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Où sont passés les frais de correction des copies du GCE Board?

Par anonyme

L’attente du «geste» institutionnel ayant été atrocement longue, je voudrais, par ce cri, faire doublement appel à votre humanisme et à la mission de reliance sociale qui est celle de votre profession, en vue de la publication, par votre organe, de cette lettre.

Conformément aux usages oratoires négro-africains, il me revenait au préalable de décliner mon identité, au moins jusqu’à mon neuvième ascendant biologique direct, situant à la même occasion ma contrée et celle qui tient lieu de sa «mère». Malheureusement, compte tenu de la répression maladive qui constitue le sport favori de tout arriviste qui gît dans la gadoue de la médiocrité – il y en a plein parmi nos gouvernants – j’ai opté pour l’anonymat qui, loin d’être de la lâcheté ou de l’irresponsabilité, est une stratégie de publicisation des informations et problèmes graves.

Voici deux mois et demi que mes collègues enseignants et moi nous nous sommes rendus à Buea et Bamenda à l’effet d’y procéder à la correction des épreuves du GCE (General Certificate of Education Board, examen du sous système éducatif anglophone au Cameroun, ndlr). Notons au passage qu’à l’inverse des examens de l’OBC et de la DEXC qui se corrigent partout sur le territoire national, ceux du GCE Board ne se corrigent qu’à Buea et Bamenda, de façon simultanée, dans un rouage qui fait alterner annuellement la correction de chaque matière dans une ville puis dans l’autre l’année d’après. Les enseignants correcteurs reçoivent des invitations à cet effet et se rendent à leurs Centres de correction à la date indiquée. Tout est préfinancé par l’enseignant, vienne-t-il de Mora ou de Garoua Boulai, et seuls ses frais de transport lui sont restitués en partie pendant la correction.

Pis encore, le pauvre enseignant, soucieux du devenir des élèves, doit s’occuper de son hébergement – et beaucoup s’endettent pour prendre des chambres à l’hôtel, n’ayant pas de connaissances sur place ; chacun s’occupe aussi de ses frais de taxi, de sa nutrition, sans parler de sa famille laissée chez soi. Cela se passe toujours pendant la saison pluvieuse, dans deux des villes parmi les plus fraiches et les plus arrosées du pays. La correction commence à 07H30, parfois avant, et se termine à 17H30, ce de lundi à dimanche!

Pourtant, seuls quelques jours sont pris en charge en guise de frais de mission, conformément aux stipulations de la Lettre d’Invitation. Pourtant, après avoir travaillé de lundi à dimanche sans discontinuer, certaines matières finissent d’être corrigées au bout de 16 voire 22 jours, comme cela a été le cas cette année. Les frais de copies sont payés après la correction et il faut attendre des mois pour rentrer en possession des frais de mission. Parlant de ces frais de mission, ils sont exclusivement payés à Buea (le transport à l’occasion est pris en charge par l’enseignant lui-même), et tout le monde doit y aller à cet effet, vienne-t-on de Batouri ou de Kolofata. L’école ayant commencé, si jamais cet argent nous est payé cette année-ci, nous serons obligés de déserter les salles de classes pour le percevoir: quelle folie !

Parvenus à la deuxième semaine de la rentrée, nous attendons toujours notre argent héroïquement travaillé, histoire de préparer – nous aussi – la rentrée de nos enfants. Ne souffrons-nous pas suffisamment ainsi ? Ne sommes-nous pas des créatures de Dieu ? Cet argent n’a-t-il pas déjà été budgétisé ? Est-ce un crime que de tout abandonner pour corriger les examens de nos enfants ? Parlant de crime, j’ai oui dire que l’invitation à nous offerte par M. Fru Ndi, à la fin de la correction, en était un et qu’elle constituerait la raison bassement inavouée de notre « punition » : quelle idiotie ! Personnellement, j’ai répondu présent à l’invitation de M. Fru Ndi, comme quelque 5.000 ou 6.000 autres enseignants, sans en être un militant.

Pour être franc, son parti ne me convainc nullement, pas plus que le RDPC ; je n’ai jamais voté ni pour l’un ni pour l’autre ! Leurs leaders sont certes respectables : ils me semblent humanistes et sages (l’un par le biais de longues études et de sa longue expérience administrative, et l’autre grâce aux affaires et au militantisme de terrain). C’est tout ! Se soucient-ils vraiment des attentes du peuple ? Humblement, je ne le pense guère, eu égard à leur boulimie du pouvoir et à leurs rendez-vous manqués. Nous sommes allés chez M. Fru Ndi parce qu’il est un Africain qui a eu l’intelligence de nous offrir du pain quand tout le monde nous avait oubliés ! Que M. Humphrey Monono, le zélé qui dirige le GCE fasse pareil, au lieu de jalouser la bienveillance d’un humaniste ! Si nous rendre notre argent lui fait si mal et à ses acolytes du MINFI et du pouvoir, seront-ils capables d’offrir gratuitement un verre d’eau à quelqu’un d’autre que leurs enfants bien choyés, qui pis est, à 6.000 personnes au même moment ? Même si Fru Ndi avait fait de la récupération politicienne, pourquoi Monono et ses complices complexés ne le feraient pas aussi ? Oh, soyons sérieux, ils sont habitués à manger seuls et à piétiner les miettes ! Dieu vous voit !

Lorsque les enseignants manifesteront au motif de la revendication de leur argent, on leur jettera le BIR dessus, arguant de ce qu’ils ne respectent pas le Président Paul Biya qui, j’en suis convaincu, est fort heureusement un humaniste, et malheureusement le seul humaniste du RDPC. Ce n’est pas de la flagornerie, car au vu des agissements de la majorité de nos gouvernants, on y cherche en vain quelque trace qui rappelle l’humanisme, motif principal de tout engagement public, fût-ce de la part de M. LePen. A la place de M. Paul Biya, ils mettraient automatiquement en prison – s’ils ne les tuent pas – tous ceux qui ne pensent pas comme eux !

A travers votre organe, nous supplions le Chef de l’Etat de nous donner notre argent, car l’urgence s’impose ! Et comme c’est un humaniste, je sais qu’il le fera, dès qu’il entendra ce cri !

Je vous remercie, au nom de tous les enseignants. Vive l’enseignement, vive l’Afrique !


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