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Note de lecture: «l’Empreinte des Choses Brisées» de Christelle Nadia Fotso

C’est une uvre fraiche, révoltée, impertinente, qui ressemble à son auteur (sans être autobiographique)

Début 2007, Christelle Nadia Fotso se donne enfin le droit d’écrire «L’Empreinte des Choses Brisées», une uvre qu’elle avait en elle depuis trop longtemps. Mais c’était sans savoir que cela l’obligerait à confronter ses propres contradictions: Je me suis laissée aller. Quand je vis sans écrire, je fais très attention. J’ai besoin de tout contrôler. Je déteste les surprises. Paradoxalement, lorsque j’écris, je vais de surprise en surprise. Je m’autorise des folies. Je me suis lâchée et ce livre est né! Je préfère l’écrivain à la femme que je suis non pas parce que j’ai un talent fou mais parce que je peux tout écrire. Rien ne m’est interdit dans l’écriture. Dans mon autre vie, je suis sans cesse en guerre avec les choses que je m’interdis, en conflit avec moi-même. Longtemps, le but de ma vie a été d’être la fille exemplaire pour cesser d’être un fardeau. Avec ce livre, j’ai accepté, longtemps après l’avoir compris que j’avais le droit d’être moi. Une question m’obsédait, confie-t-elle. Pourquoi choisit-on d’aimer ou de ne pas aimer une personne? Est-ce le passé, qui on pense être, l’endroit d’où on vient, ce qu’on dit être des racines, qui prédétermineraient notre identité telle la terre dans laquelle pousse une fleur en lui offrant sa qualité et sa singularité (.)? Y a-t-il des choix qu’on ne peut pas faire lorsqu’il s’agit de chair, de plaisir, de sexualité, d’amour et donc d’identité?

«une femme révoltée» qui met sa rébellion au service de son art
L’Empreinte des Choses Brisées échappe à toute définition conformiste et à toute catégorie. C’est une uvre fraîche, révoltée, impertinente même, qui ressemble à son auteur sans être autobiographique. Christelle Nadia Fotso décrit elle-même son livre comme une transgression: Je voulais désespérément raconter une histoire en posant de non-dits enfouis ou tus, et surtout en refusant d’accepter qu’il y a des choses qu’on ne peut pas écrire en se convaincant que les tabous sont sacrés. Cette histoire est celle de Leah, d’Andrea et de Sacha. Elle est également celle de deux pays, les États-Unis et le Cameroun et de trois endroits clés, Nkongsamba, Douala, et la Nouvelle Angleterre américaine. Camerounaise d’origine, mais vivant aux Etats-Unis depuis l’âge de 14 ans, Christelle Nadia Fotso ne se sent pas (ou plus) africaine. Je ne me sens pas africaine. L’africanité n’existe pas. Dire que je suis africaine serait une manière de ne pas assumer mon individualité en agissant comme si une africanité, une identité que j’aurais acquise parce que je suis née au Cameroun justifierait le fait d’avoir certains comportements, certaines particularités et surtout certaines croyances sans devoir les justifier pour moi-même. La femme africaine est celle à qui on impose des obligations; on lui interdit la jouissance en mettant sur elle le poids de nettoyer le plaisir et de diviniser l’orgasme du mâle, explique-t-elle. Je me sens profondément américaine mais mon lien avec le Cameroun n’est pas périssable parce que ma grand-mère m’a prouvé qu’on pouvait être une femme née sur une terre rouge et dire non aux choses brisées. Je ne pense pas le Cameroun à partir d’un continent. En parlant d’identité, l’auteur confesse: Mes personnages m’ont fait comprendre que respirer, vivre, c’est choisir. Cela n’est pas moins vrai lorsqu’on vient du Cameroun mais plus vrai tellement l’illusion de ne pas avoir de choix, de devoir perpétuer quelque chose est violente.

Christelle Nadia Fotso, 32 ans, publie un premier roman étonnant et original
Journalducameroun.com)/n

Les Choses Brisées
Pour Christelle Nadia Fotso, «Les choses brisées» sont celles qu’on sacralise en étant marqué par une terreur paralysante de soi-même. Elles conduisent à la peur de s’assumer, de réaliser et d’accepter qu’on peut. On n’est pas prisonnier de son passé, d’un endroit parce qu’il est le lieu de sa naissance, de traditions et de valeurs imposées sous prétexte qu’elles sont celles de personnes qui ont le même sang que nous. Il est barbare de s’enfermer par tribalisme, par chauvinisme ou par une loyauté cannibale dans des catégories, dans une essence toute faite en criant sans réfléchir qu’elles nous font. L’auteur de L’Empreinte des Choses Brisées dit seulement poser des questions et non imposer ses réponses: Mon livre a sa propre existence et s’est émancipé de sa créatrice qui pense que l’histoire montre que l’erreur est de refuser la pensée parce qu’on a peur d’être miné ou de finir seul en devenant un marginal. Cependant, ce roman m’a sauvée de l’enfer des gris-gris et de la passion de l’ignorance et de l’identitaire. Sans mes personnages, sans Leah, Andrea et Sacha, je n’aurais jamais compris que je suis en fait l’enfant de ma grand-mère. J’ai cessé de suivre les choses brisées. J’ai accepté de demander aux autres de justifier mon existence en choisissant mon essence.

Aujourd’hui auteur d’un premier roman dont la complexité et l’originalité reflètent celle de sa propre vie, elle aspire à créer en restant résolument fidèle à elle-même. Son leitmotiv est la phrase suivante de Camus: Je me révolte donc nous sommes! Née au Cameroun, pays qu’elle quitte à 14 ans pour les États-Unis non pas pour réaliser le rêve américain mais une ambition existentielle, Christelle Nadia Fotso affirme que son but était de vivre son existence pour elle-même et d’être plus que la chose ou la fille de quelqu’un. Sa vie professionnelle aux États-Unis bien que pleine et compliquée ne l’a jamais empêchée d’écrire: L’écriture est un besoin physique et psychique. Écrire c’est respirer. J’aime la difficulté, la poésie m’est toujours venue facilement, il m’a fallu beaucoup de temps pour accepter que l’écriture pouvait être ma vie. Je croyais avoir besoin d’autres choses de plus, puis je me suis rendue compte qu’écrire me suffit. L’Empreinte des Choses Brisées est un roman de 285 pages, publié aux éditions du protocole.

La sexualité
L’Empreinte des Choses Brisées est une uvre charnelle.Elle parle de corps, de chairs, de plaisir, de jouissance et de l’effet que tout ceci peut avoir dans un monde ouvert ou fermé sur des personnes qui le sont aussi.

Dans le monde dans lequel j’ai grandi, il fallait avoir un phallus pour avoir une sexualité et se permettre des gourmandises en savourant le corps des femmes. C’est pour résoudre ce problème de phallus et affirmer que le genre est une prison et que la sexualité ou toute autre partie de l’existence ne doit pas être fermée que j’ai décidé de ne pas donner de genre à certains de mes personnages. Je voulais laisser le lecteur décider, choisir qui était qui et qui faisait quoi.
Christelle Nadia Fotso

Le roman de Christelle Nadia Fotso place le désir, le plaisir, la jouissance au-dessus du reste en mettant l’accent sur la liberté et l’obligation qu’elle impose aux êtres de choisir même lorsqu’ils dévorent.

L’empreinte des Choses brisées est un roman de près de 300 pages
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