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Nécrologie, crise anglophone et élections en RDC au menu des journaux camerounais

La disparition de deux figures locales de la politique et des affaires, les nouveaux développements de la crise anglophone mais aussi la crise post-électorale en République démocratique du Congo (RDC), occupent une place de choix dans les journaux camerounais parus lundi.C’est hommage appuyé que plusieurs parutions rendent à Jean Samuel Noutchogouin, industriel milliardaire décédé vendredi dans un hôpital français à l’âge de 85 ans, le quotidien à capitaux publics évoquant un exemple à suivre, un esprit d’entreprise qu’il lègue à la jeunesse, au-delà des milliers d’emplois créés à travers ses multiples structures.

Très discret et peu connu du public, le natif de Bandjoun (région de l’Ouest) était considéré, rappelle Intégration, comme l’une des plus grandes fortunes du Cameroun : en 2017, le magazine Forbes évaluait son patrimoine à plus de 315 millions de dollars.

Il sera resté discret jusqu’à son dernier souffle, convient Mutations, très peu de personnes pouvant l’identifier dans la rue ou l’apercevoir, ainsi qu’en ont pris l’habitude ses congénères, dans un meeting politique du pouvoir pour protéger ses intérêts.

Sous le titre «Vie et mort de Jean Samuel Noutchogouin», Le Jour consacre également une longue évocation de ce self-made man qui, très tôt, a quitté les bancs de «l’école des Blancs» pour suivre sa voie dans le commerce avant de s’affirmer comme un visionnaire.

«L’homme d’affaires laisse surtout, appuie Défis Actuels, un important héritage dans le secteur de l’élevage où il a régné sans partage ! Il a eu l’ingénieuse idée de construire un triptyque dans ce secteur pourtant concurrentiel d’Agrocam (production de poussins d’un jour) en passant par Belgocam (importation et commercialisation des intrants) à la SPC (alimentation du bétail), dont les produits rayonnent de Afrique centrale jusqu’au Soudan.»

Un autre dignitaire, lui aussi connu pour sa discrétion et qui a tiré sa révérence la veille, c’est un des derniers intimes et ex-conseiller aux affaires juridiques du président Paul Biya, Jean Foumane Akame et dont L’Anecdote dresse un portrait particulièrement avantageux.

Mutations signale également cette disparition du haut magistrat, transporté d’urgence quelques heures plus tôt à Genève (Suisse) alors qu’InfoMatin précise que sa dernière apparition publique remonte à mercredi dernier au Palais de l’unité, à l’occasion de la cérémonie de présentation de vœux des corps constitués au chef de l’État.

Ironie de l’histoire : le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune consacre une pleine page à la présentation, jeudi dernier, des vœux de Nouvel an au Conseil constitutionnel dont c’était la grande première, pour la jeune institution, avec une photo d’ensemble où l’illustre disparu apparaît l’air plutôt préoccupé.

Préoccupés également sont actuellement les élites de l’Adamaoua, qui selon Mutations et le trihebdomadaire L’œil du Sahel, ont tenu un conseil de guerre la veille dans la capitale, Yaoundé, afin de proposer des solutions pour endiguer le phénomène de prises d’otages qui déstabilise la région.

Le retour de cette insécurité, révèle la première publication citée, s’est soldée en 2018 par plus de 300 personnes enlevées, 500 millions FCFA de rançons payées et plus de 8000 têtes de bœufs perdues.

Abordant la sphère politique, le même Mutations constate que, depuis le 4 janvier et le réaménagement du gouvernement, le pays ressemble, encore plus à un boxeur groggy : étourdi par les coups et contrecoups du temps qui passe, sous le regard mi-amusé, mi-préoccupé de la communauté internationale, qui se demande jusqu’à quand le cirque qui se joue sous les yeux de tous va encore durer, et comment il va s’achever.

Le Quotidien de l’Économie n’est pas en reste, dans cet exercice de psychanalyse du système en place à Yaoundé, lui qui a choisi de décrypter les «dits et non-dits des nominations de Biya». On y apprend ainsi que les voient de promotion sociale passent généralement par les réseaux occultes, les subjectivités et le copinage, rien donc à voir avec le mérite.

