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Oui, en Afrique, on ne meurt pas comme ça…

Par Jean-Pierre Bekolo

L’esprit scientifique nous dit que «tout phénomène a une cause ». L’esprit dit « africain » dit lui aussi qu’un homme ne meurt pas comme ça, sans qu’il n’y ait derrière une cause. D’où vient-il que l’esprit africain qui, dans une certaine mesure dit la même chose que l’esprit scientifique soit taxé lui d’irrationnel? Quelle différence entre ces deux esprits qui recherchent tous les deux la vérité et surtout la maîtrise par l’homme des phénomènes qui le dépassent?

Aujourd’hui, les Camerounais sont dépassés par la mort de certains de leurs compatriotes et se doivent et selon l’esprit scientifique et selon l’esprit africain se demander qu’elle en est la cause. Mieux encore, s’assurer que dans quelques années personne ne mourra plus des mêmes causes ; ce à quoi sert la recherche scientifique. Comment se fait-il que les cartésiens camerounais que nous sommes réfutent cette démarche africaine qui cherche derrière chaque mort sa cause ; comme l’ont fait tous les grands scientifiques à qui nous devons les découvertes qui ont permis de vaincre de nombreuses maladies? Dès que les Camerounais interrogent la mort, on entend un lever de bouclier leur demandant de l’accepter comme une fatalité… comme ils acceptent déjà beaucoup d’autres choses ? Et bizarrement c’est ceux qui s’interrogent et qui veulent comprendre qui sont taxés d’irrationnels !

Que faisaient nos ancêtres à qui nous devons d’être là aujourd’hui ? Que font les scientifiques? Ils essayent de comprendre… comprendre afin que l’humanité n’assiste plus impuissante aux phénomènes qui nous terrassent tels que la maladie et la mort. Qu’est-ce qui s’est passe pour que notre culture africaine qui nous a porté pendant des siècles soit aujourd’hui stigmatisée au point de devenir à nos yeux la culture de l’obscurantisme quand elle n’est pas désignée comme le mal lui-même? Je prends pour exemple les Betis qui ne savent plus comment il se fait que pour dire que quelqu’un fait des mauvaises choses, on dit qu’il fait « des choses betis ». Comment se fait-il que nous acceptons cette inversion pensée et mise en place par l’église catholique de l’époque et intégrée aujourd’hui par tous, quand on sait que c’est cette aliénation qui est le véritable obscurantisme dont nous souffrons?

Avec quel prisme allons-nous regarder notre société allant à la dérive sans savoir ni ce qui nous arrive, ni comment nous en prémunir ? Comment se fait-il que tous ces valeureux camerounais meurent dans nos hôpitaux publics alors que ceux qui dirigent notre pays se font soigner à l’étranger? L’esprit qui interroge est le même esprit qui a permis le progrès. Pourquoi personne n’interroge le ministre de la Santé ? Pourquoi personne n’interroge les directeurs des hôpitaux publics ? Quelle est notre politique de santé publique? Quelles sont les procédures de prise en charge, la qualité des soins, des équipes, les insuffisances, les moyens etc… Où sont ces cartésiens qui se précipitent de fustiger ceux qui s’interrogent au lieu de chercher à comprendre comment nos hôpitaux sont devenus des mouroirs sans que cela n’émeuvent plus personne?

Que s’est-il passé pour qu’une simple infirmière occidentale de brousse rassure les populations plus que nos grands professeurs de médecine? A moins de croire à une théorie du complot, où sont les explications et les résolutions que l’État prend pour protéger ses serviteurs et leurs familles? Pourquoi acceptons-nous que nos vies de pauvres camerounais ne valent rien aux yeux de nos dirigeants comparé aux vies françaises qui mobilisent personnellement le président de la République lors des prises d’otages où l’on voit les gros moyens de l’État se déployer à coups de milliards! Personne d’autre que nous-mêmes ne nous oblige à nous infliger un tel sort sinon cet esprit que nous disons africain mais qui ne l’est point, qui nous a appris à accepter d’être à nos propres yeux des sous-hommes.

Jean-Pierre Bekolo
Nicolas Eyidi)/n


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