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Patricia Stéphanie Boowen, Manager Artistique de talent !

Il lui a fallu du temps.beaucoup de temps pour trouver sa voie.

Le management artistique au féminin à désormais un nom au Cameroun : Patricia Stéphanie Boowen. A sa naissance, ses parents voient en elle une future avocate ou médecin. Ils sont loin d’imaginer que la benjamine de la famille, sera quelques années plus tard, un manager professionnel incontournable dans le milieu des musiques urbaines.

Patricia Stéphanie Boowen a grandi dans un environnement familial et chaleureux et ses parents lui inculquent des valeurs de partage, de générosité, et surtout savoir exprimer ses pensées quelque soit le contexte. Ce qui explique peut-être le fait qu’aujourd’hui, on la qualifie de « grande gueule ». Elle ne s’en offusque pas du tout : « je dis ce que je pense, même si ça choque et même s’il faut demander pardon après quand on a offensé l’autre », déclare-t-elle en toute humilité.


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Un parcours pédagogique très chevauché

Sa grande passion pour le chant, ne lui fait pas oublier que comme tout enfant, elle doit aller à l’école pour poursuivre une éducation. Alors que la logique voudrait qu’elle poursuive un cursus scientifique, Patricia opte pour la série littéraire. Après un passage au Sénégal, elle revient au Cameroun en 1997 et s’inscrit en première année de lettres bilingues à la faculté des sciences humaines de l’université de Douala. Malgré les cours intéressants des enseignants, elle a l’impression de ne pas trouver sa voie. Elle quitte l’université après un an, et rejoint la capitale Yaoundé l’année suivante. Elle s’y inscrit en marketing à l’institut Disamba Supérieur et ressort en 1999 avec un DUTS (diplôme universitaire de technicien supérieur) en techniques de commercialisation, « car je voulais me spécialiser dans la communication évènementielle ».
De nature « exubérante et adorant explorer d’autres univers », Patricia Stéphanie Boowen s’envole pour le Danemark fin 1999, avec la ferme intention de se perfectionner en communication évènementielle. Elle passe 8 mois au Danemark, dont mois à étudier les langues et 5 autres à travailler « par ce qu’il fallait bien subvenir aux besoins ». Elle vit également grâce aux retombées de ses petits bricolages (décoration de vêtements, photos africaines pour calendrier.). Une activité qu’elle exerçait déjà au Cameroun. Elle s’installe ensuite en France et réussit à décrocher un travail d’attachée commerciale en janvier 2000 au sein de Easy Everything, qui n’a rien à voir avec la culture, puisque l’entreprise fait dans la location d’avion, de cars . « A l’époque, ils recherchaient une commerciale bilingue au département Easy Internet café, et je venais d’un pays où j’avais étudié les langues ». Ensuite un heureux évènement va changer la vie de Patricia : la naissance de sa fille. Nouvelle maman, elle revient au pays pour présenter l’enfant à ses parents et y reste.


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Enfin, la lumière fut !

Au Cameroun, Patricia trouve enfin sa vocation. 2004 marque le déclic. L’évènement consacré aux musiques urbaines « Kamer groove » dirigé par Adjajo, manager et opérateur culturel bien connu, lui offre l’opportunité de se consacrer à sa véritable passion. Elle se voit confier le poste de directrice artistique de ce spectacle organisé chaque mois, sur les berges du fleuve Wouri à Douala. L’évènement qui regroupe les jeunes rappeurs en provenance de différentes villes du pays, connaît vite un grand succès. Outre l’aspect festif et le stress de l’organisation, « je me suis renduE compte qu’il y a beaucoup de jeunes rappeurs talentueux, qui malheureusement ne comprennent pas qu’être artiste est une profession et non un titre » remarque Patricia. L’expérience lui permet alors de s’imprégner de la réalité du milieu hip-hop, de comprendre le fonctionnement des spectacles des musiques urbaines au Cameroun. « Après avoir côtoyé ce type d’évènement lors de mon séjour européen, je ne comprenais pas comment, les artistes ici, arrivaient à se produire sans respecter les normes culturelles. Autour des artistes, il doit y avoir un manager, un attaché de presse, un ingénieur de son. ». Patricia décide alors de rectifier le tir, de partager son expérience en assistant les artistes dans le processus de professionnalisation de leur carrière. Pour son premier contrat en tant que manager professionnel, elle fait d’un coup d’essai, un coup de maître. 2005, elle est officiellement le manager du rappeur Etoundi Onambélé Paul Edouard aka Krotal (auteur de Jamais), star incontournable du hip hop, arrivé en fin de contrat avec son ancienne maison Mapan Records.
L’année suivante (avril 2005), elle co-organise à Douala avec l’artiste Blick Bassy (ex membre du groupe Macase), un spectacle qui confronte sur scène, le rappeur français Douty contre Kopo (auteur du tube « si tu vois ma go ) avec comme arbitre de la partie, le rappeur Krotal. Kopo est le second artiste qu’elle manage, mais juste pour un an de demi, car ils n’avaient pas la même vision des choses. Pour se perfectionner, Patricia va suivre un stage en management en juin 2006 au festival de musiques urbaines « Gabao hip hop », qui a lieu tous les ans à Libreville eu Gabon. Elle se fait vite remarquer par son dynamisme, et le comité d’organisation l’intègre définitivement.


