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Moi, Charlotte Ntamack, artiste engagée

Charlotte Ntamack, artiste camerounaise. ©Droits réservés.

L’humoriste camerounaise défend des valeurs comme la justice, l’égalité, milite contre le racisme, le sexisme, mais toujours avec le rire. Elle a fait partie de la sélection officielle du Masa 2018.

La première rencontre avec Charlotte Ntamack a lieu dans un maquis d’Abidjan le 9 mars 2018. L’humoriste, portant fièrement ses dreadlocks, a le rire facile. Captivée par le banal, la jeune femme ne s’encombre pas de civilités pour ouvrir les bras aux inconnus qui la reconnaissent, l’abordent et lui disent : « J’adore ce que vous faites ». Cette petite phrase fait toujours son effet. Mais il n’est pas toujours facile de rendre cet amour exprimé au passage. « Il y a des jours où j’aimerais faire des trucs de personnes ordinaires sans me préoccuper d’être reconnue. Des jours où j’aimerais passer inaperçue », avoue-t-elle.

Mais, la jeune femme préfère garder le sourire et regarder le bon côté des choses. D’ailleurs, dans la vie ordinaire elle a toujours une blague sous le chapeau pour des fans et des proches qui ne s’en lassent pas. Et puis, être reconnue confère aussi bien des avantages. « J’ai été surclassée deux fois lors de voyages à l’étranger », raconte Charlotte, qui sillonne les couloirs du Palais de la culture ce 17 mars 2018, dernier jour du Marché des arts du spectacle d’Abidjan. Elle y a été programmée dans la sélection officielle.

Le 13 mars dernier à Abidjan, lors de son stand up « Je suis Charlotte », sa dernière création, elle a fait mouche. Inspiré de l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo en 2015, le show raconte, avec énergie et dans un humour décoiffant, une enfance ordinaire. Seulement, une fois adolescente, Charlotte préfère devenir Charlie. C’est plus mignon, pense-t-elle. Un choix qui deviendra lourd à porter après l’attentat du janvier 2015 et du hashtag #Je suis Charlie. Elle reste choquée par la réaction des chefs d’Etat africains, qui ont accouru pour pleurer avec la France à Paris, alors que leurs peuples en souffrance n’attendent souvent qu’un mot de leur part.

Subtils parallèles

Rien n’est laissé au hasard dans la mise en scène de « Je suis Charlotte ». En filigrane, l’humoriste pose sur la table les problématiques comme le racisme, d’où son costume blanc et noir. Parlant du costume de scène justement, la canne et le chapeau rappellent Charlie Chaplin pour qui elle voue une certaine admiration. Charlotte lui consacre d’ailleurs 90 secondes dans son spectacle.

L’humoriste camerounaise, vice-présidente du Parlement du rire, milite pour un monde de partage, de tolérance, de justice et d’égalité. Elle le clame en affirmant : « On ne peut pas être noire, femme, artiste et ne pas être engagée. Si on ne parle pas de faits sociaux, du vécu des uns et des autres, de quoi va-t-on parler ? ».

Charlotte Ntamack avoue que malgré sa notoriété d’aujourd’hui, elle est obligée de travailler trois fois plus que les hommes. Le milieu de l’humour ne se fait pas vraiment à la présence féminine. Alors, il faut s’imposer. Le talent ne suffit pas. La passion, la patience et le travail sont le seul secret de la réussite. Avec une carrière débutée sur les planches et mise en lumière par le stand-up à la télé, Charlotte Ntamack reste enracinée au Cameroun, même si elle est appelée à travers le monde. Après sa prestation au Masa, l’humoriste dit avoir été approchée par des programmateurs d’Europe, d’Amérique du Sud et des Antilles, tous intéressés par son show. Mais déjà, en mai, elle revient sur Abidjan pour l’enregistrement de la prochaine saison du Parlement du rire. Ce sera après sa prestation au Trianon de Paris le 20 avril.



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