre institution du pays. Nous sommes nombreux à penser que désormais il y aura deux Cameroun, celui du régime au pouvoir et celui des laissés pour compte. Ils ne doivent plus rien nous demander, nous les laisserons décider de ce qu’ils veulent, tout ceci n’est pas cohérent », affirme Jacques Simo, un habitant de la ville de Yaoundé. Sensé défendre l’option prise par Paul Biya, le discours du ministre Tchiroma devant la presse va à l’encontre d’une de ses plus vieilles promesses, faire du Cameroun un pays où toutes les opinions sont libres, écoutées et considérées avec bonne foi. Il y a 28 ans alors qu’il lançait son parti le RDPC à Bamenda, Paul Biya avait une position plus proche du consensus. Il enjoignait les militants du RDPC, parti unique à l’époque, de ne jamais revendiquer aucun monopole : « ni celui de la parole, ni celui de la raison, ni celui du c ur, ni celui du patriotisme. » Au sein de la classe politique, la question divise profondément, même au sein du parti au pouvoir. Sous le couvert de l’anonymat, ils sont nombreux ceux qui portent le message de la désapprobation. « Ici là on cherche seulement notre pain. Tu vas critiquer et personne ne va t’écouter, mais c’est un fait, les Sénateurs élus n’auront pas un pouvoir légitime. Ils seront appelés à traiter avec des conseillers municipaux qui ne les auront pas forcément choisis », nous a expliqué un cadre de ce parti sans se dévoiler. Le dernier point de remarque sur la communication du ministre de la communication part sur le fondement de la légitimité. De nombreuses études démontrent qu’elle n’émane pas seulement de la loi mais aussi sur le consensus dont les bases très complexes, selon de nombreux intellectuels camerounais parmi les plus réputés, ne se retrouvent pas pour le moment dans le processus de désignation des sénateurs.

Le ministre de la communication, Issa Tchiroma, défend la légitimité de la future élection des Sénateurs au Cameroun

leseptentrion.net)/n

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