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Le travail que je propose va sur la durée. Je ne pense pas qu’on puisse bâtir une carrière en 6 mois ou un an. Cela peut produire un effet feu de brousse. Au lieu de faire un boulot dans lequel on ne se reconnaît pas, il vaut mieux rompre amicalement.
Patricia Boowen

Femme épanouie.dans un milieu masculin

Connu pour être encore au stade embryonnaire, le métier de manager artistique est plus l’apanage des hommes que des femmes au Cameroun. « Mais si la musique est une uvre de l’esprit, je pense que tous les métiers qui l’accompagnent le sont, avant d’être un métier d’homme ou de femme », affirme Patricia Stéphanie Boowen l’air très sérieux. Sa réputation de femme rigide la fait sourire. « En tant que manager, j’ai l’avantage de travailler avec un artiste et non avec une star ». Au mot chance, elle le remplace avec insistance par le mot avantage, « car la chance pour moi n’existe pas. C’est un mot utilisé par les paresseux pour se consoler » précise-t-elle dans un éclat de rire. Le fait d’être une femme dans un milieu d’hommes, ne me dérange nullement et j’entretiens de bons rapports avec les autres managers comme : Adjajo, Jephté Talla, Emmanuel Bidjecké. »

Elle a fait un rêve

Depuis près de deux ans, Patricia Stéphanie Boowen est devenue incontournable dans l’organisation des festivals à l’intérieur et à l’extérieur du Cameroun. Son meilleur souvenir, reste la participation de son artiste (krotal) à la 32éme édition du Sfinks festival entre Juillet et Août 2007 à Boechout en Belgique. Bien que l’environnement ne favorise la culture et des métiers connexes, Patricia rêve « d’un Cameroun où enfin la culture sera valorisée dans toutes ses dimensions. J’y crois fermement au vu des talents des jeunes artistes ». En attendant que le rêve devienne réalité, elle préfère gagner du temps en oeuvrant dans cette optique. D’où la création en 2008, de l’association pour le management des musiques urbaines « AMURA ». Les objectifs sont clairs : s’établir en tant qu’opérateur culturel, favoriser les échanges entre les artistes d’ailleurs et d’ici, organiser des séminaires et tables rondes, favoriser le coaching vocal encore absent au sein du milieu artistique. L’association veut également balayer l’idée selon laquelle « Il faut avoir de l’argent pour s’adjuger les services d’un manager. C’est faux, c’est au manager de travailler et de se payer lui même, en prélevant un pourcentage bien défini au départ, sur le cachet de l’artiste», déclare la présidente de AMURA qui déclare avec fierté avoir personnellement eu l’opportunité de rencontrer sur son chemin, les grandes vedettes nationales et internationales de la musique telles : Lokua kanza, Mario Canonge, les Nubians, Manu Dibango, Etienne Mbappé, Richard Bona, etc.

Celle qui a un faible pour les fruits, les grillades et frites de plantain, est un c ur à prendre, et souhaiterait bien rencontrer l’homme idéal, « équilibré et bien dans sa peau, c’est la première qualité! Le reste peut se gérer ».

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