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Nous devons mener la guerre contre Boko Al Haram et la gagner.

Par Vincent-Sosthène Fouda, socio-politologue

Le double attentat de Fotokol, celui de Ndjamena au Tchad, le désordre qui semble vouloir soustraire la République de Centrafrique du concert des Nations nous le rappellent cruellement: nous sommes en guerre contre le terrorisme. Nous devons nous donner les moyens de la mener et de la gagner. Nous sommes en guerre et l’ennemi est tout désigné. Pour ceux et celles qui ont encore des doutes, le quadruple attentat de Maroua avec ses morts déchiquetés, la chair humaine projetée à des centaines de mètres, le cafouillage de la communication gouvernementale et les mesures à l’emporte-pièce sont là pour nous dire que la mort rode.

Quand un ennemi est trouvé, démasqué voire débusqué, on ne se trompe plus de cible. J’entends dénoncer le communautarisme qui s’assimile au sectarisme. Certes. L’enfermement d’une communauté sur elle-même est contraire à notre conception de la Nation et aux valeurs de la République. Je le dis depuis une vingtaine d’année, l’Etat-Nation camerounais est tri-confessionnel (Religions traditionnelles, Islam et Christianisme) il ne saurait se penser et se construire autrement. Il ne faut donc pas aujourd’hui accepter aucune dérive en ce sens.

Mes thèses n’ont jamais été dépassées par mes collègues ici au Cameroun et hors de nos frontières où les recherches endogènes sont toujours regardées avec suspicion quand ce n’est pas avec mépris. Depuis le double attentat de Fotokol, comme acteur politique, j’ai immédiatement réuni un bureau politique du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie, lequel bureau a condamné avec la plus grande fermeté cette barbarie. J’ai appelé le gouverneur de l’Extrême-Nord pour lui signifier la compassion de notre pays et affirmer que le Cameroun ne pliera point sous la menace des intégristes quel que soit leur nature et leurs origines. D’autres forces vives de la Nation ont réagi. Il faut être vigilant et intraitable. Pour être tout à fait exact, j’ai passé une dizaine de jours dans l’Extrême Nord avec une dizaine de cadres du parti.

Mais qui ne voit pas que dans les attentats qui nous frappent, il ne s’agit pas d’un problème de communauté? L’ennemi, c’est un pseudo Etat, ce sont des groupes terroristes plus ou moins organisés, et, de plus en plus, des individus isolés, pervertis par une idéologie criminelle. Ce qui rend la traque plus difficile encore. Je ne pense pas non plus qu’il s’agisse d’un choc des civilisations.

En effet Samuel P. Huntington a défini la civilisation comme «le mode le plus élevé de regroupement et le niveau le plus haut d’identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer des autres espèces. Elle se définit à la fois par des éléments objectifs, comme la langue, l’histoire, la religion, les coutumes, les institutions, et par des éléments subjectifs d’auto-identification.» Nous ne pouvons pas penser qu’une autre civilisation se dresse devant nous! Loin de là!

Devant nous se dresse un gang de barbares assoiffé de sang de ceux qui ne leur ressemblent pas. Oui c’est une lutte sans merci entre civilisés et barbares, nous ne devons point l’oublier. Ceux qui sont tombés à Fotokol, à Ndjamena, à Maroua, appartiennent à toutes les religions, à toutes les ethnies présentes au Cameroun. Ce sont les adeptes de nos religions traditionnelles millénaires et perpétuelles, ce sont des musulmans entrés sur notre territoire dès 1250 (le Sud du Lac Tchad) par la voie soudano-sahélienne du Nord. Ce sont les chrétiens présents sur le territoire camerounais depuis 1890. C’est toutes les populations de notre pays qui sont touchées par ce drame car le Cameroun est l’un des pays les plus métissés du continent africain et les mélanges font justement partie de l’identité culturelle camerounaise.

