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Nouvelle lettre aux Camerounais

Par Woungly Massaga

Chers Compatriotes,
Samedi 8 Août, j’ai participé à une émission de Radio Siantou, qui avait notamment pour thèmes les propos du Président Biya aux journalistes avant de s’envoler pour les USA, la lutte contre le terrorisme de Boko-Haram et la situation de l’UPC; elle avait pour panelistes : l’excellent Jean-François Mebenga, un des doyens journalistes de la CRTV, le Pr Jean Takougang, Ministre du Shadow Cabinet du SDF, Me Emmanuel Simh, Vice Président du MRC et moi-même Ngouo Woungly-Massaga , Vétéran de l’UPC et de l’ALNK. Cette émission fut de haute facture comme il fallait s’y attendre avec la qualité des participants d’une part et d’autre part, l’importance politique et l’actualité des sujets abordés. J’ ai donc pensé qu’il fallait que je vous rapporte dans la présente lettre, en les précisant et les développant au besoin, les points de vue que j’ai soutenus au cours de ce débat radiodiffusé.

Des récents propos du chef de l’Etat
Le pays a raison de s’émouvoir des propos tenus par le Président de la République au moment de prendre l’avion pour les USA. Passe encore qu’il se vante d’avoir vaincu les villes mortes (en faisant tirer sur des jeunes sans défense) ; chacun sait que Boko Haram, c’est autre chose ; mais qu’il assimile les révolutionnaires aux terroristes ne pouvait que choquer. . Kissamba est resté silencieux. Seuls le Vice Président du MRC Me Simh et le Ministre du Cabinet Fantôme du SDF ont fait de brillantes interventions ; de nombreux auditeurs appelaient, souvent avec indignation contre le pouvoir, en louant le rôle des upécistes dans la libération nationale. Je constatais avec une réelle satisfaction un tissu idéologique commun entre nos partis d’opposition, ce qui devrait absolument se traduire, pensais-je, par la création d’un front uni de lutte. Je dois ajouter deux remarques sur lesquelles je n’ai pas eu le temps d’attirer l’attention des auditeurs au cours de cette émission parce qu’il me paraissait préférable de laisser parler les autres de mon parti et de mon action :

Primo : Le Président Biya a écrit un livre intitulé «VERS LE LIBERALISME COMMUNAUTAIRE». Dans ce livre, il dit que l’Indépendance de notre pays ne fut pas «octroyée mais conquise de haute lutte» … Et en conclusion de ce livre qui passe pour être l’ouvrage doctrinal du parti au pouvoir, le Président Biya rend hommage aux patriotes et les invite à parachever ensemble la libération et la construction nationale. Le Président a-t-il changé ? Quel Président Biya faut-il croire: le patriote, ou celui qui assimile les révolutionnaires aux terroristes de Boko-Haram ? (Et qui a donc gagné, les colons qui refusaient l’indépendance, ou les patriotes qui luttaient pour elle ?).

Secundo: Il existe au Cameroun depuis 1992, une loi qui fait des pionniers de l’indépendance, notamment des fondateurs de l’UPC, des Héros Nationaux. L’assimilation des révolutionnaires Upécistes aux terroristes de Boko-Haram n’est-elle pas une violation de la loi par le « premier Magistrat » du pays ? Cette attitude n’est-elle pas comparable à celle des lilliputiens arrogants qui soit par tribalisme grossier ou par mission sectaire ésotérique s’acharnent dans le révisionnisme historique pour cracher sur le bilan de lutte panafricain de militants upécistes respectés ou craints dans plusieurs pays du continent mais publiquement insultés ici par des théoriciens de la couardise comme « anciens combattants nous saoulant de leurs exploits martiaux ou militants d’hier, réels ou imaginaires (sic) .que leur accoutrement, leur allure et leurs rôles d’aujourd’hui démentent, les rendant pathétiques, irréels et dérisoires. et dont , en éteignant en eux la peur animale et naturelle de la mort de ses semblables et de la sienne propre, on a fait ou qui se sont faits eux-mêmes des robots mentaux et physiques, exécuteurs d’ordres et de slogans programmés, machines à tuer ou éliminer, sans états d’âme, « sans acception de personnes » constituées en ennemis par stipulation ou par désignation. » ? (Pr Fabien Eboussi Boulaga)

