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Nicolas Sarkozy en visite au Rwanda

Le président français aura quelques heures pour maquer positivement ou négativement les relations franco-rwandaises

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La visite ce jeudi 25 février 2010 de Nicholas Sarkozy au Rwanda, une première pour un président français depuis le génocide de 1994, sera de toute évidence l’une des plus délicates pour lui en terre africaine. Trois mois à peine après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda, il est l’hôte de son homologue Paul Kagamé, à Kigali, la capitale rwandaise. Une visite de quelques heures, mais hautement symbolique. Le président français n’a pas droit à l’erreur ni au lapsus. Aucun discours officiel n’est prévu, mais ses propos seront analysés et interprétés, par les dirigeants rwandais. Le gouvernement rwandais et plus encore les survivants souhaitent eux, une reconnaissance de la responsabilité française dans le génocide. D’autres pays, moins impliqués ont reconnu déjà leurs erreurs. En 1998, Bill Clinton évoquait une responsabilité américaine: « Nous n’avons pas agi assez vite après le début des massacres. Nous n’aurions pas dû permettre que les camps de réfugiés deviennent des sanctuaires pour les tueurs. Nous n’avons pas immédiatement appelé ces crimes par leur nom correct: un génocide ».

Rappeler le renforcement des institutions
La France depuis plusieurs années se positionne en championne de la «responsabilité de protéger», tant aux Nations unies qu’au sein de l’Union européenne et affirme avoir tiré les leçons collectives du drame rwandais, il lui reste encore à reconnaître le travail fait par les historiens sur le génocide rwandais afin de pouvoir véritablement ‘normaliser’ ses relations avec le Rwanda. Certains responsables d’Organisations Non Gouvernementales (ONG), pensent que le voyage de Nicolas Sarkozy devrait pouvoir initier une rupture fondamentale avec l’engagement de la France en Afrique Centrale, mais aussi avec l’approche géopolitique qui a permis à la «crise des Grands Lacs» de perdurer depuis déjà seize ans. «A Kigali ce jeudi, le Président français devrait souligner l’efficacité de la reconstruction des institutions étatiques et les nombreux progrès accomplis après le génocide. Mais il devra également demander au Rwanda de s’engager dans la voie d’un multipartisme et d’un débat politique véritable en amont des élections prévues en août prochain et souligner les menaces qui pèsent sur la société civile, la presse et l’espace démocratique» souligne Jean-Marie Fardeau de Human Rights Watch.

S’excuser, mais aussi indexer le Président rwandais
D’un autre coté ils sont nombreux à dire que pour une fois la France devra jouer un franc jeu et dire clairement les choses. Il faudrait certes évoquer sa responsabilité et s’en excuser, mais aussi parler de la responsabilité des peuples du génocide. Une idée que soutient Zobel Behalal du CCFD-Terre solidaire. «Le Président français devrait clairement indiquer à Paul Kagamé que la communauté internationale attend de sa part des mesures concrètes pour mettre un terme aux agissements des dignitaires rwandais qui continuent de soutenir des groupes armés à l’est de la RDC et de bénéficier de l’exploitation et de la commercialisation des ressources de son sous-sol» a-t-il indiqué. Une idée que reprend d’une autre façon Nicolas Vercken d’Oxfam France. «Nicolas Sarkozy devrait inviter le Président rwandais à contribuer activement aux efforts internationaux de désarmement volontaire des rebelles hutus rwandais encore actifs dans les Kivu, et à offrir à ceux d’entre eux qui n’ont pas participé au génocide des garanties et perspectives véritables de réintégration socio-économique au Rwanda» a-t-il déclaré.

Déterminer le part de responsabilité de la France dans le Génocide
Selon de nombreux rapports, l’implication de la France dans le génocide est un fait avéré. Seul le degré de cette implication reste à déterminer par une enquête sérieuse. Des experts ont plusieurs fois avancé l’hypothèse d’une commission mixte franco-rwandaise. En 1990, après l’offensive du Front patriotique rwandais (FPR), la Belgique arrête son soutien militaire au régime du président Habyarimana et la France prend le relais. La France fournit des armements, entraîne et même engage directement des soldats français contre le FPR (L’opération Turquoise). Confrontée à une offensive à la fois militaire du FPR et politique d’une opposition interne très active, elle a choisit la fuite en avant dans le génocide. Sarkozy a hérité d’une France qui ne parvient pas à gérer ce passé encombrant. François Mitterrand président français durant cette période n’a jamais voulu s’expliquer sur le Rwanda. En 1999, une mission d’information de l’Assemblée nationale française a reconnu des défaillances mais s’est heurtée au secret-défense et aux révélations partielles des dirigeants de l’époque. Les plaintes déposées, parfois depuis près de quinze ans, contre seize présumés « génocidaires » réfugiés dans l’Hexagone restent bloquées. Dans le cadre d’une instruction du juge Bruguière, une proche du président Kagamé, Rose Kabuye, avait été arrêtée en Allemagne et transférée en France avant d’être relâchée. Les experts estiment que le Président rwandais avait piégé la France. Les autorités françaises ont clairement montré qu’elles semblent aujourd’hui craindre un éventuel procès qui pourrait rapidement devenir celui du rôle de la France au Rwanda.


lexpress.fr)/n


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