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Nicaragua: des étudiants dans une église à Managua attaquée par les forces pro-Ortega

Les forces pro-gouvernementales du Nicaragua assiégeaient samedi une église de Managua où se sont réfugiés quelque 200 étudiants participant aux manifestations contre le président Daniel Ortega.

Vendredi, deux personnes ont été tuées et des dizaines blessées dans des violences à Masaya, où le président Ortega a lancé un appel à la paix en pleine grève générale à l’initiative de l’opposition.

Au total, plus de 270 personnes ont été tuées et quelque 2.000 blessées dans les violences qui secouent le Nicaragua depuis trois mois, selon la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH).

A Managua, des policiers et des paramilitaires assiégeaient depuis vendredi vers 23H00 GMT l’église de la Divine Miséricorde, située dans le sud-ouest de la capitale près de l’Université nationale autonome (UNAN). Des dizaines d’étudiants se sont réfugiés dans l’église pour fuir une attaque contre l’UNAN où ils étaient auparavant retranchés.

« Nous ne voulons pas mourir », « aidez-nous », criaient des jeunes gens désespérés au milieu des bruits de tirs, selon la retransmission en direct fournie par trois journalistes locaux bloqués dans l’église.

Durant la nuit, peu avant minuit, le curé était sorti portant le drapeau du Vatican pour évacuer des blessés graves ainsi qu’un journaliste américain du Washington Post, Joshua Partlow, après une négociation avec l’Eglise catholique.

« Ils veulent nous assassiner tous », a déclaré un étudiant à la chaîne 100% Noticias depuis l’intérieur de l’église.

– « Armes de gros calibre » –

Vendredi à Masaya, la ville la plus rebelle du pays située à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale, des partisans pro-Ortega ont « tiré avec des armes de gros calibre » dans le quartier de Monimbo dans le sud de la ville, tuant « un policier et un manifestant », selon Alvaro Leiva, un responsable de l’Association nicaraguayenne des droits de l’homme (ANPDH).

Le président Ortega avait mobilisé ses partisans pour marcher vendredi sur Masaya, en réponse à la grève générale. Des fidèles du président étaient partis de Managua à bord de centaines de véhicules et motos, agitant des drapeaux rouge et noir du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche), le parti au pouvoir.

M. Ortega et son épouse Rosario Murillo, également sa vice-présidente, se trouvaient dans ce convoi qui commémorait un épisode-clef de la révolution sandiniste de 1979.

« Nous invitons tout le monde (…) à choisir le chemin de la paix », a lancé M. Ortega devant un commissariat de police à Masaya, protégé par nombre de policiers antiémeute lourdement armés.

La grève générale de vendredi était la deuxième depuis celle du 14 juin au cours de laquelle quatre personnes sont mortes.

Lancée à l’appel de l’Alliance civique pour la démocratie et la justice, coalition de l’opposition qui inclut des secteurs de la société civile, elle a été suivie à 90% selon l’opposition tandis que des médias proches du pouvoir faisaient état d’une situation normale dans certaines zones.

La plupart des marchés, banques, magasins, stations-service et restaurants à travers le pays sont restés fermés vendredi, en réponse à l’appel des adversaires du chef de l’Etat ou par peur des pillages, a constaté l’AFP.

– caravanes de véhicules-

Cette grève s’inscrivait dans une série d’actions sur trois jours lancée par le camp anti-Ortega.

Jeudi, des milliers d’opposants avaient défilé à Managua et d’autres villes et des affrontements durant une marche à Morrito (sud-est) avaient fait cinq morts (quatre policiers et un manifestant).

Un dirigeant de l’opposition Medardo Mairena, qui participait aux pourparlers avec le gouvernement, a été arrêté vendredi dans cette affaire, a annoncé la police.

Samedi, l’opposition a prévu des caravanes de véhicules dans les quartiers en conflit dans l’ouest de Managua.

Le pays le plus pauvre d’Amérique centrale est secoué par des manifestations d’une ampleur historique contre Daniel Ortega, ex-guérillero de 72 ans au pouvoir depuis 2007 après l’avoir déjà été de 1979 à 1990.

Il est accusé d’avoir durement réprimé les manifestations et mis en place avec son épouse une « dictature » marquée par la corruption et le népotisme. Ses adversaires demandent des élections anticipées ou son départ.

Pour le gouvernement, les protestataires sont des « délinquants » issus de la « droite putschiste » soutenue par les Etats-Unis.

Très influente au Nicaragua, l’Église catholique joue le rôle de médiatrice entre le gouvernement et l’opposition, en demandant notamment des élections anticipées, mais sans succès: le président Ortega a rejeté cette éventualité.

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