Chers Compatriotes,
Vous vous demandez sans doute ce que je pense de ces ambiguïtés de la communication présidentielle? Je les dénonce, naturellement, mais j’appelle les patriotes et tout notre peuple à ne pas s’arrêter à ces contradictions apparentes. La politique est l’art de l’essentiel. Et l’essentiel dans les récents propos du Président Biya, dans le contexte d’aujourd’hui, c’est qu’il appelle les Camerounais au Courage, à la solidarité et au patriotisme. Voulant présenter son régime en régime stable tel un rocher contre lequel toutes les vagues se sont brisées, la « langue de bois » de son parti l’a conduit à surfer sur quelques maladresses. C’est précisément pourquoi j’ai finalement jugé utile et important de témoigner du sérieux de l’engagement du Chef de l’Etat en confirmant que j’ai accepté de coopérer avec le Conseil National de Sécurité pour la lutte contre Boko Haram, pour que l’opinion ne perde pas de vue l’essentiel.

Sur Boko-Haram
Dès ma première prise de parole à ce débat du 8 Août 2014 j’avais donc annoncé aux auditeurs que je m’astreignais à une certaine réserve à ce sujet parce que je venais d’accepter de coopérer avec l’Etat camerounais pour la lutte contre Boko-Haram, dans le cadre du Conseil National de Sécurité. Personne ne parut surpris par la nouvelle, même parmi les auditeurs qui appelaient. L’information informelle que nous appelons ici «Kongossa» avait déjà fait son travail. Or, cette information informelle traîne souvent des mensonges, des commentaires tendancieux, ou de véritables campagnes d’intoxication. Raison de plus pour mettre les choses au point.

Le temps de parole dans un débat ne me permettait pas de m’étendre. J’aurais pu préciser que ce n’est pas la première fois que je me trouve mêlé à des questions militaires au niveau étatique, sans qu’il s’agisse d’ailleurs de guérilla ou de terrorisme. Comme je l’avais signalé dans le livre écrit avec le Professeur Daniel ABWA, «Woungly-Massaga, ma part de vérité», je fus sondé par le Président Biya au sujet de la crise congolaise lors de l’affrontement de Pascal Lissouba, Président élu du Congo Brazzaville, avec Denis Sassou Nguesso, chef de guerre cherchant à s’emparer du pouvoir. Le Président Biya avait envoyé le Vice-Amiral Ngouah Ngalli Guillaume me demander mon point de vue sur cette crise et ce que pouvais suggérer comme ligne de conduite du Cameroun. Je répondis qu’il fallait agir ; et je demandais un hélicoptère de combat et une douzaine d’hommes bien armés pour une interposition offensive entre les deux camps dont les chefs respectifs me connaissaient très bien. Le Chef de l’Etat camerounais me fit répondre «qu’on n’organise pas des négociations entre un Chef d’Etat et un Chef de guerre» (déplorable suffisance de la gouvernance dans notre pays). A la fin des violences fratricides à Brazzaville, dont on estima le bilan à quinze mille morts, le «Chef de l’Etat» Pascal Lissouba, n’était plus qu’un «chef de guerr », et le chef de guerre Sassou Nguesso était devenu Président du Congo. On aurait pu éviter ce désastre. Il est vrai que dans certains milieux, quand il s’agit de pouvoir, l’arithmétique des morts indiffère.

Si donc le Cdt Kissamba, jeune disciple de Um Nyobe, jeune compagnon de Moumié, s’est montré si sensible au drame congolais, en patriote africain, peut-on penser qu’il puisse être moins sensible à l’insécurité frontalière de son propre pays ? Au Congo-Brazzaville, il ne s’agissait pourtant pas, cher M. Jean François Mebenga, d’une problématique de terrorisme, mais de guerre civile.

