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Nicolas Sarkozy: L’incompris!

Ce billet aurait aussi pu être intitulé : « Nicolas Sarkozy, la rupture en marche »

Il y a deux ans, cette réflexion m’avait été suggérée, suite aux propos contestés, mais contestables( ?) du président Nicolas Sarkozy à Dakar et des attentes des africains à une certaine rupture, celle annoncée pendant sa campagne présidentielle par le président français. Le dernier camouflet prévu et prévisible que les services de sécurité français viennent d’infliger à ceux qui voulaient manifester contre la venue du président Biya en France, est une occasion de le remettre au goût de la lecture.

Ce billet aurait aussi pu être intitulé : « Nicolas Sarkozy: la rupture en marche ». Il est cependant plus juste et approprié semble-t-il de garder le titre actuel parce qu’il correspond le mieux à la situation. Tant le hiatus que l’on observe entre l’idée de rupture, sa réalisation pratique par le président français d’un côté, et sa traduction voire sa compréhension ou devrait-on dire son incompréhension côté africain, se fait chaque jour criard.
A mon sens, cette incompréhension nait de l’écart référentiel existant entre le président Sarkozy et certains Africains qui en sont encore à croire aux vertus de l’hexagone. Est-il encore important ici de souligner que les chefs d’états africains et leur chef de file élyséen sont dans le même référentiel ?

Pendant que les Africains dans leur majorité, entendent par rupture des rapports sains et équitables, sans ambigüité aucune. Attendent de l’actuel président français une rupture avec la mansuétude jusqu’ici montrée par ses prédécesseurs aux potentats et mafieux dinosaures africains, une rupture d’avec les pratiques mafieuses qui ont, jusqu’ici régies les rapports entre la France et les pays francophones en particulier, bref une rupture avec la Françafrique que dénonçaient le feu Vershave, feu Mongo Béti et bien d’autres encore. Le président Sarkozy la leur sert à contresens. Toutes ces attentes semblent être transformées en une trahison, en un remake du cauchemar. Mais autant se le dire, si nous restons là à faire le bilan des promesses non tenues, alors il faut se dire que nous ne sommes qu’à l’avant-gout du calvaire que Sarkozy entend offrir aux Africains. Nous n’avons pas su lire à qui s’adressait la rupture tant clamée par l’homme fort de l’Elysée.

Jean Jacques Dikongue
Journalducameroun.com)/n

Erreur d’appréciation ou naïveté ? Quelle que soit la raison, cette attente côté africain traduit encore le rôle paternaliste que certains continuent d’attribuer à la France, voyant en elle, la tutrice indiquée pour parler et soigner les maux de l’Afrique et la défendre. Cette vision de la rupture prouve que nous ne sommes pas dans le même référentiel. Là où Nicolas Sarkozy défend simplement et seulement les intérêts de la France, où seule la logique capitaliste, des intérêts prime, certains Africains veulent continuer à voir une logique sentimentaliste. Il n’y a pas meilleur imbroglio que celui-ci. Il semble cependant que c’est à celui qui se sent lésé dans une relation, dans un rapport, d’initier la rupture et non l’inverse comme le suggèrent certaines réactions côté africain.

Après réflexion, il me semble être dans le faux et de croire que Nicolas Sarkozy n’opère pas la rupture par rapport à l’Afrique. Il est en rupture totale avec l’Afrique et entend le montrer non plus en caressant celle-ci en tout en la pillant, mais en l’agressant tout en la dépouillant. Paradoxalement, la rupture qu’opère Sarkozy , celle que nous, en tant qu’africains, refusons de voir, de comprendre, offre, comme jamais l’Afrique n’en a eu la possibilité, de couper le cordon ombilical de cette relation qui n’en est pas une. Cet état de grâce dans lequel se trouve aujourd’hui l’Afrique lui donne le choix de vivre ou de mourir comme le dit si bien Achille Mbembe : « L’Afrique se sauvera par ses propres forces ou elle périra. Personne ne la sauvera à sa place, et c’est bien ainsi. ». Je pense que ceci est le point avec lequel je suis d’accord avec l’éminent professeur, dans sa vision des rapports entre l’Afrique et la France en particulier et l’occident en général. Vision que partage aussi le professeur Théophile OBENGA avec lequel je suis en accord pour un divorce d’avec la France et l’occident, quand il affirme: « Notre couplage avec l’Occident dure depuis le XIII-XIVe siècle ….J’affirme juste que le « mariage » avec l’Europe n’a rien donné, qu’il faut par conséquent passer à autre chose. Malheureusement, nos dirigeants ne l’ont pas encore compris. Beaucoup croient encore en l’Occident. »
Continuer à inciter les Africains à rester dans un mariage de dupes comme semblait le suggérer Achille Mbembe lors de son passage à Paris est pour moi, favoriser le viol dont l’Afrique est victime depuis des siècles par un partenaire dont le destin est, ainsi le qualifie le professeur Théophile Obenga,  » Dominer, coloniser, détruire, tel est le destin de l’Occident…. ». L’abstinence à laquelle Achille Mbembe invite la France à observer dans les affaires africaines est un v u pieux, c’est comme si on exhortait la chèvre de ne pas brouter l’herbe qui entoure le pâturage.

