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Patrice Nouma, la Feymania en arrière-plan

L’actuel interviewer de Gisèle Alima traîne une réputation sulfureuse dans les milieux de la diaspora camerounaise en France et aux Etats†Unis.

Quand il débarque à New York, en provenance de la France, Patrice Nouma offre à quiconque parmi les Camerounais sa carte de visite. Il est styliste et modéliste, entre autres. Il dit être venu aux USA pour lancer une ligne de vêtements. Il distribue aussi un CD qu’il a sorti en France, qui lui donne étrangement le titre de «poète camerounais engagé». Ledit CD vendu dans les boutiques du Front National de Le Pen en France a pour titre éponyme: «Si tu n’aimes pas la France, sors de la France». Des commentateurs disent qu’il contribue à la lutte pour l’intégration des immigrés et rejette l’islamisme ou l’immigration clandestine. Cette époque est celle où il est très fréquent de voir des Camerounais, immigrés aux USA, descendre dans la rue pour dénoncer le régime de Yaoundé. Patrice Nouma affiche des signes d’une certaine aisance et ne dit que du bien de la politique du régime. Il se voit ouvrir les portes de la Représentation diplomatique du Cameroun auprès de l’Onu. Certains pensent même qu’il est un homme des services secrets dépêché par Yaoundé. Le business du vêtement ne mord pas. Et Patrice Nouma pense déjà à autre chose. Il rêve d’ouvrir un cabaret cent pour cent camerounais dans lequel il y fera jouer des musiciens venus du Cameroun. L’affaire est mort†née.

Et s’ils sont nombreux parmi les Camerounais de New York à avoir des larmes aux yeux, c’est qu’ils seront tombés dans la supercherie de Patrice Nouma. Il leur fit miroiter le rêve de les mettre clandestinement dans la délégation des musiciens camerounais annoncés à New York. Pour ça, il fallait lui payer trois millions de F Cfa par tête de pipe. Aujourd’hui encore, ses victimes lui revendiquent le remboursement de leur argent. Puisque le projet fut un fiasco. Sa liste des victimes s’allonge quand il prend la tête d’une association des Beti qu’il fonde. Des membres inscrits à cette éphémère association ne rentreront jamais dans leurs cotisations. Tandis que des voix commencent à crier haro contre lui parmi les Camerounais, Patrice Nouma devient un membre zélé des supporters de Paul Biya. Il est assis au premier plan pendant les réunions à l’ambassade. Justement dans cette ambassade, l’ambiance n’est pas celle de la convivialité entre les employés. Patrice Nouma en profite pour mettre la main sur des documents supposés circuler exclusivement entre les bureaux. Et bientôt, il commence à utiliser ces documents pour faire chanter certains diplomates. Ferdinand Ngoh Ngoh, à l’époque en poste à New York est sa première victime. Patrice Nouma dit qu’il a des dossiers compromettants sur le ministre plénipotentiaire. Il menace de les publier si jamais l’actuel Secrétaire général de la présidence de la République du Cameroun ne négocie pas avec lui. Ferdinand Ngoh Ngoh lui dit de publier lesdits documents. On attend toujours de les voir.

Personnage virevoltant
D’autres personnes du département des Finances et de la Sécurité seront aussi approchées par le maître chanteur, qui, curieusement, reste très proche de l’ambassadeur Michel Tomo Monthe. L’ambassadeur lui confie très souvent des missions dans la couverture médiatique. Car, depuis que la presse des communautés connait un essor à New York ces derniers temps, il s’y est mis quoique sans formation et qualification. Le titre d’homme de presse lui ouvre des portes dans certaines ambassades des pays de l’Afrique de l’Ouest et aussi de l’Onu. Du fait qu’en 1952, Ruben Um Nyobe prononçait pour la première fois les mots réunification des deux Cameroun devant l’Onu, le comité d’organisation du cinquantenaire de cette Réunification piloté par Martin Belinga Eboutou choisit New York comme l’un des sites de célébration de l’événement, en synchronisation avec Buea. Patrice Nouma est parmi une poignée de Camerounais qui se réunissent pour élire les membres du comité d’organisation local. Mais l’affaire ne marche pas, car c’est chacun dans la bande qui veut être le pilote. L’ambassadeur Tomo Monthe se battra comme il pourra pour sauver les meubles. Avant le bal, il organise des tables rondes. En octobre dernier, Patrice Nouma fait partie d’un groupe qui entretient sur « l’apport de la diaspora camerounaise au développement du Cameroun ». Et depuis ce temps, l’homme dit avoir changé de convictions.

Frustré de n’avoir pas tiré avantage du système et des fonds alloués aux festivités du cinquantenaire à New York? Patrice Nouma s’illustre en tout cas au début de cette année en publiant sur sa page Facebook une lettre qu’il dit avoir envoyé à Barack Obama. Sans fioritures, il demande au patron de la Maison Blanche de ne pas recevoir Paul Biya à l’occasion du sommet USA†Afrique d’août prochain. Reprise par quelques sites internet, ladite lettre ne crée pas pour autant le buzz. Désormais, Nouma donne des interviews à deux télévisions en ligne basées à New York. Il y dénonce des personnes et des pratiques à l’ambassade du Cameroun auprès de l’Onu. L’effet est aussi celle d’un pétard mouillé. L’homme décidé de créer un scandale. Il a l’inspiration de prendre Gisèle Alima chez lui et de l’interviewer. Un véritable buzz sur You tube.

Patrice Nouma dans une autre vie

En réalité, un tel activisme ne se serait vu si Paul Biya n’était pas annoncé aux USA dans le cadre du sommet USA†Afrique en août prochain. A chacune de ses visites, il est connu que Paul Biya, autant il donne de l’argent à ses partisans, autant il en donne à ceux qui s’opposent à son régime pour étouffer d’éventuelles marches de protestation. Cette fois†ci, une entente semble avoir été faite par les deux camps pour que Paul Biya débourse du costaud. Plus simplement, il s’agit pour les uns de faire des sorties qui donnent de la chair de poule à Yaoundé. L’objectif est de présenter les USA comme la plaque tournante d’une opposition mieux organisée et farouche. Et pour éviter le pire, le régime de Yaoundé sera tenté de négocier avec cette opposition†là. Autant donc parier que Patrice Nouma, qui est vraisemblablement la face dévoilée de cette opposition d’un autre genre, lâchera d’autres bombes dans les jours et mois qui viennent. Des agents doubles pendant ce temps sont en train de jouer sous la table la carte de l’apaisement. Qu’ils doivent négocier avec un camp ou l’autre, l’enveloppe à déposer par le pouvoir de Yaoundé ne sera pas maigre. Patrice Nouma et son équipe revendiquent 200 millions de F CFA. La feymania a un nouveau nom au Cameroun.




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