Le doute s’est véritablement installé dans les esprits, quant à la capacité du sommet du pays à mettre la personne qu’il faut à la place qu’il faut, acquiesce La Voix du Centre, lui également plus qu’amer de voir à quel point les compétences sont méprisées au profit des réseaux d’influence.

«Le peuple, désabusé et abandonné, rêve d’un vent révolutionnaire qui viendra balayer le système en place, soupire l’hebdomadaire bilingue Avenir. Le Cameroun est devenu un pays où le Chef récompense les médiocres et limoge ceux qui se démarquent. Il va falloir s’y faire : Paul Biya ne changera plus sa façon de gouverner qui lui a permis de se maintenir pendant 35 ans au pouvoir.»

Un seul exemple de ces méthodes d’arrière-cour est donné par L’Anecdote, tri-hebdomadaire pourtant proche du pouvoir et qui consacre sa principale manchette à «la fourberie » du secrétaire général du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), Jean Nkuete, qui après avoir réussi à organiser la défaite de la formation dans plusieurs localités, à l’occasion de la présidentielle du 7 octobre dernier, fait aujourd’hui croire à son monde qu’il est un faiseur de rois, celui qui souffle au président national et chef de l’État les noms des personnes à nommer au gouvernement.

À voir comment les choses se passent, il ne faut plus rien attendre de notre Président, tranche Avenir, et il faudrait un miracle pour permettre au Cameroun d’être au rendez-vous de l’émergence fixé en 2035.

Tout n’est pourtant pas à jeter dans l’exécutif du pays, semble rétorquer The Sun, relatant les derniers coups durs subis sur le terrain par les forces séparatistes anglophones dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, avec la décapitation continue du mouvement séditieux par l’armée et la neutralisation de ses principaux lieutenants.

Et parmi ces chefs de guerre, répond en écho La Météo, quelques-uns, résidant aux États-Unis et connus pour leurs harangues enflammées sur les réseaux sociaux contre le régime de Yaoundé sur la crise anglophone, sont plus que jamais dans le collimateur du Federal Bureau of Investigation (FBI), le service de renseignement américain.

Le FBI lance la traque des financiers de l’insécurité dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, prolonge L’Anecdote, évoquant la création d’une commission d’enquête ainsi que l’ouverture imminente d’un procès pour apologie du terrorisme contre le chef des Forces de défense d’Ambazonie, Ivo Tapang Tanku.

«Arrêtez cette sale guerre, car les régions anglophones sont désormais économiquement sinistrées», renchérit The Voice, qui publie par ailleurs un appel pathétique de Joseph Wirba, député à l’Assemblée nationale et membre du Front social démocratique (SDF) à la Grande Bretagne, aux fins d’intervention pour «faire stopper le génocide» dans les zones anglophones.

Il ne parle pas de génocide, Mais Intégration consacre un reportage aux six jours de «villes mortes», le supplice qu’ont enduré les populations des deux régions anglophones la semaine dernière, une longue période de privations en tous genres à eux imposée par les leaders du gouvernement intérimaire du mouvement sécessionniste tapis à l’étranger.

Et s’il y a un autre endroit, bien qu’à des milliers de kilomètres du Cameroun, où tout peut basculer à tout moment, c’est bien la République démocratique du Congo (RDC) qui, selon L’Anecdote, vit une double situation historique : l’avènement d’un leader de l’opposition à la magistrature suprême, Félix Thsisekedi, et l’acceptation du verdict des urnes par le pouvoir en place.

Mais les choses se compliquent, pour le nouveau chef de l’État lorsque, selon Cameroon Tribune, il va falloir composer avec une majorité parlementaire issue de la coalition sortante, alors que dans le même temps celui qui se considère comme le vrai vainqueur de la présidentielle, Martin Fayulu et ses alliés, dénoncent «une véritable escroquerie» et ruent sur les brancards et que les puissances occidentales commencent à douter de la sincérité des scrutins présidentiel, législatif et provincial.

Mais pourquoi la Belgique, la France et la Grande Bretagne, aujourd’hui en première ligne pour dénoncer la mascarade en RDC, alors qu’elles sont restées muettes sur le cas du Cameroun, où plusieurs cas de fraudes ont été notifiés lors de la récente présidentielle ? s’interroge perfidement Le Guideon.

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