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Nicolas Eyidi, et la photo devient un art

Quinquagénaire, il ne vit que de la photographie et croit fort en l’avenir de son métier. Portrait.

Il photographie les murs, les troncs d’arbres, les animaux, les fleurs, les paysages, les roues des voitures, bref, rien ne passe inaperçu devant lui. Aucune image ne lui est indifférente. C’est l’ il du photographe, dit-il, c’est ce qui fait la différence entre toi et moi. Il filme tout ce qu’il voit, en y ressortant le côté mystérieux et artistique. En fait, c’est pour en faire une banque d’images, mon projet le plus cher, et sur lequel je travaille actuellement fait-il savoir. La banque compte environ 11 000 photos à ce jour répartis en une centaine de thèmes. Des attitudes à la nature, en passant par la végétation, les enfants, la décoration, l’énergie, l’eau. Ses images, il vous les offre à voir, depuis les deux desks-op posés sur sa table de bureau juste à l’entrée de son salon. Un salon qui change tout le temps pour se conformer aux règles de l’art de la photo. Pour faire court, c’est aussi son studio. Pour le transformer, il a juste besoin de 25 à 30 minutes. Installer le matériel, le décor et dès que le client est parti, et je ne reçois que sur rendez-vous, précise le photographe, tout redevient maison. Avec ses nombreux tableaux et masques qui jonchent les murs. Je suis un amoureux d’art et de peinture. On aura compris.

Les années «noir et blanc»
Nicolas Eyidi est l’un de ces photographes des années d’indépendance qui a bien souvent la nostalgie de son temps. Avec raison peut être! Car voyez-vous, les jeunes aujourd’hui sont trop pressés. Ils ne sont pas patients explique t-il, en comparaison avec notre époque. Les choses n’étaient pas si faciles qu’aujourd’hui. Il fallait être un bosseur. Voila en effet 37 ans qu’il exerce la photographie, une activité qui pour lui a dépassé le cap d’un métier pour devenir une passion. A l’époque on ne s’aventurait pas dans la photo comme c’est le cas de nos jours raconte t-il avec son air de sourire facile. La passion, il la développe tout jeune alors qu’il allait se balader tout le temps au studio photo Georges à Douala. C’est là que j’ai appris à faire des photos, développer des films, etc., noir et blanc. Jusqu’en 1975 où le premier laboratoire photo en couleur s’installe au Cameroun. Avant cela, soit on envoyait les pellicules en France pour les faire développer, surtout pour les photos en couleur, nous apprend cet historien de la photographie. Et elles revenaient dans les temps. La poste fonctionnait encore parfaitement. Soit on transformait à la main grâce aux aquarelles, les photos «noir et blanc» en photo couleur. Et elles étaient très jolies. Ce sont des nigérians qui étaient installés à l’époque ici à Douala qui le faisaient. Sous la houlette du patron du labo, un blanc, Nicolas effectue ses premiers voyages à l’étranger pour des stages de formation. D’abord Libreville puis la France et d’autres pays. L’homme acquiert de l’expérience, au point de devenir l’un des piliers du labo. Je métrisais presque toutes les machines et il y avait moins de six photographes à Douala à cette époque. Dans les années 80, il travaille pour le groupe Procolor, l’un des géants de l’industrie photographique au Cameroun avant la grande autonomie. Il installe ses quartiers à Akwa puis ramène tout chez lui, au quartier Deido. C’est désormais là que tout se passe et il y a même ouvert son laboratoire personnel.

L’âge des «photographes quincaillers»
C’est ainsi qu’il qualifie la génération d’aujourd’hui. Les jeunes refusent d’apprendre et ne passent leur temps qu’à chercher de l’argent. Quand je dis à ceux qui viennent me voir d’être patients, on me dit que j’ai déjà réussi et ne veux pas qu’ils réussissent aussi. Ce n’est pas vrai. Je ne leur demande pas d’arrêter de travailler, mais de prendre du temps pour apprendre mieux que ce qu’ils font déjà. Apprendre, c’est ce à quoi Nicolas Eyidi, du haut de ses 55 ans, passe son temps à faire. Je voyage beaucoup pour découvrir les coins du pays. Je lis beaucoup, j’achète tout le temps des journaux pour être en phase avec les évolutions du métier, les nouveaux logiciels, les nouvelles techniques, etc. Ce qu’en réalité ne font pas les jeunes. Ils sont juste pressés de finir deux pellicules par jour et se disent photographes. Je leur dit non, ce n’est pas cela un photographe. La photographie c’est comme la médecine. Il y a des milliers de médecins mais tous ne font pas la même chose. Chacun a sa spécialité. Aujourd’hui les jeunes veulent tout faire et finalement ne font rien de bien. Le photographe aussi doit pouvoir être spécialisé dans un domaine précis. C’est ainsi que l’on a ceux qui ne filment que des animaux, certains les volcans, d’autres la nature (.) Moi je peux prendre quatre photos en un mois mais qui me permettent de vivre pendant six mois. Normal, puisqu’il ne travaille qu’avec des agences de communication pour les affiches publicitaires. Et un bon photographe doit être capable de faire des photos à partir d’un document écrit qu’on lui remet ajoute t-il, mais combien sont les jeunes d’aujourd’hui qui peuvent le faire?.

L’avenir en photo
La photo est partout et passe avant tout. Elle va occuper 60% des activités dans le monde, prédit Nicolas Eydi. Très sûr de lui, ce globe trotter se félicite de ce qu’il est devenu et croit en un avenir radieux pour ce métier. Même s’il n’existe pas assez de professionnels dans le métier, nous sommes très peu, il croit uniquement au travail. Et quand vous lui demandez quels sont les avantages de ce métier, il vous répond que pour lui, il n’est pas question d’avantages. Tu fais bien ton boulot, les gens viennent vers toi. Rien que cela. A-t-on encore besoin d’une quelconque reconnaissance lorsqu’on a participé à la Photokina, le plus grand rendez-vous de la photo et des photographes dans le monde! Aujourd’hui Nicolas vit une vie tranquille auprès de sa famille, une vie avec de nombreuses couleurs qu’il photographie au quotidien pour servir la cause de la postérité. Même si en effet son penchant demeure pour le noir et blanc. Quel nostalgique!

Le photographe Nicolas Eyidi
Journalducameroun.com)/n
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