Toujours au Congo Brazzaville, lors du coup d’Etat du Capitaine Marien Ngouabi en 1968, le Cdt Kissamba avait regroupé sous la protection de ses hommes, au domicile du Ministre de l’Intérieur (!) Bindi qui avait fui au Congo Kinshasa voisin, l’ensemble des membres du gouvernement du Président Massamba Débat, puis replié avec eux au quartier Bacongo qu’on qualifia aussitôt de «Biafra». Lorsque le Président de la République congolais me proposa de prendre la tête des troupes loyalistes en m’adjoignant le Colonel Kinganga, connu pour son tribalisme exacerbé, contre le Capitaine Ngouabi (dont nous avions neutralisé une première tentative de Coup avec diverses forces progressistes africaines et internationalistes), je déclinai cette offre, comme pourrait le confirmer l’ancien Ministre André Hombessa. J’avais répondu au Président Massamba Débat, en substance, que «Je ne suis pas un mercenaire, Monsieur le Président, mais un militant révolutionnaire africain, qui ne peut pas se mêler de conflits à base tribale, je ne suis ni pro mbochi ni pro bacongo. Tout ce que je peux faire dans la situation actuelle, c’est d’organiser, si vous me le permettez, un dialogue, une négociation entre votre Excellence et le Capitaine Ngouabi».

Sans attendre la réponse du Président Massamba Débat, je commençai à progresser dans Brazzaville sous couvre-feu, l’arme au poing, un AK prêt à crépiter avec rage et précision, du quartier Bacongo à celui de l’Etat-major, accompagné de l’officier de Police congolais Gassaki, un sympathisant, et du Capitaine Sylvain (Jean Marie Nenkwo), Commandant du Détachement du Crabe, mon unité opérationnelle, présent en l’occurrence à mes côtés comme mon garde du corps. Arrivé à l’Etat-major, je demandai à voir le Capitaine Ngouabi. Alerté depuis la guérite du Camp, le Capitaine Ngouabi m’attendait et me reçut immédiatement. Je n’eus pas besoin de parlementer longtemps car le Capitaine Ngouabi, après m’avoir exprimé sa sympathie révolutionnaire et son admiration, accepta sans hésiter ma proposition de dialogue avec le Président Débat. Après l’avoir remercié et félicité je m’empressai de repartir, en refusant de prendre d’abord un verre de l’amitié : les proches du Président Débat m’attendaient et j’étais moi-même anxieux de déclencher le processus des négociations, sachant que le Président Massamba Débat n’étais pas dans la capitale, mais replié à Boko dans le pool, son village. Ces négociations réussirent. Il n’y eut finalement aucun mort, aucun blessé, alors que le pays avait failli de peu, de très peu, basculer dans une guerre civile effroyable. Là aussi, cher Jean-François Mebenga, ce n’est pas d’une problématique terroriste qu’il s’agissait, et pour ceux qui veulent le savoir, je n’ai jamais demandé de l’argent aux Congolais.

Une autre précision que je voulais souligner au cours de ce débat sur RTS porte sur ma coopération avec l’Etat dans la lutte contre BOKO HARAM : elle ne constitue nullement un « ralliement au RDPC ». Je ne suis même pas d’accord avec la politique de « utte contre Boko-Haram» du parti du Chef de l’Etat. Elle se contente de motions de soutien au Président Biya, sans aucune action qui puisse avoir le moindre impact sur le terrain. C’est une politique contreproductive et, au moment où nos jeunes soldats tombent et risquent de tomber de plus en plus sous les balles d’un Boko-Haram surarmé, où des citoyens camerounais sont publiquement égorgés comme des poulets, cette politique des motions de soutien est immorale. En effet, qui prétendra qu’il n’imagine pas que de nombreux membres et complices de la secte signent ces «Motions de soutien»? Qui, au moment où tout est devenu objet de trafic et de corruption, pourrait ignorer que la figuration sur ces listes et l’ordre même d’inscription des élites ne peuvent pas ne pas faire l’objet de toutes sortes d’obscures tractations ?

Chers Compatriotes,
Nous avons émis et réitérons une proposition pour moraliser ces «motions de soutien» : Il s’agit d’en faire la liste à partir des organes de presse spécialisés, pour coupler chaque «soutien au Président Biya dans sa lutte contre Boko-Haram» par une Souscription obligatoire graduée (SOG) de :
– Cent mille francs CFA (100.000) par « élite de base »,
– Un million de francs CFA (1.000.000 ) par élite moyenne, et
– Un Milliard de francs de francs CFA(1.000.000.000) pour les élites supérieures.

