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Nathalie Yamb : « Ne pas venir en France, ce n’est pas une punition pour quelqu’un qui n’en a rien à foutre »

Nathalie Yamb répond aux Français
Nathalie Yamb

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, la Suisse et Camerounaise, panafricaniste Nathalie Yamb répond à Emmanuel Macron et aux Français sur la décision émise l’interdisant d’entrer et de séjour en France.

« Il y a un mois RFI et France 24 pendant 48h ont passé en breaking news l’information selon laquelle par un arrêté signé du 12 janvier 2022 mais seulement rendu public le 15 octobre, le gouvernement français m’interdisait d’entrer et de séjour sur le territoire français. L’on apprenait par la même occasion que cet arrêté m’avait été signifié par un courrier recommandé daté  de la veille 14 octobre 2022.

J’ai attendu jusqu’à aujourd’hui pour m’exprimer sur ce sujet car j’espérais recevoir le courrier en question pour venir le litre ici avec vous. Hélas, un mois plus tard, je n’ai toujours rien reçu. Pourtant, ils connaissent bien mon adresse. Quand il s’agit de me faire suivre, de déposer des menaces de mort, d’expédier des lettres anonymes à mes voisins ou de faire fermer mes comptes bancaires. Etant donné qu’elle a été signée en Janvier, peut-être qu’il faudra attendre neuf mois pour en recevoir la notification. Neuf mois, c’est le temps d’une grossesse. On va donc dire que la France met du temps pour accoucher des décisions me concernant.

Ne pas venir en France, ce n’est pas une punition pour quelqu’un qui n’en a rien à foutre  de la France et qui au contraire combat sa politique africaine à longueur d’années. Vous savez, il y a 35 ans, j’ai eu ma bourse du gouvernement camerounais pour aller étudier à l’étranger, j’ai refusé d’aller en France. J’ai choisi l’Allemagne. Déjà ! Je n’ai jamais ni vécu, ni étudié, ni travaillé en France. Je n’y ai aucun intérêt. Zéro. Je n’ai jamais de ma vie demandé un visa français. Jamais !

Monsieur Macron, vous savez, mais je vais le rappeler pour tous ceux qui me découvrent grâce à l’immense publicité que vos médias m’ont faite. Je suis une métisse de père camerounais et de mère suissesse. Je suis née en Suisse. J’y ai vécu quelques années avant que mes parents ne décodent d’aller s’installer au Cameroun où j’ai habité jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat. Je suis donc une ressortissante de ces deux pays. J’ai de naissance la nationalité suisse.

Je peux sortir de chez moi le matin, aller prendre une photo devant la Tour Eiffel à Paris, continuer sur Bruxelles pour manger un plat de mules frites, aller faire un coucou à ma famille à Florence, en Italie et revenir ensuite en Suisse, sans avoir à sortir une seule fois ni mon passeport ni ma carte d’identité quel que soit le moyen de locomotion que j’utilise.  C’est cela la réalité, grâce aux lois qui régissent l’espace Schengen dont la Suisse et la France font toutes deux parie. Vous savez donc pertinemment que votre arrêté ne peut pas m’empêcher d’aller en France si j’en avais envie. Rassurez-vous, ce n’est pas le cas.

Monsieur Macron où est-ce que vous avez vu qu’un Suisse a besoin d’aller en France ? Ce sont vos ressortissants qui envahissent la Suisse pour trouver du travail et des salaires décents. Ils y sont d’ailleurs  copieusement vomis et j’attends en vain que vous accusiez la Russie qu’elle est à la manœuvre du sentiment anti français qui anime les Suisse Romains de longues dates. Apparemment c’est seulement quand ce sont les Africains qui vous rejettent que c’est les Russes, les Turques, les Chinois, qui en sont responsables. Quel racisme, quel mépris !

Macron, vous croyez vraiment que votre pays est attrayant pour quelqu’un de nos jours ? Le chômage explose, l’approvisionnement énergétique chancellante ; les gens se cognent dessus pour prendre de l’essence ; des grèves matin midi et soir ; un gouvernement truffé de violeurs et de délinquants ; la corruption omniprésente ; la pauvreté, la pauvreté galopante. Votre capitale est sale et infestée de rats. Les bidonvilles pilulent ; les forces de l’ordre éborgnent les manifestants. Pas plus tard que quelques jours, la presse anglaise laminait la France dont elle expose le déclin.

Macron dois-je vous rappeler que la Suisse est classée 3è dans l’indice de développement humain du classement PNUD alors que la France traîne à la 26è place ? Et vous pensez que c’est une punition pour un Suisse de ne pas aller en France ? Sérieusement quand on regarde les Américains faire leurs basses manœuvres, on sent qu’ils ont réfléchi pour mettre en place leur plan.

Quand les Russes ou les Chinois réagissent on sent qu’il y a de la consistance, que  la démarche est construite. Quand la Turquie s’exprime c’est structuré, c’est cohérent.  Mais quand on écoute les Français c’est enfantin. Que ce soient les hommes politiques, que ce soit la presse, que ce soient les diplomates, c’est toujours puéril. Aucune logique, aucune n’analyse, aucune réflexion ; les lumières sont éteintes et les Français font pitié.

