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Olympisme: Le Cio met la lutte hors-jeu

Cette décision qui prendra effet à partir des Jeux Olympiques 2020, a été prise en fonction de plusieurs critères la semaine dernière

L’annonce a fait l’effet d’une bombe la semaine dernière. La Fédération internationale de lutte associée (Fila) devra postuler à nouveau pour espérer figurer au programme olympique en 2020. Cette décision d’évincer la lutte du noyau dur des sports qui composeront le programme olympique des Olympiades de 2020 a été prise le mardi 12 février par le Comité international olympique (Cio). Cette sentence a été prise sur la base d’une quarantaine de critères, notamment la popularité, l’universalité mais aussi la bonne gouvernance du sport, leurs audiences télévisuelles, les coûts d’organisation et leur efficacité en matière de programme antidopage. Par rapport à tous ces devoirs, la lutte est arrivée en queue de peloton, peut-on lire sur le site du Cio. En 2009, le softball et le baseball, entrés à Barcelone en 1992, avaient connu un destin similaire quand ils avaient été évincés du programme des Jo 2012. Le Cio doit valider le programme des jeux de 2020 lors de sa session à Buenos Aires (Argentine) en septembre, qui confiera l’organisation de cette compétition à l’une des trois villes finalistes: Istanbul, Madrid ou Tokyo. «Le processus n’est pas fini, c’est seulement une recommandation. La session est souveraine», a dit à la presse le porte-parole du Cio, Mark Adams, après le vote de la commission. «La décision consistait à étudier les sports principaux, ce qui est le mieux pour les jeux Olympiques. C’était le meilleur programme pour les Jeux de 2020. La question n’est pas de savoir ce qui ne va pas avec la lutte mais ce qui est bon pour les Jeux. »

Impensable
La Fila pourra postuler à nouveau en mai, pour espérer figurer au programme olympique, et se retrouvera face à sept autres sports qui frappent à la porte des Jo : le squash, l’escalade, le karaté, le wushu – un art martial -, le baseball/softball, le wakeboard – un sport nautique – et les sports de roller. Une seule place reste à prendre au menu olympique de 2020, alors que le golf et le rugby à sept feront leurs débuts olympiques en 2016 à Rio de Janeiro au Brésil. Les Olympiades lors desquelles la lutte, discipline antique présente dès les premiers jeux de l’ère moderne à Athènes en 1896, devrait, selon toute vraisemblance, délivrer ses dernières couronnes de lauriers. Au Cameroun, c’est la consternation dans le milieu de la lutte. Si au club Samouraï, les lutteurs rencontrés mercredi dernier aux entraînements transpirent à grosses gouttes, ils ont le visage renfrogné une fois que l’on aborde le sujet de la mise à l’écart de la lutte du programme des Jo dès 2020. Le capitaine de l’équipe nationale homme, Jean Noël Poumegne, est de ceux qui ont marqué leur indignation : «C’est incompréhensible. J’ai appris la triste nouvelle comme une blague. Je ne pouvais pas y croire. C’est quand le coach national m’a confirmé l’information que j’ai compris que c’est sérieux. C’est un très grand coup pour nous. Participer aux Jo est le summum pour tous athlètes. J’ai consacré toute ma vie à la lutte. C’est une passion pour moi. A mon âge (25 ans, Ndlr), je ne saurai changer de discipline sportive. J’espère que cette décision ne sera pas entérinée». Edwige Ngono, sa cons ur capitaine chez les dames, parait plus affectée : «C’est injuste, impensable. C’est très choquant d’apprendre que l’on veut retirer la lutte des Jo. Jusqu’à présent, je ne crois pas. Cette nouvelle est venue quelque peu décourager certains, notamment les plus jeunes qui pensent même déjà à changer de discipline. Toutes les jeunes lutteuses qui visaient ces Olympiades sont dans une drôle de situation. Nous sommes clairement en sursis. Il faudrait que tous les présidents de fédérations soient solidaires, afin que le Cio puisse surseoir cette décision».

Propositions
L’entraîneur national du Cameroun, Clément Etoundi Tsoungui, s’est montré optimiste : «Je rappelle d’abord que la lutte est un sport qui a de nombreuses vertus, notamment physique (la force, l’agilité, la plastique corporelle.). Sur le plan mental, elle développe la volonté, l’altruisme. Bien pratiquée, elle améliore le sens analytique et les capacités intellectuelles. La lutte reste le sport de combat le plus pratiqué dans le monde. Quoi qu’il arrive au niveau du Cio, la lutte survivra. Tout dépendra de la capacité des animateurs à pourvoir continuer dans la vulgarisation de cette discipline». Il ajoute : «La lutte est un sport national dans beaucoup de pays en Europe de l’est, en Asie et même en Afrique (lutte traditionnelle, Niger et surtout Sénégal, Ndlr). Aux Etats-Unis, c’est l’un des sports individuels les plus pratiqués. Les géants tels que la Ruissie, qui a remporté 11 médailles dont 4 en or à Londres, et les Etats-Unis vont réagir. L’avenir de notre sport n’est pas compromis. Lors de notre traditionnelle réunion hebdomadaire du mercredi, la nouvelle du retrait de la lutte des JO va certainement être à l’ordre du jour». Pour Re-Niof Blaise Mayam, le directeur de développement au Comité national sportif et olympique du Cameroun, le message du Cio est très clair : «Seuls les sports porteurs en termes de médiatisation et de retombées financières comptent. Maintenant, il y a de grosses batailles de positionnement pour chaque discipline sportive. Face au lobby de sports puissants, je crains de peur que la lutte ne perde de sa superbe aux yeux du Cio. Dans sa logique de mondialisation, le Cio s’ouvre aux nations asiatiques en plein essor. A Tokyo en 1964, le judo est intégré tandis qu’en 1988 à Séoul, c’est le taekwondo qui apparaît en sport de démonstration avant son officialisation en 2000».

Au Cameroun, comme ailleurs, si la lutte perd le label olympique, la Fédération camerounaise de lutte ne touchera plus les subventions du Cio. Et même les fonds alloués par les pouvoirs publics seront certainement revus à la baisse. Mais nous n’en sommes pas encore là. Le président de la Fédération camerounaise de lutte François Xavier Darwé est très prudent quand il aborde le sujet: Au niveau de la Fédération, nous n’avons pas encore été notifiés. Une fois que ce sera fait, nous prendrons acte. Et nous allons faire des propositions fortes à la Confédération africaine des luttes, qui transmettra nos doléances à la Fila afin qu’elle plaide avec le maximum d’argument pour que la lutte que nous aimons tous soit maintenu comme sport olympique.


afriquemonde.org)/n
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