Cette proposition ne répond pas à des considérations de politique politicienne mais à un principe stratégique juste: COMPTER D’ABORD SUR NOS PROPRES FORCES.

Quant à la guerre asymétrique mot récemment popularisé par la Communication de l’Etat-major des Armées, il ne faudrait pas que chacun s’en serve pour jouer les savants et tromper le peuple en justifiant l’impuissance militaire bureaucratique. «La guerre c’est la guerre» pourrions-nous dire, un ensemble de savoirs et de savoir-faire qui peuvent se combiner sur le terrain si l’on en a une bonne maîtrise : une guérilla montante peut utiliser les méthodes de la guerre conventionnelle des forces armées officielles ; et ces dernières confrontées à une guérilla particulièrement «volatile» peuvent lui opposer certaines méthodes de la guerre asymétrique.

C’est certes dans un élan de sympathie que M. Jean François Mebenga a affirmé au cours du débat que Woungly-Massaga est une incontestable ressource pour notre pays dans la lutte contre Boko-Haram, en somme parce qu’on pourra opposer aux terroristes de Boko-haram un «chef terroriste». Ce raisonnement a suscité de nombreux appels de protestation : il est effectivement totalement faux. En vérité, Kissamba n’a jamais pratiqué le terrorisme: c’est l’armée et la police coloniales et leurs hommes de main camerounais au service de la France qui pratiquèrent le terrorisme dans notre pays, contre notre peuple. Qui ne se souvient des camps de concentration ou villages regroupés en pays Bassa’a ? Et du napalm et des têtes coupées des villageois patriotes exposées aux carrefours en pays Bamiléké ? A notre humble avis, il ne nous sert à rien de nous attarder sur des débats mesquins : qui est un vrai soldat, qui est un tigre en papier, qui fut terroriste et qui ne le fut pas. Quels que soient les back-grounds des uns et des autres, l’heure est venue d’opposer dans l’unité patriotique un ensemble de savoirs et de savoir-faire qui attestent de nos compétences et mettent en déroute un djihadisme barbare qui égorge nos compatriotes comme des moutons sans bergers.

Chers compatriotes,
Nous apprenons que les épouses des soldats nigérians mobilisés pour aller combattre Boko Haram ont entamé des marches de protestation pour dénoncer le sous-armement de leurs maris face aux soudards surarmés de la secte terroriste. Nous saluons ces braves femmes qui tout à fait instinctivement ont mis le doigt sur l’urgence des urgences, le n ud stratégique de la lutte contre Boko-Haram. Ce problème du sous armement de nos forces au contact avec Boko Haram se pose aussi bien évidemment dans notre pays. Et nous devons être clairs à ce sujet : Si le Président François François Hollande, hôte de la Conférence de Paris qui a déclaré la guerre à Boko Haram n’assure pas rapidement l’armement et l’équipement de nos forces qui sont au contact dans le Nord de notre pays avec Boko-Haram, à la hauteur de l’armement et de l’équipement des soldats français de son opération Barkhane, alors qu’il en a largement les moyens et en a reçus de Barack Obama, nous comprendrons qu’il veut en réalité la destabilisation du Cameroun. L’appel du Général Gama (Woungly-Massaga) aux forces armées angolaises pourrait alors s’avérer nécessaire, et s’accompagner d’une sollicitation de l’aide militaire de Cuba.

Enfin, Chers Compatriotes,
Il nous revient que dans certaines unités de nos forces armées, il s’organise des séminaires sur certains de mes articles. je salue cet esprit d’ouverture. Et attire l’attention de tous les officiers patriotes sur la grande et difficile tâche d’éliminer les réseaux de détournement du «nerf de la guerre» par des officiers corrompus au détriment des soldats du front, de manière à leur garantir le confort minimal qui leur est dû, pour que la lutte contre Boko-Haram gagne rapidement en efficacité.

(A SUIVRE «LA SITUATION DE L’U.P.C». )

Fin de la première partie ; la deuxième partie portera sur «la situation de l’UPC» ; pour la bonne compréhension de cette « lettre aux Camerounais » nous rendons public notre dossier d’expertise adressé à quelques chefs d’Etat ).

Woungly+Massaga
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