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Panique à bord au Port Autonome de Douala: Des Administrateurs du PAD dans la tourmente

Par Roger belinga

Il a toujours été notoire que le Port Autonome de Douala est une entreprise stratégique du dispositif économique du Cameroun, qui en marge de permettre à la Douane camerounaise d’assumer ses objectifs, assure en production, un important chiffre d’affaires qui permet au Cameroun, d’assurer ses engagements financiers. Or, l’incarcération d’Alphonse Siyam Siwe ex-Directeur Général du Port Autonome de Douala pour les raisons que nous connaissons, n’a pas fait peur à certains de ses remplaçants et malgré la violence que revêt la lutte anti-corruption menée de main de maître par le Ministère de la Justice et celui du Contrôle Supérieur de l’Etat, d’aucuns estiment pouvoir passer entre les mailles du filet. Actuellement en instruction au TCS, une nouvelle affaire de détournement de fonds devrait bientôt défrayer la chronique judiciaire, tant elle implique personnellement des hauts responsables de l’institution du PAD (Port Autonome de Douala), à savoir, une brochette de cadres supérieurs et quelques Administrateurs.

Les faits
L’affaire remonte à l’année 2007, lorsqu’une décision de justice à Paris (France) enjoint le Directeur Général du PAD, de payer entre les mains d’une entreprise française, la rondelette somme de 450.000.000 de fcfa (quatre cent cinquante millions). Pour que cette décision de justice soit exécutée au Cameroun, elle doit être frappée d’exéquatur, c’est-à-dire, confirmée par la justice camerounaise. C’est une procédure initiée devant le juge du contentieux de l’exécution, devant le tribunal de première instance de Douala Bonanjo qui vise à ordonner en son terme, le décision d’exéquatur, à savoir que la décision prise par la justice française est conforme à la loi et à l’ordre public camerounais. Ce n’est que dans ce cas que le PAD peut effectuer un virement de la somme sur les comptes de la société qui détient cette créance. Pour l’occasion, la société détentrice de cette créance, WHITE NILE CORPORATION INC avait transmis par avis laissant trace (huissier de justice), les références de sa banque pour encaisser le virement bancaire concernant cette dette. En dépit de ces informations bien précises et en l’absence d’exéquatur, le Directeur Général de l’époque, Monsieur Dayas Mounoume avait cru devoir payer la somme querellée, à Douala, entre les mains d’un individu qui se disait être sans aucune espèce de preuve, le représentant de la société. Plus grave, afin d’éviter les obligations du droit cambiaire qui imposent qu’au-delà de la somme de 100.000.000 de fcfa (cent millions), il faut impérativement payer au moyen d’un virement bancaire pour assurer la traçabilité des flux financiers, Monsieur Dayas Mounoume prendra en porte-à-faux avec la loi, l’initiative lui permettant de ne pas respecter les règles de droit, de payer la somme globale en délivrant le même jour par fractionnement de plusieurs chèques de moins de 100.000.000 de fcfa (cent millions), entre les mains d’un certain Monsieur Patrice Tsimi et encaissés sur un compte « fictif » auprès de la FIFFA, une coopérative de la place de Douala.Une véritable opération de coulage des fonds publics car le forfait accompli, nous pouvons imaginer que ce dernier afin de remercier ses complices d’un jour, organisera un retour d’ascenseur en version sonnante et trébuchante, vers ses comparses, cadres et administrateurs qui lui ont permis d’entrer illégalement en possession de ladite créance.

Il y a lieu de dénoncer aujourd’hui, les actions silencieuses mais fortes, les menaces et autres moyens dérivés, entreprises pour faire pression sur l’actuel Directeur Général du PAD, afin qu’il retire du circuit du TCS (Tribunal Criminel Spécial), la plainte qu’il a formulée contre ces détourneurs de ces fonds, conscients du fait que dans l’hypothèse où il retire cette plainte, le PAD sera obligé de payer une fois de plus la somme déjà honorée auprès de la nébuleuse qui a organisé cette escroquerie. Entre trafic d’influence d’administrateurs, poussées de tension organisées par les cadres du PAD complices de cette affaire, des messes nocturnes sont organisées pour essayer de dégager cette sombre affaire des tribunaux, voulant entraîner de par le fait, un véritable discrédit de l’institution auprès de ses partenaires internationaux. Pour donner au Directeur Général Monsieur Dayas Mounoume, les moyens de signer la cascade de chèques qui ont été remis sous le manteau à Monsieur Patrice TSIMI, il aura fallu que des Administrateurs du PAD lui accordent l’autorisation formelle par une écriture signée et paraphée, d’agir pour le compte du PAD. C’est donc muni de ce blanc-seing, qu’il permettra que le forfait soit accompli. Pour que les Administrateurs signataires de cette autorisation souscrivent à cette opération et donnent instructions au DG du PAD, il aura aussi fallu la complicité de plusieurs cadres au niveau supérieur de l’entreprise qui dans l’opérationnel ont instruit le dossier, analysé la situation et confirmé par une cascade de signatures, qu’il était possible de payer la somme entre les mains du chef de file de cette escroquerie. Enfin, le rôle de la coopérative financière la « FIFFA » qui a largement contribué à cette évasion financière, n’est pas moindre. Comment peut-il se faire que sans droit ni titre, sans la nombreuse documentation qui permet d’ouvrir un compte, un quidam ait pu ouvrir un compte et le refermer dans cette coopérative, sur le fil du rasoir entre loi et hors-la-loi. Cette coopérative a joué le rôle le plus important dans le coulage de cette affaire, tant il est vrai que finalement ce sera grâce à l’ouverture du compte au sein de la coopérative, ce que n’aurait fait aucune banque sur la place de Douala, que le forfait sera accompli.

