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Mouafo Djontu : L’étudiant qui faisait frissonner le pouvoir

Figure emblématique et mythique de l’ADDEC, cet étudiant de 31 ans est un véritable combattant des droits civiques.

Sa carrure imposante, sa voix puissante et son verbe séducteur lui confèrent les attributs d’un leader. A 31 ans seulement, Mouafo Djontu a déjà un passé truculent derrière lui. En le côtoyant, on comprend mieux pourquoi ses camarades l’appelaient « Jésus » et comment il a pu tenir en haleine le campus et précisément « Jérusalem » (le parvis de l’amphi 300, Ndlr)] lors des grèves estudiantines de 2005. C’est en effet à travers ses revendications qu’il s’est connaître. Ce sont ses multiples grèves de la faim qui ont tissé sa réputation.

Né le 5 Novembre 1977 à Bansoa, Mouafo Djontu fait ses études secondaires au collège François Xavier Vogt et entre à l’université de Yaoundé I où il obtient une maîtrise en Chimie. Déjà, pendant son cursus secondaire, il constate qu’il y a une non reconnaissance par le système éducatif camerounais, de ceux qui ont uvré pour ce pays. Son aîné Justin Mouafo lui conte les histoires des héros nationaux à l’instar de Ruben Um Nyobè. Je m’étonnais qu’à l’école, on me parlait seulement de Aujoulat, Messmer et on ne faisait pas mention de ces héros. Lorsqu’il rencontre J Point Rémy Ngono, c’est la même découverte. Dans la bibliothèque de ce dernier, il découvre un pan de l’histoire du Cameroun qu’il n’a pas pu apprendre à l’école. Par la « rencontre » de ces héros de l’histoire, la graine du syndicalisme germe en lui. Et c’est sans surprise que l’on le retrouve en train de mener une grève historique à l’université de Yaoundé I.

« J’ai été meurtri. »
Entré à l’université, Mouafo Djontu découvre le « délabrement » des milieux universitaires. J’ai été meurtri par le cadre qui abrite l’avenir d’un pays affirme t-il. Il saisit l’opportunité présentée par l’imminence de l’élection présidentielle de 2004 pour mener une grève de la faim. L’objet de sa grève est simple : puisqu’on considère les jeunes comme des gens qui vont voter plusieurs fois pour une miche de pain, nous avons donc décider de ne plus manger pour dire que la jeunesse veut se faire entendre autrement que par la manipulation des aînés. En compagnie de 4 camarades, il se rend au siège du journal Mutations où il est chassé avec de l’eau. Je me dis que les responsables de Mutations avaient peur de voir mourir dans leurs locaux, des jeunes qui souhaitaient s’adresser à des candidats à une élection présidentielle tente de comprendre le leader estudiantin. Parti de Mutations, Mouafo et ses quatre compagnons se rendent au siège de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (Cndhl). Ils n’y passeront que 4 heures de temps avant d’être refoulés. C’est au siège de l’organisation non gouvernementale Nouveaux Droits de l’Homme que les grévistes vont trouver le site de leur mouvement. Le Docteur Hilaire Kamga a presque été pris de cours. Il n’avait pas de choix explique Mouafo. Du 29 Septembre au 10 Octobre, ils ne boivent que de l’eau. Le camarade Linjouom a été victime de 2 attaques cardiaques mais il n’en est pas mort fait savoir Mouafo. Anicet Ekanè, Adamou Ndam Mjoya, Hubert Kamgang et Fritz Pierre Ngo, candidats à l’élection présidentielle leur rendront visite. C’est à la veille de cette élection que les grévistes stoppent leur mouvement pour aller accomplir leurs droits de vote.


journal du Cameroun)/n
Au Cameroun, c’est comme si c’est un crime d’avoir des ambitions politiques. Moi je dis, je vais la faire et fondamentalement pour améliorer la société parce que comme disait Saint Exupéry, la politique est la haute forme de la charité
Mouafo Njontu



C’est encore Mouafo Djontu qu’on retrouve au centre d’une grève de la faim le 13 Avril 2005. Après avoir été chassé de la Conférence Episcopale Nationale du Cameroun et de la Croix Rouge Camerounaise, « Jésus » revient à « Jérusalem » avec ses « disciples ». C’est donc devant le campus de l’amphi 300 qu’il mène sa grève pour revendiquer l’amélioration des conditions de vie des étudiants du Cameroun. En cette occasion, il reçoit « l’aval » et la « bénédiction » de sa mère. Elle est venue me soutenir et faire une prière pour moi en compagnie de plusieurs étudiants raconte Mouafo.
Toujours dans le cadre de la grève, en Novembre 2005, 3 mois après que le gouvernement n’ait pas souscrit à ses engagements il sera sévèrement molesté au Secrétariat d’Etat à la Défense (Sed). Pendant 3 jours dans l’obscurité totale, j’ai dormi sur mon ventre parce qu’il y avait les hématomes sur mes fesses, tellement on m’avait battu se souvient-il. Présenté devant le procureur pour rébellion, menace à l’ordre public , il va comparaître libre. Son procès dure sept mois et il écope d’une condamnation de 7 mois avec un sursis de 5 ans. Madame Dorothy Njeuma sort une note pour me bannir des universités rapporte Mouafo. Un « bannissement » qui ne l’empêche pas de s’inscrire en 2007, après une année préparatoire, au cycle de Master en Droit en Action Humanitaire à l’Université Catholique d’Afrique Centrale. Même là-bas, des sources introduites me disent qu’on a tenté d’empêcher mon inscription croit savoir l’étudiant.

Même s’il a cédé le fauteuil de président après 2 ans non renouvelables, en ne modifiant pas les textes comme certains, il continue d’exercer une certaine influence sur l’Addec où il est conseiller. Quand on lui rapporte qu’il aurait était manipulé par certaines hautes personnalités, il réagit par un léger sourire avant d’ajouter : Je n’ai été manipulé que par la vérité, le souci de voir la condition de l’étudiant s’améliorer. Je mets quiconque au défi de mettre sur la place publique un rapport qui prouve que j’ai été de connivence avec les apprentis sorciers que leur chef qualifie. Comment fait-il donc pour vivre et payer ses études ? Mouafo fait savoir qu’il n’est pas issu d’une famille pauvre. Et aussi, je vis parce qu’il y a certaines personnes qui croient en ce que je fais et qui n’ont cessé de me soutenir.
Après le syndicalisme estudiantin ? Mouafo Djontu annonce son arrivée dans l’arène politique. Au Cameroun, c’est comme si c’est un crime d’avoir des ambitions politiques. Moi je dis, je vais la faire et fondamentalement pour améliorer la société parce que comme disait Saint Exupéry, la politique est la haute forme de la charité.
« Jésus » quittera t-il « Jérusalem » pour « Etoudi »?, Mouafo Djontu lui, n’est pas loin de le croire. Comme certains leaders syndicaux, ce ne serait donc pas une surprise de voir le fils de Justin Mouafo gravir les marches du pouvoir.


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