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Mondial 2014: Eto’o peut-il faire changer à Finke son onze de départ

Le capitaine des Lions a, lors d’une conférence de presse hier, accusé ses coéquipiers de ne pas lui faire les passes. Comment va réagir le sélectionneur national?

A trois jours du match capital Cameroun-Tunisie, qualificatif pour le Mondial brésilien de 2014, les Lions indomptables ne sont pas tout à fait sereins, pour dire le moins. Hier, au Centre technique d’excellence de la Caf, Samuel Eto’o, dans son style provocateur, a une fois de plus, jeter un paver dans la marre. Il a, lors de la conférence de presse, accusé les joueurs du milieu de terrain de ne pas lui faire suffisamment de passes. Les déclarations de Samuel Eto’o sont elles opportunes ? Visait-il quelqu’un? Face aux accusations de son capitaine, Volke Finke va t-il rester sourd ? Tentative de décryptage.

Samuel Eto’o est-il bien conscient de l’enjeu du match de dimanche prochain qui pourrait, en cas de non qualification du Cameroun, pour la Coupe du monde 2014, marqué la fin de sa carrière internationale ? Le capitaine des Lions vient-il de commette un nième dérapage verbal ? Même si sur le fond, il peut avoir raison, ce n’est pas en conférence de presse que ce type de problème se règle. La frilosité, le manque de cohésion, le jeu inoffensif des Lions et la communication hasardeuse de son capitaine, à la veille de l’un des matchs les plus importants de leurs carrières, sont des lacunes qui tournent, à l’avantage des Aigles de Carthage.

Après avoir perdu sa bataille psychologique auprès du sélectionneur, à la veille du match face à la Libye, joué le 8 septembre à Yaoundé, Samuel Eto’o, en grand compétiteur qui n’a jamais cessé d’être, sur le terrain et en dehors, a changé de stratégie pour parvenir à ses fins. A travers ses propos, on voit bien que le « Pichichi », veut absolument que Volke Finke modifie son onze de départ, notamment au milieu de terrain. Le 13 octobre dernier, lors du match aller à Radès, pendant la pause dans les vestiaires, Samuel Eto’o s’était offusqué du peu de ballons qu’il recevait. Il s’en était alors suivi une vive altercation verbale entre joueurs. Un débat houleux qui a été bénéfique. Puisque lors du deuxième acte, la défense poreuse de la première-mi-temps, a paru plus hermétique et les Lions se sont montrés plus conquérants en attaque.

Altercation
Toujours lors du match aller, Samuel Eto’o estimait que ses coéquipiers prenaient un temps fou, pour remonter les ballons. Volker Finke est un adepte du beau jeu. Le technicien allemand veut voir son équipe remonter les balles sur des coutes passes successives. Un style de jeu qui convient bien à Makoun, Enoh, Song Bilong et Matip. Or, l’avant-centre de Chelsea, une fois qui s’est excentré sur les côtés, gauche de préférence, souhaite que les défenseurs lui balance rapidement les ballons. Il oublie que très peu de joueur de la génération actuelle, ont la précision qu’avaient Geremi Njitap ou Pierre Womé Nlend.

Le vrai problème sportif des Lions, et qui ne date pas d’aujourd’hui, est son animation offensive. Le milieu de terrain est le compartiment de jeu qui offre le plus de solutions tactiques. On peut ainsi jouer avec un, deux, trois, quatre, voir cinq joueurs dans l’entrejeu. Mais dans toutes les équipes du monde, sauf au Cameroun, on différencie bien, les milieux récupérateurs des milieux offensifs. Depuis les retraites internationales des milieux de couloirs Salomon Olembé et Etame Mayer, les Lions jouent avec un trop plein de milieux de terrain à vocation défensive. On aurait pu compenser avec Achille Emana, qui a le bagage technique pour être un bon meneur de jeu axial. Mais l’ex-toulousain, est passé à côté d’une belle carrière internationale, à cause de ces incessants batailles d’égo, avec le leader naturel du groupe, Samuel Eto’o.


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Maçons
On ne le dira jamais assez, en club, la bande à Makoun, Song Bilong, Enoh Eyong, Matip, Loé, Mbia et Nguemo, sont positionnés devant la défense, pour déstabiliser le jeu des équipes adverses. Néanmoins, Makoun, comme relayeur, en position de milieu polyvalent, est le seul capable de presser, récupérer puis repartir bien de l’avant, en alternant les passes courtes aux passes longues. En manque dont de joueur créatif dans le répertoire des footballeurs camerounais, Volke Finke comme ces prédécesseurs, fait avancer (Song et Makoun) devant les deux autres milieux, (Enoh, Matip, Mbia Nguemo.). Et du coup, c’est le chaos et cela ne débouche sur rien de créatif à partir du moment où l’adversaire met un peu de densité et rend inopérant les pénétrations axiales à base de jeu très court. Et dire qu’à Radès, avec ses signes trop étirées, le milieu très densifié du Cameroun a concédé 12 occasions nettes aux Tunisiens.

Par ailleurs, tous ces milieux défensifs camerounais sont droitiers et affectionnent joué dans l’axe. Placé en losange sur l’aire de jeu, chacun sur son couloir en début de partie, ils se retrouvent, très souvent, en train de se marcher dessus, Matip et Song Bilong, en occurrence. Comme on a pu l’observer à Lomé, lors de la rencontre Togo-Cameroun (2-0), le 9 juin dernier. Ce jour-là, Bédimo, le latéral gauche a beaucoup souffert parce que le premier rideau défensif était quasiment inexistant. Situation presque identique à Tunis, pour Allan Nyom, qui n’avait personne devant lui, pour le couvrir, à droite. N’oublions pas cependant qu’à Kinshasa, le 16 juin dernier, en faisait un pressing très haut, le Cameroun a laissé très peu d’espace aux Congolais. Mais, comme d’habitude, les hommes de Volker Finke se sont également montrés inoffensifs en attaque. Il faut donc réinventer le milieu camerounais. Et au vu des tâtonnements du coach sur les couloirs défensifs, c’est l’organisation générale des Lions qui mérite d’être revue.

Le bilan de Volker Finke à la tête des Lions est jusqu’ici très peu flatteur. En cinq sorties, les Lions indomptables ont inscrit un seul but (0-0 face l’Ukraine, la RDC et la Tunisie, défait 2-0 au Togo et victoire face à la Libye, 1-0). Ceci découle du simple fait qu’en manque de créativité et de fluidité dans l’animation offensive, les Lions se créent très peu d’occasions franches. Pour caricaturer un peu : la construction d’un système de jeu efficace est similaire à l’édification d’une belle maison, où on a besoin de bons maçons, menuisiers, peintres, charpentiers, électriciens, plombiers etc. Qu’on arrête dont de confier dans les Lions les tâches des peintres aux maçons. C’est en quelque sorte ce que demande Samuel Eto’o à son sélectionneur. Sera-t-il entendu ?

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