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Mondial 2014: Allemagne-Brésil, c’était le Blitzkrieg

Par Maurice Nguepe

Ce n’était pas un match de football, c’était la guerre : la guerre-éclair, le Blitzkrieg. Cinq buts à zéro en dix-huit minutes, dont 4 en 6 petites minutes, rien n’explique le massacre de la Seleçao par la Nationalmannschaft si ce n’est une application de la stratégie du Blitzkrieg dans ce duel Brésil-Allemagne comptant pour les demi-finales de la coupe du monde FIFA le 08 juillet 2014. Mais qu’est-ce qu’alors la guerre-éclair? C’est la stratégie militaire du 3ème Reich qui consistait à éviter l’axe central, la ligne de front, et à concentrer un grand nombre de forces offensives et défensives, aussi bien terrestres qu’aériennes, sur un front excentré et relativement étroit pour pénétrer en profondeur et emporter, par l’encerclement, une série de courtes et nombreuses victoires sur l’adversaire afin d’atteindre son moral et éviter une guerre longue.

D’après cette stratégie, la force d’une armée repose sur trois piliers fondamentaux, tous interconnectés, à savoir le pilier industriel et productif (1), le pilier militaire et opérationnel (2) et le pilier politique, social et moral (3). Pour battre l’adversaire, la destruction d’un seul de ces piliers ne suffit pas, puisque les trois sont liés les uns aux autres. Ainsi, la destruction massive de la capacité militaire d’un adversaire (pilier 2) peut être compensée par une production industrielle importante (pilier 1) et par l’appel à d’éventuels alliés politiques et sociaux qui apportent une force psychologique (pilier 3) pour combler les pertes subies. La victoire totale ne s’obtient donc qu’au bout de la destruction des trois piliers.

Comment cette stratégie a-t-elle été utilisée le 08 juillet 2014 lors des demi-finales de ce mondial brésilien?

Pilier 1: Le premier pilier de l’équipe nationale brésilienne avait déjà été démoli lors du match des quarts de finale entre le Brésil et la Colombie, match au cours duquel Neymar, le meilleur joueur de la sélection, fut écarté de la compétition pour blessure grave, et Silva Thiago, le défenseur central et capitaine pour fautes et cartons. Neymar, en tant que numéro 10, était le producteur du jeu et le meilleur distributeur des ballons. Silva Thiago en tant que capitaine et défenseur central était le directeur des opérations. Les deux constituaient la colonne vertébrale du Brésil, c’est-à-dire le pilier numéro 1, celui de la défense centrale, de la production et de la distribution du jeu. Une fois les deux écartés, il ne manquait plus à l’Allemagne qu’à se concentrer sur les deuxième et troisième piliers.

Pilier 2: Dans la stratégie du Blitzkrieg, le deuxième pilier, militaire et opérationnel, consiste à ouvrir une petite brèche dans les défenses adverses, et à y concentrer un grand nombre de forces pour pénétrer rapidement en profondeur et de man uvrer librement derrière les lignes, désorganisant les défenses. C’est la technique de l’encerclement/contournement grâce à laquelle tous les buts de l’Allemagne ont été marqués. L’encerclement de la défense brésilienne, pour la prendre au dépourvu, a consisté à éviter de passer par l’axe (ligne de front) pour atteindre le dernier pilier défensif de l’adversaire. Même le cinquième but, marqué à la 29 minute a suivi la trajectoire de l’encerclement. À ce niveau, bien que Hummel soit rentré par l’axe central pour prologer sur Khedira, celui-ci a transféré le ballon sur le côté, sur Özil, afin que ce dernier contourne la défense brésilienne et ramene le ballon en pleine surface lorsque les attaquants allemands auront eu le temps de l’assiéger.

Comme on le voit, dans la stratégie du Blitzkrieg, si on contourne la défense, c’est en fait pour s’y installer et la démolir. Tous les buts allemands ont obéi à cette tactique: rapidité dans la reprise des balles, longues passes dans les couloirs, reprises par les ailiers qui foncent vers le coin et remontent par l’arrière de la défense, la prenant au dépourvu, pour trouver des joueurs qui ont pris la place des défenseurs centraux, mais qui ne sont en réalité que les attaquants de la Mannschaft prêts à faire feu.

Pilier 3 : Le troisième pilier repose sur le postulat selon lequel le maintien du moral de l’adversaire et de la cohésion sociale avec son peuple atténue considérablement les effets de la destruction du premier et du second pilier. En d’autres termes, si la cohésion sociale reste forte, la population encouragera davantage les combattants au sacrifice. La destruction de la force morale de l’adversaire et l’absence de compassion pour sa population sont donc les objectifs recherchés. Ici, c’est l’âme du peuple, le Volksgeist, que l’on cherche à anéantir, pour éviter que le peuple et son armée, par sursaut patriotique, reprennent la main. Autrement dit, si le moral du peuple est atteint, il ne transfère plus à ses guerriers le soutien et l’énergie nécessaires à la combattivité. La perte de confiance réciproque entre le peuple et ses combattants a dès lors pour effet la renonciation au sacrifice. Jouant en terre brésilienne, devant les spectateurs au départ survoltés du pays organisateur de la coupe du monde, l’Allemagne ne pouvait adopter une stratégie autre que celle visant la destruction de ce troisième pilier.

Interrogé à la fin du match, le gardien brésilien, Jùlio César, a dit être incapable d’expliquer l’inexplicable. Mais le massacre de l’équipe nationale brésilienne par la Nationalmannschaft trouve son explication dans la mise en application de la stratégie de destruction du troisième pilier. En effet, l’Allemagne aurait pu aller aux vestiaires avec un score de trois ou de cinq buts à zéro et jouer la deuxième mi-temps de façon à obtenir ce même score à la fin de la rencontre. Rien n’explique qu’après avoir marqué cinq buts contre zéro entre la 11ème et la 29ème minute de la première mi-temps, et devant un public désormais en pleurs (enfants, femmes, hommes), les Allemands aient cru bon de marquer un sixième et un septième but contre zéro en deuxième mi-temps. Argument sans doute discutable, mais rien n’explique qu’à la fin de la rencontre, les joueurs allemands n’aient pas reconforté les joueurs brésiliens abattus. Sachant bien que le distributeur maison, Neymar, et le défenseur central et capitaine, Silva Thiago, qui représentaient tous deux le pilier industriel et productif de la Séleçao, avaient été écartés depuis le match précédent, cette froideur, cette absence de compassion des vainqueurs ne fait pas la beauté du football. À ce moment crucial du désastre national brésilien, les petites attentions et marques de réconfort des joueurs allemands à l’endroit des joueurs brésiliens humiliés auraient constitué une autre forme de fair-play, peut-être la forme la plus achevée, la plus humaine.

Détruire le moral de l’adversaire, l’atteindre dans son être profond et briser la cohésion sociale de son peuple afin que celui-ci ne lui transfère aucune énergie de nature à renverser la tendance, était donc le but ultime. Par la destruction de ce troisième pilier, les joueurs de la Mannschaft, qui ne présentaient bizarrement aucun signe de fatigue sous les très chaudes tropiques amazoniennes, construisaient et faisaient montre de la toute puissance de l’Allemagne avec pour objectif non seulement de se faire craindre du reste du monde, mais aussi d’entamer le moral de son futur adversaire pour garantir la victoire finale. Ce n’était donc pas un match de football. C’était la guerre, le Blitzkrieg.

Maurice Nguepe, Secrétaire Général de l’Organisation Jeunesse Africaine
M.N.)/n


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