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Monsieur François Hollande, sauvez le Cameroun

Par Maurice Nguepe, secrétaire général de l’OJA

Monsieur le président François Hollande,
La Jeunesse africaine viens auprès de votre Bienveillance exprimer sa profonde gratitude pour le discours que vous avez prononcé le 30 novembre 2014 lors du XVème sommet de la francophonie à Dakar et solliciter votre ultime soutien pour mettre fin à la tyrannie qui
en a émergé en se radicalisant.

En effet, vous avez, lors de ce sommet, salué la réussite du printemps arabe en Tunisie et loué la révolution burkinabè du 30 octobre 2014: «Ce qu’a fait le peuple burkinabè doit faire réfléchir ceux qui voudraient se maintenir à la tête de leur pays en violant l’ordre constitutionnel. Parce que ce sont les peuples qui décident.»

Ce faisant, vous avez assigné à la francophonie une nouvelle mission, celle de gendarme de la démocratie dans l’espace francophone: «La francophonie, elle est soucieuse des règles de la démocratie, de la liberté du vote, du respect des ordres constitutionnels et de l’aspiration des peuples, de tous les peuples, à des élections libres… Là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où la liberté est bafouée, là où l’alternance est empêchée, j’affirme ici que les citoyens de ces pays sauront toujours trouver dans l’espace francophone le soutien nécessaire pour faire prévaloir la justice, le droit et la démocratie.»

Monsieur le président,
La jeunesse africaine ne peut désormais s’empêcher de souligner qu’avec ces mots, vous avez radicalement tranché avec tous les présidents de la Vème république, en même temps que vous avez réalisé votre promesse énoncée le 29 avril 2012, à une semaine de votre élection au poste de président de la République française. Ce jour-là, vous aviez déclaré haut et fort: «Je veux que le 06 mai soit une bonne nouvelle pour les démocrates et une terrible nouvelle pour les dictateurs.»

Nous nous souvenons aussi qu’à la veille du XIVème sommet de la francophonie en République Démocratique du Congo (octobre 2012), vous aviez justifié votre déplacement à Kinshasa par votre ferme volonté de mettre en pratique la nouvelle politique française en Afrique: «Tout dire partout et faire en sorte que ce qui soit dit soit fait.» C’est dire que vous aviez compris que les mots à eux seuls ne suffisent pas à ébranler les dictatures.

Au regard de ce constat, la Jeunesse africaine revient vers vous pour vous soutenir dans cette mission et vous encourager à aller jusqu’au bout, votre discours du 30 novembre 2014 ayant, en quelques jours seulement, produit les effets contraires à ceux attendus.

En effet, votre discours, au lieu d’amener les chefs d’État africains à engager des réformes démocratiques attendues, leur a donné plutôt l’occasion de supprimer le droit le plus élémentaire du citoyen, celui de manifester, sous peine de mort ! C’est le cas du Cameroun où la loi dite anti-terroriste, déposée par le chef de l’État à son retour de Dakar, a été adoptée le 04 décembre 2014 par les députés du Rdpc, Parti majoritaire au pouvoir. Cette loi, qui radicalise la tyrannie trentenaire du régime, stipule en son article 2:

«Est punit de la peine de mort celui qui, à titre personnel, en complicité ou en coaction, commet tout acte ou menace d’acte susceptible de causer la mort, de mettre en danger l’intégrité physique, d’occasionner des dommages corporels ou matériels, des dommages aux ressources naturelles, à l’environnement ou au patrimoine culturel dans l’intention de : a) intimider la population, de provoquer une situation de terreur ou de contraindre la victime, le gouvernement à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque (.); b) de perturber le fonctionnement normal des services publics, la prestation de services aux populations ou de créer une situation de crise au sein des populations; c) de créer une insurrection générale dans le pays.»

Puisqu’il s’agit de la loi la plus liberticide et la plus cruelle qui inspirera certainement d’autres dictatures francophones d’Afrique, la Jeunesse africaine sollicite votre ultime soutien pour contribuer à la retirer et à mettre fin à cette tyrannie camerounaise qui dure depuis 32 ans.

Monsieur le président François Hollande, sauvez le Cameroun. Sauvez ce pays de cette loi qui n’est rien d’autre qu’une déclaration de guerre à tout un peuple. Sauvez-le de cette dictature, la plus vieille de l’espace francophone, qui s’affiche clairement contre les principes démocratiques devant fonder les relations entre les pays de la francophonie.

Il y va de la préservation de ces principes que vous avez si bien énoncés et sans lesquels la francophonie ne saurait être un modèle de réussite politique, économique, stratégique et culturel aussi bien pour le peuple français que pour tous les peuples qui la composent.

Pour l’Organisation Jeunesse Africaine,
Maurice NGUEPE, Secrétaire général
Le 06 décembre 2014

Maurice Nguepe, Secrétaire général de l’OJA
M.N. )/n


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