Cette mesure à mon encontre est la preuve du désarroi total dans lequel se trouve  la France politique. Quand un Etat, un président de la République, tout un gouvernement se mettent à la hauteur d’un individu, d’une petite femme africaine qui ne possède  ni armée, ni médias, ni groupe de presse ni pouvoir d’Etat politique ou économique, alors vous savez qu’ils sont perdus. Le coq est mort.

C’est la raison pour laquelle j’affirme que votre décision au-delà de contribuer à l’assassinat de caractère dont je suis l’objet de la part de vos services et de votre administration depuis des années, cette décision donc ne s’adresse pas vraiment à moi. Mais à tous ceux qui pensent ne pas pouvoir se passer de la France.

C’est l’occasion pour moi d’attirer l’attention sur la place que la France a donné aux visas dans ses relations avec l’Afrique et comment elle l’instrumentalise comme un objet de pression, de chantage, pour obtenir la docilité des hommes politiques, des intellectuels ou de la diaspora africaine. Il nous faut être vigilants.

La France et l’Europe nous soutirent trop de choses en échange de ce  qu’ils ont marqueté comme étant un précieux sésame : notre fierté, notre dignité, nos richesses en tant qu’Africains nous sont retirées. A la place on nous impose la soumission à leur dictat et à leur politique aussi spoliatrice et raciste  soit-elle envers nous et notre terre mère. A cause d’une histoire de visa, on n’est plus autorisé à exprimer notre désaccord  avec la façon dont notre  continent est appauvri. Et ça, par la volonté d’un pays qui se réclame dépositaire des droits de l’homme. Quelle ironie !

Nous devons nous libérer de la dictature du visa. L’imaginaire qu’ils ont construit depuis des années autour du visa français et du visa Schengen qui incarnerait un symbole de réussite doit  être détruit. Il faut travailler vos esprits pour vous émanciper de cette façon de penser.

Le monde est vaste. Et nul besoin d’aller en France ou en Europe pour étudier, pour faire des achats, pour se faire soigner, pour  passer des vacances, pour dépenser son argent, pour trouver du travail ou chercher des partenaires d’affaire. Ce n’est  pas nous qui avons besoin d’aller chez eux. Mais c’est eux qui ont absolument besoin de venir chez nous. Nous, nous avons le choix, la connaissance se trouve partout, elle est universelle.

Mais les ressources sont chez nous, et vous voyez déjà comment ils se pressent pour venir chez nous fuyant la pauvreté la crise énergétique, un pouvoir d’achat déclinant et la régression des valeurs. Pendant  qu’ils utilisent  leurs visas comme une arme pour nous soumettre, ils font preuve de culot et d’arrogance quand il s’agit de venir chez nous.

Vous avez vu ce qui s’est passé dernièrement avec l’agent français en RDC Sonie Rolley qui officie comme « journaliste » d’abord à radio fausse information et ensuite chez Reuters, la go qui avait été déjà expulsé du pays  sous Kabila revient à la faveur d’un événement pour lequel elle a obtenu un visa de courtoisie et au lieu de rentrer chez elle à l’expiration dudit visa, elle décide tout bonnement de rester au Congo en attendant de s’y faire accréditer comme journaliste, tranquille. Vous imaginez ça dans le sens contraire ?

C’est vrai que je critique souvent les autorités congolaises parce qu’il y a matière. Mais là franchement  je les remercie pour avoir  bien réagi et expulsé  cette migrante irrégulière. Quand eux violent  nos lois en matière d’immigration on les présente comme des victimes. Mais nous, alors qu’on ne viole rien du tout, on nous présente comme des méchants.

Je vous l’ai déjà dit plusieurs fois et je le répète  encore aujourd’hui. L’Afrique c’est l’endroit où ils vont tous  vouloir venir et nous devons renforcer notre dispositif de visa et notre  cadre légal concernant les ressortissants étrangers à l’Afrique.

De la même façon que Emmanuel Macron ne veut pas me voir sur le territoire français, de la même façon nous ne voulons plus voir la France et ses institutions sur le territoire africain. L’armée française doit partir. Les soldats français doivent dégager ; le franc CFA doit disparaitre ; le français comme langue officiel doit être supprimé ; un actionnariat représentant minimum de blocage doit être imposé à toutes leurs entreprises présentes chez nous. Et plus jamais la France ne doit être porteuse de toute résolution à l’ONU ou dans les institutions internationales.

Je ne peux pas terminer cette vidéo sans remercier tous ceux et toutes celles qui m’ont témoigné leur soutien. Je tiens à ce que vous sachiez que  j’ai lu vos messages ; j’ai écouté vos audios, j’ai regardé vos vidéos  et vos challenges Tik Tok, reçu vos dons financiers dans mes cagnottes (…) Vos mots et vos gestes m’ont touchée dans ma détermination de mener  notre combat de  libération et de conquête de notre souveraineté jusqu’à la victoire finale.

La bête est touchée  et c’est le moment de redoubler nos attaques de redoubler nos efforts pour lui porter le coup fatal et l’achever. Nous ne devons lui accorder aucun répit, au risque de la voir se relever et redevenir encore plus virulent qu’avant.


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