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Oui au panafricanisme, non à l’imbécillité!

Par Bertrand Teyou

D’entrée, je refuse de croire que l’élite africaine est dupe, je refuse de croire que nous restons aveugles de la réalité du monde qui s’organise autour de nous et avance à pas de géant. Autour de nous, chaque pays tient son progrès de l’effort de ses citoyens, et non du salut extérieur. Il n’y a qu’en Afrique où, quand on est déçu par l’Occident, au lieu de changer la tyrannie intérieure qui contraint les citoyens à la médiocrité, au lieu de s’appuyer sur nos capacités infinies pour décoller, on appelle les Chinois au secours, cette même Chine qui, malgré son titre de 2ème puissance économique du monde, n’oublie pas de faire allégeance à l’Occident pour ajuster sa technologie de pointe, ce qui veut dire que nous fuyons le monstre et trouvons refuge dans son arrière cour.

Ne croyez point ici que j’en veux à la Chine de profiter de son aubaine africaine, je suis loin de maudire le rêve d’une coopération grandiose avec la Chine, je déplore tout simplement la condition du Nègre qui s’embourbe, et exorcise, par la fuite en avant, son impuissance enfouie. Quand ce n’est pas la Chine qu’on vénère, ce sont les résistants de la dernière heure qu’on déifie, on déifie Robert Mugabe haï par l’Occident, Omar El-Béchir en héros face à la CPI, Idriss Deby en escalade contre les terroristes, Paul Biya rebellé contre la France. Mais bon sang, pendant qu’on y est, pourquoi nos panafricanistes déifiés, qui savent très bien que tout part de la pauvreté, ne règlent-ils pas ce problème qui met en péril le sort de tous les Africains de la terre ? En sont-ils impuissants ? Que non.

Si on en était encore à l’âge des ténèbres, on aurait pu penser à l’impuissance. Mais depuis que Tchundjang Pouemi nous a affranchis des mythes de Bretton Woods et des prédications de son prophète John Keynes, tout le monde sait qu’on peut éradiquer la misère en Afrique quasiment du jour au lendemain, tout le monde sait qu’il est techniquement possible de sortir du sous-développement sans besoin d’aide financière, quelque soit le niveau de désastre, simplement en déclenchant le cycle vertueux de fonctionnement économique, pour le bien-être non seulement des populations mais aussi des investisseurs, ceci en maintenant au pouvoir le tyran, car la dictature n’est point un handicap au progrès, elle ne s’érige en barrière que parce qu’elle sert d’instrument au système de l’aliénation des peuples par l’impasse.

Conséquence, quelques soient nos pirouettes empiriques, Mugabe, Béchir, Deby ou Biya restent les marionnettes de l’Occident, et le peuple avec, non pas parce que nous le souhaitons mais simplement parce que les micro-États que contient l’Afrique ne sont point des nations mais des multinationales de l’Occident, et que chaque fois que nous agitons le drapeau national pour supporter nos équipes sportives, nous agitons en réalité le fanion d’une poignée d’actionnaires.

Il est urgent que les Africains sortent de leurs illusions, des bricoles, pour se parler sincèrement, violemment. Je suis parfaitement d’accord qu’il serait horrible de livrer nos « tyrans » à la CPI, horrible de comploter contre ces derniers avec l’aide de nos colons d’hier, de ce pas, ne les glorifions pas non plus sur l’autel du mensonge, foudroyons-les de colères, dévoilons nos plaies profondes, nos chairs envoûtées. Utilisons les mots blessants, les verbes farouches qui certes font moins mal que des balles mais restent de force bien supérieure.

Si l’on peut fustiger les man uvres de l’Occident, man uvres qui sur le plan politique restent parfaitement légitimes, il est à noter que le blocage le plus crucial de notre destin vient surtout de nos dirigeants qui sévissent par leur incompétence désastreuse, ce qui ouvre la voie au FMI et à la Banque Mondiale qui, au moyen de l’outil monétaire, capte nos ressources, pour le plus grand intérêt de ses plus grands donateurs, ce qui n’est que chose normale, c’est à nous de réagir en meilleur donateur que les autres.

C’est à nous de défendre nos intérêts. Il faut remarquer que quand les migrants abordent la périlleuse traversée de la Méditerranée pour l’Europe, ils sont arabes, asiatiques, indiens et négro africains, mais à l’arrivée, ce sont les négro africains qui passent en boucle à la télévision occidentale en image de l’immigration hideuse, les autres trouvent des débouchés, simplement parce que les gouvernements de leurs pays se sont arrangés qu’il en soit ainsi. Nos dirigeants africains, qui remplissent les coffres forts de l’Occident, n’ont pas pu obtenir ce préalable humanitaire élémentaire.

Tous les pays du monde défendent les leurs, leur périmètre, sauf les Africains qui restent stupides, en étant obnubilés par les beaux discours de libre échange, alors que dans la réalité ils n’ont aucune chance d’avoir accès au marché français par exemple, vu qu’il y est déjà compliqué à une firme allemande d’implanter sa marque.

Réveillons-nous, soyons pragmatiques, suivons l’exemple de Vladimir Poutine qui, même pendant les pires moments de guerre froide, ne perd pas le nord, signe des contrats de coopération militaires avec le grand Satan américain. Paradoxe, direz-vous ? Ça s’appelle réalisme politique, non pas l’imbécillité de Mugabe qui se trouve piégé par sa promesse de quitter la CPI.


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