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Omar Bongo est vraiment décédé!

Le premier ministre gabonais l’a déclaré officiellement ce lundi après midi à Barcelone

Jusqu’à cette nouvelle annonce officielle du gouvernement de Libreville, la confusion régnait. Une première annonce du décès d’Omar Bongo avait été faite en France, dans la nuit de dimanche à lundi. Le site internet du magazine Le Point avait annoncé dimanche soir son décès, citant une source proche de son entourage.

Puis le Premier ministre gabonais avait assuré lundi matin à Barcelone que le président Bongo était « bien en vie ». Une source diplomatique espagnole avait confirmé ce démenti, ce lundi matin. Mais l’après midi, le premier ministre gabonais a indiqué dans un message C’est à 14h30 que l’équipe médicale m’a informé, ainsi que les officiels et membres de la famille présents, que le président de la République, chef de l’Etat, Omar Bongo Ondimba, venait de rendre l’âme des suites d’un arrêt cardiaque

A la tête de son pays depuis plus de 41 ans, Omar Bongo Ondimba était une figure incontestée de la scène politique africaine et même internationale. Il était le sage que l’on venait consulter et il n’était pas rare de rencontrer à Libreville des personnalités politiques de tous bords et de toutes nationalités, venues s’entretenir avec lui. Il a d’ailleurs souvent été médiateur dans les crises africaines et a récemment été remercié pour son rôle dans le processus de paix en cours en Centrafrique. Il a aussi servi de médiateur pour les accords de paix au Congo-Brazzaville en 1999 qui ont permis de pacifier le pays en proie à la guerre civile. Il s’est également investi pour tenter de résoudre le conflit tchadien. Mais par-dessus tout, il se voulait le garant de la stabilité et de la paix au Gabon.

Né le 30 décembre 1935 dans le sud-est du pays, Albert-Bernard Bongo qui deviendra el-Hadj Omar Bongo après sa conversion à l’islam en 1973 a connu une ascension très rapide. Remarqué par le premier président du Gabon, Léon Mba, qui en fait son directeur de cabinet, il devient son vice-président en 1967 et lui succède la même année après le décès, le 28 novembre, de Léon Mba. A sa prise de pouvoir Omar Bongo instaure le régime du parti unique en 1968. Seul candidat, il est élu président en 1973, 1979 et 1986, avec des scores fleuve. En 1990, face à la fronde populaire, il autorise le multipartisme, mais conserve le pouvoir lors des scrutins de 1998 et 2005 sous fond d’accusation de fraude. Mais on lui reconnaît de grandes capacités de rassemblement. Issu d’une ethnie très minoritaire, il dirige le pays sans tolérer d’opposition, prenant soin toutefois de répartir les responsabilités gouvernementales et administratives selon de subtils équilibres ethniques et régionaux. Il a également su distribuer avantages et privilèges, pour rallier à son camp jusqu’à ses plus anciens et virulents contestataires. L’opposition est aujourd’hui quasi inexistante et nombreux sont ses membres qui sont passés par le gouvernement.

Dans les années 70 et 80, une demande et des prix élevés de ses matières premières dont le bois et surtout le pétrole, lui permettront de transformer son petit pays d’Afrique centrale en petit émirat, mais la corruption se généralise selon de nombreux observateurs et même selon le président qui avait critiqué en 2007 « le clientélisme, l’affairisme, la corruption, qui ont gangrené les pouvoirs publics. Tout au long de la Ve République française, Omar Bongo a aussi été l’un des principaux relais de la « Françafrique » où s’entremêlaient raison d’Etat, lobbies et réseaux politico-affairistes. Son nom apparaît ainsi dans l’affaire Elf, symbole des dérives de la Françafrique. Récemment, ses relations avec l’ancienne puissance coloniale se sont tendues en même temps que surgissaient des affaires. Les médias français ont fait des révélations sur l’important patrimoine immobilier de sa famille alors que la justice française est actuellement saisie d’une plainte d’ONG qui accusent M. Bongo de posséder en France des biens immobiliers de luxe financés par de l’argent public détourné.

Il aura jusqu’au bout bénéficié du soutien des gouvernements français successifs. Parrain du microcosme politique gabonais d’aujourd’hui, il laisse un pays en proie à de multiples crises, dont la plus urgente et peut être la plus délicate sera celle liée à sa succession.

Omar Bongo

Mincom.ga)/n

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