Comment mener et gagner cette guerre?
J’écoute avec attention les géo-stratèges et autres experts en lutte contre le terrorisme, je dois avouer que je n’ai retenu qu’une seule chose: ce sera long et très difficile. Voilà pourquoi je ne saurais ici, avec arrogance, oser donner des leçons à qui que ce soit.

Acceptez cependant quelques directions:
-D’abord une volonté politique farouche, s’appuyant sur un large soutien populaire, de toutes les composantes de notre peuple.

-Ensuite des moyens législatifs, budgétaires et surtout humains au niveau du défi à relever. On constate que ce niveau n’est pas encore atteint puisque des individus identifiés continuent à passer à travers les mailles du filet.

-Une priorité absolue donnée au renseignement en coopération plus étroite encore avec nos partenaires internationaux d’abord dans la sous-région et élargir à tous ceux qui luttent contre le terrorisme international aujourd’hui. Comme je l’ai dit dans Cameroon Tribune du 16 juillet 2015, «les grandes déclarations doivent maintenant cesser, Les marches, les slogans et la communication émotionnelle doivent enfin laisser la place à l’action.»

-Enfin et surtout, le courage. C’est à une forme de résistance qu’il faut appeler la Nation, avec sang-froid, sans frénésie mais dans la lucidité et la constance.

Ces trois points sont indispensables et nous ne pouvons les atteindre que si un véritable travail de sensibilisation et d’information est fait auprès des populations. J’ai séjourné dans l’Extrême Nord en août 2014, juin 2015, j’ai visité de nombreux villages et échangé avec de nombreux imans en toute convivialité. A Bogo dans le Diamaré, à Blangoua et Fotokol dans le Logone et Chari ou encore à Kourgui à une vingtaine de kilomètres de la frontière entre le Cameroun et le Nigéria.

L’iman Malloum Baba me confiait alors entre deux thés «nous sensibilisons la population dans nos mosquées à travers les prêches du vendredi. Nous les exhortons à essayer de comprendre l’islam vrai et à ne pas tomber dans le piège de ces terroristes» pour lui comme pour beaucoup d’autres imans, «Boko Haram prétend prêcher l’islam alors qu’ils ne connaissent rien de l’islam. Le problème ici, c’est l’ignorance. Les gens n’interprètent pas forcément bien notre message».

Nous ne devons plus ignorer que nous avons payé un prix fort depuis le début des exactions dans l’Extrême Nord de notre pays, le coût financier et économique est aussi énorme, de nombreuses populations égorgées notamment quand on a voulu que les imans condamnent directement Boko Al Haram dans les mosquées.

Nous ne pouvons pas continuer à nous voiler le visage (encore que le port du voile intégral a été interdit par le gouverneur de la région de l’Extrême Nord, je l’ai dit sur le plateau de STV face aux caciques du RDPC adeptes de la solution globale (Hervé-Emmanuel Nkom). Dans cette région frontalière qu’est l’Extrême Nord, c’est la misère qui chasse la pauvreté et celle-ci atteint un niveau record: 69%.

Conséquence, les jeunes sont peu ou pas instruits, les statistiques en cette année sont plus qu’alarmants: 62% des jeunes scolarisé et ayant entre 5 et 18 ans sont plus ou moins en classe de 4ème! Beaucoup de jeunes n’ont pour seul choix que de cultiver un lopin de terre qui leur apporte de maigres ressources. La fermeture de la frontière avec le Nigéria rend le commerce encore plus difficile. Un banquier élite de l’Extrême Nord nous a expliqué combien de fois «les gens sont coincés par le système parce qu’ils ne sont pas allés à l’école et ne peuvent accéder à l’emploi.» C’est à cette masse que l’Etat doit s’adresser en premier aujourd’hui.

Les propositions sont sur la table du gouvernement, il ne peut pas continuer à les ignorer il y va de la sécurité intérieur de notre pays et de ses populations.

Vincent-Sosthène Fouda
Droits réservés)/n

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