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Par une nouvelle loi liberticide, le pouvoir officialise l’État d’exception au Kamerun

Par l’Union des populations du Cameroun (UPC)

Le jeudi 04 décembre 2014, les Kamerunais ont appris avec effarement qu’une certaine loi n°962/PPJL/AN du 03 décembre, portant répression des actes de terrorisme mais réduisant considérablement les libertés publiques, a été votée, sans amendement, au nom du peuple kamerunais par l’Assemblée Nationale. Le Sénat a fait de même trois jours plus tard.

De nombreux observateurs avertis ont relevé à juste titre, qu’en de multiples aspects, cette loi initiée par le gouvernement et traitée à la va vite par le Parlement, est inopportune et dangereuse. En effet :

1. Le pays ne connaît pas véritablement de terrorisme généralisé. Les agressions répétées dans les régions de l’Extrême-Nord et de l’Est, viennent essentiellement de l’extérieur du pays. Il n’a pas été signalé à la nation qu’un vide juridique a empêché de résoudre une quelconque difficulté rencontrée dans la traque des assaillants. Si du reste, le dispositif répressif serait à renforcer au point d’en arriver à une loi spécifique, la moindre des choses est d’en élargir la discussion au lieu de faire comme d’habitude ; c’est-à-dire, que M. Biya et son équipe décident de tout, et que le reste du pays n’ait plus qu’à subir. Seulement ici, il s’agit de réduire des droits de tous, garantis par la Constitution et les lois sur les libertés publiques. N’en déplaise à M. Tchiroma Bakary, porte-parole du gouvernement.

2. Ce sont les carences du régime en place et des contradictions au sein même de l’équipe dirigeante qui limitent l’efficacité des forces directement engagées dans la lutte contre l’insécurité aux frontières du pays. L’UPC n’a pas manqué de les dénoncer ; d’autres acteurs de la vie nationale ont aussi attiré l’attention du gouvernement, mais en vain, comme d’habitude.

3. Ajouter d’autres lois ne garantit pas l’application de celles existantes. Le gouvernement peut-il dire à la nation pourquoi l’article 66 de la Constitution sur la déclaration des biens n’est toujours pas appliquée ? Faut-il un autre texte pour contraindre les sous-préfets à travers le pays, d’arrêter de piétiner sans vergogne la loi sur la tenue des réunions et des manifestations publiques ?

4. Par ailleurs, selon cette loi, l’extension de la notion de terrorisme est trop large et ambiguë, certainement à dessein. Et la pratique des années 60 sous le couvert d’ordonnances de portée analogue, a laissé des séquelles profondes au sein de la population, notamment parmi les familles des upécistes.

Ainsi donc, d’après cette fameuse loi votée sans amendement par le Parlement Rdpc au nom du Peuple kamerunais, serait désormais menacé de la peine de mort : tout gréviste, tout militant politique (en dehors du Rdpc mais qui sait demain?), tout syndicaliste en action, tout citoyen réclamant ses droits, tout étudiant contestataire, journaliste d’investigation, etc… C’est clair, mais pas assez pour M. TCHIROMA Bakary.

En définitive M. Biya et son équipe, poursuivent patiemment la construction de la «Paix des cimetières», en grignotant tous les acquis de liberté, contenus dans les lois de décembre 1990, pour se maintenir au pouvoir à tous prix au malheur de millions de Kamerunais abandonnés dans la misère . C’est inacceptable !

L’UPC, âme immortelle du peuple kamerunais :

Dénonce cette loi qui restreint encore plus les libertés publiques dans notre pays.

Indexe le parlement unicolore de fait, qui usurpe la souveraineté du peuple, au profit d’intérêts anti-populaires inavoués. L’UPC plaide encore et toujours pour des élections libres et transparentes, afin de doter notre pays d’institutions fiables et crédibles, soucieuses de l’avis et du bien-être des populations.

S’indigne qu’au moment où le niveau actuel du véritable débat politique s’inscrit dans la recherche d’une concertation large, en vue de doter enfin notre pays d’une vraie Constitution, dans laquelle les kamerunais se reconnaîtront enfin, le pouvoir Rdpc prend un raccourci dangereux, semblable à la démarche qui en 1962 aboutit à l’horreur de la répression sauvage contre les soi-disant « subversifs », installant l’ère du « laissez-passer » et du parti unique!

Exhorte une fois encore l’Union Africaine à se sentir totalement comptable des processus démocratiques en cours à travers les pays du continent et du droit des peuples à déterminer réellement eux-mêmes leurs choix. Rien ne servira de sonner des tambours lorsque l’irréparable se sera produit.

Prend à témoin les patriotes africains, les démocrates des cinq continents, du renforcement toujours poussé de la répression dans notre pays, ce qui remet à bien plus tard notre contribution à une saine et salutaire coopération entre les peuples du monde.

L’UPC, soucieuse de la souveraineté du peuple :

Se déclare solidaire de toutes les initiatives engagées pour barrer le chemin à cet acte barbare et insensé qui présage des lendemains plus sombres pour notre pays ; aucune d’elles ne sera de trop : campagnes de mobilisation, action en justice, etc…

Appelle le peuple kamerunais à donner une réplique appropriée à cette agression en règle contre sa souveraineté en disant NON ! à cette loi cynique.

Les Upécistes seront encore de ce combat!

«Un autre Kamerun est possible, d’autres choix sont nécessaires».

Douala, le 10 Décembre 2014
Pour le Secrétariat du Comité Directeur
NDEMA Alexis – Président de l’UPC
SAME MANG III Louis-Marie / TCHUANYO Martin – Vice-Présidents
MOUTOUDOU Albert – Secrétaire Général


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