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Paul Biya et Hollande: « A malin, malin et demi »

Par Arnaud Djemo T.

Gouverner est un art qui nécessite la force et la ruse, comme le disait Machiavel. Le Prince écrivait-il, doit-être «lion et renard». Mais dans le contexte des démocraties actuelles, qui bien que parfois imposées par la violence, la ruse est ce qu’il y a de primordial. Ce que tout le monde a retenu de cette visite du président français François Hollande au Cameroun, 15 ans après qu’aucun chef d’Etat français n’y ait mis son pied, c’est cette autre invention de l’homme-lion «Ne dure pas au pouvoir qui veut. Mais dure au pouvoir qui peut» (ceci fera l’objet d’un article). Et pourtant, il y avait tellement de choses à voir et à entendre de part et d’autre.

La conférence de presse accordée, par Paul Biya et Hollande, était riche en couleurs et en rires. De vrais guignols. Paul Biya par deux fois, lors de son introduction, au cours de laquelle, il s’est lancé comme ses autres congénères francophiles, s’est tourné par deux fois pour regarder Hollande après des phrases élogieuses sur les liens de solidarité et d’amitié entre le Cameroun et la France, qui n’intéressaient pas son hôte et, qui relisait un discours qu’il n’avait pas préparé, et qu’il n’a plus regardé jusqu’à la fin de son magistère. Hollande a joué avec son stylo, et la poche intérieure de sa veste, pendant que le Roi Paul parlait. Mais à sa prise de parole, l’autre malgré son âge était attentif et répondait par un sourire ridé. Les deux juchés sur leurs pupitres respectifs ont fini de blablater, et vint alors le tour de questions des journalistes. C’est alors que je me suis tordu de rire. Car ici, chacun d’eux a déployé tactique et stratégie, et donc employer la ruse.

Paul Biya fut le premier à se soumettre à cette acrobatie, bien qu’Hollande fut le premier à passer à l’orale. Mais à la question posée par Sévérin Tchounkeu d’Equinoxe TV, et qui consistait à savoir si on peut « espérer une inflexion en faveur des entreprises camerounaises » grâce au C2D, suivait une proposition faite à Paul Biya, sur la possibilité d’une rencontre avec les journalistes camerounais « pour discuter de politique interne ». Hollande a répondu à la question à lui posée, bien que sa réponse ne fût pas étonnante. Car même s’il a pensé que « nous ne pouvons voir que des avantages » pour les entreprises camerounaises, il a vite faite de rectifier sans rature sa phrase en disant que, si les entreprises françaises sont choisies c’est « pour leurs compétences, leurs qualités, leurs savoir-faire ». Ce qui a fait rire ce n’est donc pas ça. Mais, le fait qu’après sa réponse, Hollande se soit tourné vers le Roi Paul pour attendre sa réaction sur cette interpellation de Tchounkeu, et que lui aussi à son tour, il a pris son stylo pour feindre de noter la question du journaliste de France 2, à laquelle il a répondu comme s’il avait déjà préparé la réponse « Ne dure au pouvoir qui veut. Mais dure au pouvoir qui peut ». Hollande n’a même pas eu le courage de le dévisager. Mais comme le disent les enfants, il l’attendait au tournant.

Et au tournant, le moteur de Charles Ndongo a ronflé au fond de la salle, rempli du carburant de la CRTV. Comme toujours, la télévision nationale n’a posé qu’une question afin de blanchir l’image du père, de le sanctifier, afin de prouver à ses délateurs que même la France le soutient. Hélas non ! Hollande n’est pas tombé dans le «malembi», dans le piège. Au contraire, à la fin de la question de Charles Ndongo, il a souri bêtement comme savent le faire les politiciens français. Sourire narquois en coin, il a écouté la fin de la question du journaliste organique de Son Excellence: «Est-ce que votre présence, vos entretiens, votre tête à tête, vous ont permis d’améliorer votre perception du Cameroun et du président ? Est-ce que vous iriez jusqu’à reprendre à votre compte ces mots du président Mitterrand à l’adresse du président Paul Biya : M. le président je suis à l’aise avec vous»?

Hein ! Donc comme ça les relations avec la France n’étaient pas bonnes jusqu’à il fallait « améliorer » seulement avec un « tête à tête » ? L’homme d’autrui (Hollande) avec son sourire malicieux, a tourné sa langue plusieurs fois avant de répondre à cette question-piège, ou plutôt avant de ne pas y répondre. Sa réponse longue de deux ou trois minutes, a fait référence à la question elle-même seulement pendant 25 secondes au plus. Il a commencé par tourner et retourner le problème de Boko-Haram dont il avait pourtant déjà longuement parlé tant dans son introduction que dans le corps de son sujet. Avant de dire enfin, «Le président François Mitterrand était toujours à l’aise. C’était sa force de caractère. Même s’il pouvait être parfois réservé. J’essaie de m’en inspirer. Même si les traductrices me confondent parfois avec François Mitterrand c’est arrivé en Angola. Ici je n’ai pas de risque sauf si on traduisait en anglais mes propos». Voilà qui est dit.

«Je ne suis pas Mitterrand, et je n’ai pas son tempérament. Je ne suis pas à l’aise avec Paul Biya. A moins de vouloir me faire dire ce que je ne veux pas, vous pouvez simplement faire comme les angolais, et me confondre ou me prendre pour Mitterrand pour résoudre votre équation politique. Mais étant donné que je parle en français, dans un pays où cette langue est parlée, il n’y a pas de risque de travestir mes propos». Telle est la traduction de cette belle conférence de presse, où au-delà du discours, la gestuelle des acteurs frisait la comédie.


Présidence de la République française )/n

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