Notre analyse
Il nous est loisible ainsi de poser plusieurs problématiques, au regard des faits que nous avons pu tirer de cette affaire finalement ordinaire, quand on connaît la voracité des détourneurs de fonds au Cameroun. Les Coopératives et Epargnes financières ne sont-elles pas le lieu pour certains, de camoufler leurs forfaits, profitant de la « souplesse » supposée de ces caisses d’épargne, du non-respect des règles qui régissent leur métier, ouvrant ainsi la porte à des abus de toute sorte et des man uvres financières illégales? Ces coopératives, ne sont-elles pas devenues le circuit devenu classique des flux financiers que l’on souhaite mettre à l’abri de l’administration fiscale, faire passer au travers de la loi et se permettre ainsi de bâtir des fortunes avec la protection du système bancaire, ou tout simplement sont-elles devenues des centres de collecte d’abus de biens sociaux dont on veut camoufler l’existence? Ne sommes-nous pas en face de cette réalité que chacun ne veut pas voir et qui consiste à organiser d’une manière officielle un informel de l’économie qui ne dit plus son nom? C’est donc pour nous le lieu d’interpeller le Ministère des Finances qui porte en lui une lourde responsabilité sur ces dérives du système bancaire, en acceptant un niveau de tolérance qui permet aux esprits tordus, de passer entre les mailles du filet. Les autorités de tutelle, ont-elles réellement un regard critique et exécutent-elles leur mission d’encadrement et de contrôle des circuits financiers qui prévalent dans ces petites institutions dont l’activité prend de plus en plus d’ampleur dans le circuit économique du pays? Nous pensons qu’il y a une réelle absence de gouvernance dans ce secteur d’activité, dans la mesure où la somme dont il est question a été encaissée par un individu sans droit ni titre. Mais plus encore, au-delà des complicités extérieurs, le PAD donnera à Monsieur Patrice TSIMI, les moyens de réaliser son forfait, grâce à un chapelet de connivences (doux euphémisme) internes, un quarteron de dignitaires de l’institution, une poignée de bandits sans foi ni loi qui, instrumentalisant les moyens dont ils disposent et le pouvoir octroyé par leurs positions, apposeront leurs autographes sur le rosaire de documents qui permet d’activer le débit des flux financiers du Port Autonome de Douala. Cela signifie qu’en marge du détournement de deniers publics constitué par cette opération, ils ont commis une kyrielle de lourdes fautes pénales constitutives de poursuites judiciaires. Après avoir été licenciés du PAD, ils devront répondre d’abus de confiance aggravé, complicité d’abus de biens sociaux, prises illégales d’intérêts, corruption passive, . La faute du Directeur Général, manager de l’institution et ordonnateur des dépenses et les cadres qui l’accompagnent dans cette tourmente, aura été d’activer et d’accepter d’une manière légère et inconsciente, le paiement d’une créance sur décision de justice sans exéquatur d’une part et d’autre part, le fractionnement du paiement de la créance, en opposition avec les règles et le droit, prêtant ainsi le flanc aux conséquences que nous constatons aujourd’hui. Une faute et non une erreur du Directeur Général, ne pas s’être entouré de toutes les protections juridiques permettant de couvrir ses errements. Pour quelqu’un qui doit répondre des finances et de l’orthodoxie de la gestion de l’entreprise, il nous semble grave que le Directeur Général et les membres de son comité de direction aient laissé ainsi couler une partie du patrimoine de l’entreprise. Mais en poussant l’analyse plus loin, nous avons une autre hypothèse.


Au Port Autonome de Douala, comme dans plusieurs entreprises de la place, il peut arriver qu’il existe des créances dormantes, des créances qui n’ont pas été réclamées depuis deux, trois voire cinq ans et qui sont provisionnées sur les bilans successifs de l’entreprise. La créance dont il est question peut avoir été considérée comme abandonnée par son propriétaire, sauf qu’en l’occurrence, le montant est trop élevé pour que la provision pour dettes échues non encore honorées ne passent inaperçue sur le compte de résultat de l’entreprise. Ces créances dormantes peuvent alors faire l’objet d’une instrumentalisation par un responsable comptable, son collègue du contentieux ou du service juridique ou même simplement le service acheteur qui a bénéficié des prestations dont les factures n’ont pas été honorées. Il est en outre possible que tous ces responsables puissent décider d’un commun accord et ensembles, de faire un sort à la créance par le biais d’un porteur de sac posté à l’extérieur de l’entreprise. Monsieur Patrice Tsimi n’ayant visiblement aucun regard direct sur les finances du PAD, il lui était impossible de savoir qu’une entreprise européenne tenait une créance contre le Port Autonome de Douala. Aussi, nous envisageons que de l’intérieur au PAD, un responsable haut cadre de l’entreprise ayant fait sa spécialité, la science du détournement de flux financiers, suggère à Monsieur Patrice Tsimi de créer une entité camerounaise homonyme de la WHITE NILE CORPORATION INC. Les magouilles sont alors organisées afin que de l’intérieur, le dispositif et les procédures soient déclenchés et permettent de sortir sans coup férir, la rondelette somme dont il est question. Monsieur Patrice Tsimi, présenté comme le cerveau du gang ne serait donc dans cette hypothèse, qu’un vulgaire lampiste qui du fait de sa position dans le dispositif de détournement et au regard de la série de signatures qu’il aura apposées sur les documents ayant servis à accomplir le forfait, portera la responsabilité entière et totale de cette escroquerie. Auquel cas, Monsieur Patrice Tsimi est donc en danger et a perdu son sommeil dans sa prison dorée de Nkondingui.

A SAVOIR

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