Société › Faits divers

Nigeria: Deux Camerounais et un Nigérian lynchés

Des populations d’une localité frontalière du Cameroun les ont châtiés pour « vol de sexe » présumé

Les deux Camerounais dont les identités n’ont pas encore été révélées et un Nigérian ont été lynchés à mort dans l’Etat nigérian de Taraba (frontalier du Cameroun) par une foule qui était persuadée qu’ils avaient volé son sexe à un homme, a rapporté le très sérieux quotidien The Guardian dans son édition du dimanche. Selon le journal, qui cite un témoin, les trois hommes étaient en train de faire le plein dans une station-service avant de partir vers le Cameroun lorsqu’un homme a ameuté la foule en disant qu’ils lui avaient dérobé ses parties génitales. Cernée par une foule revancharde, les trois hommes ont essayé de se réfugier dans un commissariat où ils seront mis en pièces par leurs poursuivants malgré l’intervention de policiers. L’incident a été confirmé au journal par le commissaire de police local, Aliyu Musa, dont cinq hommes ont été sérieusement blessés et le commissariat totalement détruit.

A l’évidence, dans cette affaire de sexes volés transparait une double carence des Etats. D’abord la carence en matière de sécurité des personnes et des biens souvent désemparés et livrés à eux-mêmes; ensuite une carence sur le plan de l’information sur les conditions et modalités d’administration de la justice. Cette façon que la foule a de s’en remettre à elle-même et à son verdict passionné en matière de justice et de sécurité, trahit en même temps qu’elle révèle une ignorance de fond et une incivilité involontaire.

Mais la vérité est que dans cette partie de l’Afrique, les populations sont en proie à des croyances sous fonds de magie noire et de mysticisme, sans que personne n’ait apporté la preuve effective d’une telle chose. Les éléments signifiants du récit s’articulent en général en un tout allégorique bien ordonné. Comme dans tout récit symbolique, il y a d’abord le sens explicite qui constitue le fait divers en tant qu’objet d’information: une histoire à peine croyable de vol de sexe qui donne lieu à une interpellation collective spontanée des suspects. Cette interpellation qui vise à réparer le préjudice se saisit sans ménagement des coupables désignés selon un mode aussi arbitraire et irrationnel que le fait invoqué.

A ce jour aucune démarche objective n’est jamais venue confirmer un fait qui semble faire l’unanimité au Cameroun et dans une bonne partie de l’Afrique de l’ouest. En attendant de connaître l’identité et la vraie histoire des victimes, cette ultime affaire de sexe volé n’est pas prête d’apporter toutes les vérités de cette croyance.

Image d’illustration

journal du Cameroun)/n

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