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Nkongsamba: La campagne caféière bat son plein

Notre reporter a suivi une famille en pleine récolte pendant les fêtes.

La cueillette de café…
Ici, le jour se lève à 4h. Joël Kamguep étudiant à l’Ecole Supérieure de Gestion à Douala qui vient d’arriver pour donner un coup de main à son père raconte: « généralement c’est le père qui se réveille le premier et nous réveille. Nous courons alors appeler les amis du quartier qui ont accepté la veille de venir cueillir le café dans notre champ. On les appelle les « Pambé », parce qu’ils sont payés au sac ». Une trentaine de minutes après, tout est fin prêt. Et le bataillon peut se mettre en marche, dans la nuit noire, sous les cris des crapauds, grillons et autres animaux nocturnes. La plantation où ils se rendent ce mercredi 31 décembre est située à plus de 24 km de leur maison sise au quartier 8 bis. La mère de la maison ne s’y rend jamais, à cause de la distance jugée trop longue. « Des pick-up se rendent souvent à Ntoa. Mais elles s’arrêtent à la moitié du trajet. Et il faut payer 200Fcfa, puis continuer à pieds », révèle pour sa part Julio, le benjamin de la famille, élève en classe de troisième au lycée de Nlonako. Depuis l’enfance, ses deux frères et lui sont habitués à cette longue marche. Ce n’est pas le cas de Vasco, un voisin venu la veille. Ce matin, il ne s’est pas levé, se plaignant de la fatigue de la marche de la veille. Vers 8h, après près de quatre heures de marches, le groupe arrive devant la plantation, en pleine forêt. Deux femmes les y attendent avec des paniers. Ce sont des autochtones du coin. Elles sont aussi venues pour le « Pambé » (cueillir le café, Ndlr). Le père, Kemajou Daniel Apollinaire, infirmier chef retraité, se dirige vers un bosquet. Il en ressort avec un régime de bananes mures qu’il partage. Il s’en va ensuite à la limite sud du champ où il positionne chacun sur sa ou ses rangées. Le travail peut commencer. Pendant ce temps, il doit pulvériser les pieds de caféier infestés de fourmis avec un insecticide devant les cueilleurs.

La cueillette
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…Une partie de soupirs
La cueillette du café est loin d’être une mince affaire. « En dehors des fourmis à la morsure douloureuse et qui ne meurent jamais toutes après la pulvérisation, figurent des insectes qui sucent le sang et d’autres qui pénètrent dans les yeux, les oreilles juste pour gêner les travailleurs. C’est pourquoi certains s’enveloppent le visage avec des vêtements ou des herbes », révèle Julio. Les plus expérimentés s’en passent. Vers 15h, le travail s’arrête. C’est l’heure des comptes. Chaque « Pambé » est payé à 600 Fcfa par sac de cafés cueillis. Pendant que Julio et ses frères ont à peine un sac, les « Pambé » présentent entre 2 et quatre sacs. Certains « Pambé » sont payés sur le champ. D’autres le sont après toute la cueillette. Au moment de rentrer, il faut chercher de la nourriture, abondante dans ce champ. Chaque enfant fait son petit sac et l’on prend le chemin du retour, toujours à grandes enjambées.

Malgré les baisses successives qu’a connu le prix du sac de café, le métier continue quand même de nourrir son homme. Elle permet à l’infirmier retraité de payer la pension de ses deux fils dans des écoles d’enseignement supérieur privés et celui de son du dernier enfant du secondaire. Seulement, les choses se passent parfois mal. « Les voleurs de cafés rôdent dans les champs en cette période et transportent le café déjà cueillis et gardés. C’est pourquoi, il est désormais rare de voir les planteurs sécher leur café au champ. On transporte le café quand il est encore mouillé », précise Kemajou Daniel Apollinaire. Cette précipitation rend la tâche de l’agriculteur pénible. Car le café, lorsqu’il n’est pas séché, est lourd.

Pour les jeunes, la période constitue une aubaine. C’est pratiquement la seule source de revenue qui leur permet de se remplir les poches en périodes de fêtes et par conséquent de bien fêter. Seulement, dans cette ambiance de célébrations, la ville de Nkongsamba, autrefois 3e ville du Cameroun, ne cesse de dépérir.

Le repos sous les bananiers
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