La rupture entamée par le président Nicolas Sarkozy est d’autant plus explicite comme jamais elle n’a été tentée par ses prédécesseurs ni par aucun autre dirigeant occidental. Le président français par ses choix politiques et sociaux excluent d’office une bonne frange d’africains de son champ d’action et ne prend en compte que ceux qui le mieux avantagent la France. C’est ainsi qu’il peut bien se permettre d’insulter la masse et préserver les amitiés avec Bongo, Wade, Biya et tous les autres dictateurs à sa solde parce ces derniers tiennent en joue leurs populations et par ricochet ont la mainmise absolue sur les richesses de leur pays respectif pour le bénéfice de la France. Pourquoi s’encombrer de toute la masse alors qu’avec quelques individus, les richesses sont mieux préservées ?

Nicolas Sarkozy
media-blog.surinvitation.com)/n

Le cordon sanitaire qu’appelle Sarkozy de tous ses v ux pour mettre en quarantaine l’Afrique dite noire commence par ses appels de pieds en direction des pays du Maghreb. En intégrant Kadhafi dans son projet méditerranéen, tout en finançant les boucliers anti-immigrations au Maroc par des livraisons d’armes, sans oublier le charme que l’on fait à l’Algérie et à la Tunisie, le président français cherche par tous les moyens à isoler l’Afrique dite subsaharienne tout en la conservant comme son réservoir d’approvisionnement, dans ce qu’il nomme l’union méditerranéenne. Il l’affirme sans ambigüité: « Cette Union Méditerranéenne devra prendre en charge les questions de lutte contre le terrorisme, la gestion concertée des migrations, le développement économique et commercial et la promotion de l’Etat de droit dans la région. Elle aura vocation à travailler étroitement avec l’Union Européenne, et un jour à avoir avec elle des institutions communes. »

Sa récente charge à Dakar exprime la volonté affichée de et par Nicolas Sarkozy de rompre avec cette Afrique vis-à-vis de laquelle la France doit quelconque actes de remords ou repentance comme l’a exprimé Jacques Chirac par exemple. Une diversion de plus, qui a eu l’avantage d’endormir une fois de plus les naïfs et à considérer Jacques Chirac très abusivement d’avocat de l’Afrique. Le discours de Dakar devrait être le détonateur pour les Africains non plus de faire le constat du mauvais traitement, mais d’initier la rupture, la vraie, selon leur référentiel à eux. L’invitation ou alors le défi lancé par l’historienne ADAMA BA KONARE d’instruire le président français à l’histoire africaine montre, qu’au-delà de la nécessité légitime de répondre à une telle démonstration d’incurie, que les Africains risquent de s’entêter dans la réaction là ou l’action doit primer. Le bénéficie d’une telle démarche pour l’Afrique consisterait à ne s’intéresser qu’à l’Afrique en proposant une substitution des programmes « coloniaux » jusqu’ici enseignés, par des programmes faits par des Africains. Quel avantage tire l’Afrique si Nicolas Sarkozy et sa clique s’initient à l’histoire des Africains ?

L’entrée dans le concert mondial des pays comme la Chine, le Brésil, l’Inde sont des facteurs qui devraient pousser Nicolas Sarkozy à plus de retenue ou de diplomatie et en même temps inciter les Africains à diversifier ses partenaires. Là ou certains se seraient allés à arrondir les angles et faire profil bas, Nicolas Sarkozy bombe le torse et fait le pari que l’Afrique ne peut rien sans la France et assène des contrevérités telles que: la part de l’Afrique dans la balance commerciale française est égale à zéro. Son arrogance à l’endroit des Africains est d’autant décuplée à partir du moment où il sait avoir mis dans sa poche ses pions disséminés à travers le continent. La meute peut toujours hurler. D’ailleurs ces contrevérités sont reprises par des diplomates français à travers l’Afrique comme l’assenait André Janier « Aucune entreprise française ne pille comme je l’ai lu, ou même n’exploite ces richesses à grande échelle ». Qu’est ce qui pourrait justifier une telle assurance des dirigeants français que même la présence chinoise en Afrique n’ébranle les certitudes ? Nicolas Sarkozy ne fait que défier les Africains et cela est sans précédent dans les relations entre l’Afrique et la France. Mais là ou nombreux perçoivent une dérive, il faudrait voir une bouffée d’air à condition de la vouloir vraiment.

La rupture « sarkozyenne » est qu’on le veuille ou non, une chance pour l’Afrique. Elle a le mérite de ne pas caresser dans le sens du poil, de nous piquer lorsque l’on s’y frotte, mais aussi de nous révéler les vrais enjeux des rapports entre la France et l’Afrique si tenté qu’on considère ne pas les connaitre. C’est pour cette raison qu’il appartient aux Africains d’impulser la rupture au lieu d’attendre celle-ci de Nicolas Sarkozy car la sienne est en marche et fera plus de victimes si on en reste aux jérémiades au lieu d’agir.

Nicolas Sarkozy et Paul Biya, sur le perron de l’Elysée
Elysée.fr)/n


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