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Opinion: Cameroun, quand cessera l’hypocrisie et la trahison, je te parlerai au creux de l’oreille.

par Dr Vincent-Sosthène FOUDA

Il n’y a pas un jour où je ne pense à mon pays les yeux emplis de larmes. Il y a un cri pour la victoire et un cri pour la défaite, nous avons tellement poussé le second! Dans 15 ans je serai un vieil homme si je suis encore en vie, pensez-vous que vous direz, « ah! Sacré FOUDA, il a pensé juste, il a visé juste et nous l’avons raté, le Cameroun l’a raté! »

Aujourd’hui, je suis heureux de dire à mes enfants que je n’ai pas reculé, je ne baisse pas ma tête. Ceux qui nous oppriment m’insultent, mais ils m’appellent tous Monsieur, parce que j’ai su dire, j’en ai assez! Chacun de nous doit se battre, nous devons nous battre collectivement, car le combat c’est la loi des hommes, c’est la loi de la vie.

Regardez les journalistes, deux journaux sont bouclés, cadenassés par un Evêque, ils savent qu’ils ont raison, mais pleurent au lieu de s’adresser directement au Pape afin qu’il retire le serviteur de Dieu de la gestion des choses terrestres! C’est possible!

Regardez les femmes, elles ne sont plus propriétaires de leur corps, de la manière de l’habiller, elles se terrent alors qu’elles savent qu’elles peuvent dire non! C’est possible!

Regardez les artistes, ils se plaignent de la piraterie, ils ont les noms de ceux qui les affament, mais braillent à longueur de journée alors qu’ils ont les moyens de s’indigner! C’est possible!

Regardez les étudiants, ils se plaignent de tout, mendient tout, pleurent de ne pas avoir des enseignements de qualité, ils savent qu’ils peuvent revendiquer de meilleurs enseignements, mais ils se terrent comme des taupes! C’est possible!

Regardez les cultivateurs, les agriculteurs et tous ceux qui vivent du travail de la terre, rien ne leur est donné, ils sont passés de la pauvreté à la misère, ils savent que l’économie de ce pays repose sur eux, mais ils ont le regard dans le vide! C’est possible!

Regardez les enseignants, leurs conditions de travail et même de survie se sont dégradées au jour le jour, ils ont en main des plumes sans encre, des craies qui refusent le tableau noir, ils déambulent de rue en rue comme des zombies, ils savent pourtant qu’ils peuvent changer leur misérable condition de travail et de vie! C’est possible!

Depuis la découverte du Cameroun, nous reculons, nous fuyons, nous refusons d’être nous-mêmes c’est-à-dire un collectif, un peuple. Nous sommes pourtant au pied du mur, nous ne pouvons plus reculer, car derrière nous c’est le précipice.

Alors je voudrais demander face à la mollesse de ce peuple, où sommes-nous, intellectuels, hommes en tenue, enseignants, ouvriers, chômeurs? Qui peut dire où nous sommes, étudiants, cultivateurs, femmes au foyer, homme dans la rue, Benskineurs, ouvriers de la première comme ceux de la dernière heure?

Pourquoi cette suprématie de l’hypocrisie et de la mollesse? Pourquoi le discours du vouloir est-il si mou? Car pour vaincre il faut le vouloir et ce n’est pas dans la mollesse et l’hypocrisie qu’on y arrivera. Je vois tant de complaisances qui empêchent de penser dur, de penser juste voire de penser tout simplement.

Il ne passe pas un jour sans que je ne regarde par la fenêtre et cherche dans les yeux de ce pays l’étincelle d’enthousiasme, cela s’appelle de l’espoir! Sortons de ces moments de repli et d’écrasement, sortons de ces moments du reniement de nous-mêmes comme peuple!

Que font donc ces hommes à qui l’on verse des millions et qui vivent à New-York, à Paris, dans toutes ces grandes capitales du monde occidental quand nous assistons au triomphe des écoutes téléphoniques! Posons-nous la question de savoir à quoi nous servent nos services d’intelligence! Car ils ne font pas d’espionnage industriel et ne mettent pas sur écoute l’Elysée, la Maison-Blanche et autres! Que font-ils donc? A livrer à la vindicte militaro-politique leurs semblables? Les filles et fils de ce pays? Posons-leur la question une seule fois simplement.

Sortons un tout petit peu de la paresse et de la lâcheté, sortons de ces moments déshonorants pour passer l’épreuve du miroir. Nous sommes individuellement les ennemis de ce bout de terre que nous disons nôtre pourtant. Nous sommes tellement ennemis de nous-mêmes que nous avons cessé de rêver, nous avons oublié que nous avons des bras pour travailler, des jambes pour marcher, des cerveaux pour imaginer, nous avons oublié que nous avons le courage et l’espoir. Construisons ensemble ce qui demande à l’être, mettons sur pied ce qui sera demain. Faisons passer dans le béton une aiguille et tenons là bien fort et le mur finira par céder, par s’écrouler.

Nous devons vaincre, nous pouvons le faire et cette marche n’est pas constitutionnelle, c’est une marche pour la vie! Alors, ne laissons pas nos égoïsmes tuer un homme, car la mort d’un homme est aussi celle d’un peuple. Quand je regarde autour de moi, ceux et celles qui me cernent ne sont pas des visages inconnus, je veux dire que notre ennemi c’est nous-mêmes. La peur et la trahison nous sont-elles congénitales?

Laissons nos élites et pour une fois jouons collectif! Car nous avons découvert et vu leur petitesse, ceux-là qui nous ont vendu et qui nous trahissent pour trente pièces d’argent pour une médaille et Meka ne fut jamais semé en terre avec la sienne. Ô pauvre Vieux Nègre et la Médaille!

On ne défend pas dans la mollesse, mais avec virilité, on ne construit pas sans la force des bras et des pieds! Laissons ceux-là qui tournent les mots à longueur de journée pour avoir l’air objectif alors que nous voyons et savons qu’ils ont tout faux! Laissons par terre le grand sac de la trahison, soyons d’un camp, celui de la prise en main de notre pays!

Peuple camerounais, oui tu existes bien quelque part! Ce n’est pas à moi de te fabriquer, de te donner une existence. Sachons nous trouver pour nous dresser enfin comme Homme, oserais-je dire comme Peuple, esquivant les privilèges, forgeant des droits, toujours et toujours, ne piétinant jamais les devoirs.

Chacun de nous est responsable, je veux dire personnellement responsable, responsable de tout et de tous. Ce n’est pas une histoire de taille, ce n’est point une histoire de langue, ce n’est pas une histoire de tribu, c’est une histoire de nous, du « nous-commun » de ce baquet qui ne saurait se défaire sans que nous en souffrions collectivement. Il y a un prix pour la victoire. Il y a un prix pour la défaite, le second nous l’avons tant payé qu’il est temps de payer pour le premier. Oui au fond de moi je le sais, le moment venu, chacun de nous rendra compte. Mais personne ne parlera pour lui tout seul nous parlerons pour nous tous. C’est le moment et c’est possible!

Dr Vincent-Sosthène FOUDA
Socio-politique –
Président du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie

Dr Vincent-Sosthène FOUDA
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