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Narendra Modi, le tribun de l’Inde

Accaparant l’espace public comme peu de ses prédécesseurs, homme du peuple et harangueur charismatique, le nationaliste hindou Narendra Modi, qui brigue un deuxième mandat à la tête de l’Inde, est un des Premiers ministres les plus puissants et clivants du géant d’Asie du Sud.

Fils d’un simple vendeur de thé du Gujarat (ouest de l’Inde), Narendra Modi, 68 ans, s’est imposé en cinq ans comme l’homme fort de ce pays de 1,3 milliard d’habitants grâce à une ultra-personnification du pouvoir et un sens politique redoutable.

À tel point que les élections législatives indiennes, dont le comptage de voix sera effectué jeudi après six semaines de vote, sont en grande partie un référendum autour de sa personne.

Le chef du gouvernement promet avec lui l’avènement d’une « nouvelle Inde », nationaliste, à l’économie moderne et numérique, qui se placerait parmi les grandes puissances de la planète. Sous sa gouverne, la société indienne a connu la propagation et la banalisation d’un discours ethno-religieux reposant sur une idéologie de la suprématie hindoue, dans laquelle ses détracteurs voient un danger pour la diversité indienne.

Plutôt que de se concentrer sur le développement de l’économie, comme lors de son élection en 2014, il a choisi de faire campagne cette année sur une rhétorique sécuritaire anxiogène, se posant en protecteur de l’Inde face à l’ennemi pakistanais.

– Communication verrouillée –

À la télévision, sur internet, sur des affiches dans la rue, le visage orné d’une barbe blanche et barré de fines lunettes de Narendra Modi est partout. L’Inde n’avait pas connu de telle omniprésence d’un dirigeant politique depuis la Première ministre Indira Gandhi, dont le petit-fils Rahul Gandhi est aujourd’hui un des principaux adversaires de ce nationaliste hindou.

Le Gujarati, qui se targue d’un tour de poitrine viril de 142 centimètres, a une pratique jupitérienne du pouvoir. Sa parole est à sens unique: il n’a donné aucune véritable conférence de presse pendant son mandat et n’a que rarement accordé des interviews, par ailleurs très contrôlées.

Aux médias traditionnels, il préfère les messages sur les réseaux sociaux et les estrades des meetings politiques, qu’il écume avec une énergie inépuisable. Le chef de gouvernement a tenu 142 rassemblements à travers l’Inde pendant la campagne, parfois au rythme de cinq par jour.

Cette stratégie de communication lui assure un contrôle total de son message, dans lequel les déclarations sont aussi parlantes que les omissions.

De son compte Twitter suivi par 45 millions de personnes, « NaMo » est prompt à réagir au moindre accident de car meurtrier. Par contraste, il a attendu des mois avant de sortir du silence pour condamner des lynchages perpétrés par des milices au nom de la défense de la vache sacrée.

Là où ses prédécesseurs privilégiaient l’anglais dans les allocutions officielles, Narendra Modi s’exprime en hindi. Il cultive dans ses discours un lien direct entre lui et les foules, se posant en homme d’origine modeste devenu le champion des petites gens, ce qui lui vaut une grande popularité.

– Coups d’éclat –

Son mandat aura été ponctué de coups d’éclat. En novembre 2016, quand le monde a les yeux rivés sur l’élection présidentielle américaine, il décrète l’annulation surprise des billets de 500 et de 1.000 roupies (6,5/13 euros), au nom, entre autres, de la lutte contre la corruption.

L’État n’ayant pas prévu assez de nouveaux billets pour remplacer ceux démonétisés, qui représentaient près de 90% des espèces en circulation, la pagaille est totale. Les Indiens font la queue pendant des semaines devant des distributeurs automatiques vides. L’économie s’arrête brutalement, la croissance décroche.

Mais d’un fiasco économique, le Premier ministre fait une formidable opportunité politique.

Les larmes aux yeux, la voix cassée et les lèvres tremblantes, il vient défendre sa décision en se présentant comme l’ultime rempart contre la corruption: « Des forces sont contre moi, elles ne me laisseront peut-être pas vivre ! ». Pari gagnant: quelques semaines plus tard, sa formation remporte une victoire électorale éclatante en Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé d’Inde avec 220 millions d’habitants, et place à sa tête un moine hindou radical.

Né en 1950, pratiquant matinal de yoga et végétarien, Narendra Modi a grandi baigné par l’idéologie nationaliste hindoue du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS, Corps des volontaires nationaux), une organisation de masse aux méthodes paramilitaires. Il y est progressivement monté en grade, jusqu’à devenir le chef de l’exécutif de son Etat natal du Gujarat en 2001.

Les émeutes intercommunautaires qui ensanglantent cette région l’année suivante, y faisant plus de 1.000 morts, en majorité des musulmans, laissent une tache indélébile sur son bilan. Cet épisode en fera longtemps un pestiféré pour les pays occidentaux, qui ne commenceront à le fréquenter qu’à la veille de sa conquête de New Delhi.

À la barre de l’Inde, « Modi contrôle son message de façon extraordinaire », estime Harsh Pant, un professeur de relations internationales au King’s College de Londres. « Les jeunes le suivent à cause de son histoire, (qui dit) +si j’y suis arrivé, alors vous le pouvez aussi+ ».

« Normalement, il y a une forte usure du pouvoir en politique indienne, mais là il n’y a pas de signes que le peuple se détourne de lui. »


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