Politique › Institutionnel

Paul Biya : Le Cameroun est armé pour faire face à la crise

L’intégralité de son discours aux membres du corps diplomatique qui lui présentaient les v ux mardi

Monsieur le Doyen du Corps Diplomatique,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Hauts-Commissaires,

Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations Internationales,

Il y a un an, il n’était pas déraisonnable de penser que la situation internationale évoluait dans le sens d’un apaisement des tensions, que le rôle des Nations Unies était mieux reconnu, que la solidarité entre le Nord et le Sud tendait vers le consensus, que la lutte contre le réchauffement climatique gagnait du terrain et enfin que le respect des droits de l’homme était en progrès.

Qui aurait cru que quelques mois plus tard les grandes banques des pays du Nord entreraient dans la tourmente, que les marchés financiers s’effondreraient comme châteaux de cartes, que de prestigieuses entreprises seraient au bord de la faillite ou réduiraient leurs activités ? Qui aurait pensé que le spectre de la grande crise des années 30 resurgirait du passé pour remettre en cause nos certitudes d’un progrès continu de l’économie mondialisée au bénéfice d’une humanité de plus en plus nombreuse.

Sans doute l’optimisme général a-t-il trompé notre vigilance. Car les avertissements n’ont pas manqué : mouvements désordonnés des cours du pétrole, crise alimentaire, affaire des « subprime » aux Etats-Unis, baisse des prix des matières premières, etc. C’étaient là des signes précurseurs de graves dysfonctionnements du système financier mondial et des mécanismes de l’économie globale, dysfonctionnements qui ont finalement provoqué une crise économique générale.

Il serait vain, je crois, d’entrer, comme certains l’ont fait, dans une discussion théorique sur la responsabilité du capitalisme ou du libéralisme dans le déclenchement de la crise. Dans la mesure où, dans l’état actuel des choses, il n’existe pas d’alternative crédible à ces systèmes, il me paraît plus opportun de s’interroger sur les causes des dysfonctionnements en question.

L’explication est peut-être plus simple qu’il n’y paraît à première vue. Au cours des dernières années, l’économie mondialisée s’est développée à grande vitesse, sans freins et sans contrôles, au détriment parfois des intérêts nationaux et des structures sociales. Que l’on me comprenne bien. Je ne méconnais pas les effets positifs qu’a pu avoir la globalisation des échanges mais il est clair qu’elle aurait dû faire l’objet d’une plus stricte régulation. Je me suis d’ailleurs publiquement exprimé à plusieurs reprises à ce sujet.

Ce n’est pas le libéralisme qui est ici en cause. Mais, comme l’excès de liberté peut nuire à la liberté, le libéralisme sans frein peut se retourner contre lui-même. C’est, me semble-t-il, ce qui s’est passé et je constate que les leçons tirées de la crise par les principaux acteurs de l’économie mondiale paraissent aller dans ce sens.

Nous ne pouvons donc que nous réjouir qu’ils se prononcent en faveur d’une régulation des marchés financiers pour brider la spéculation. Qu’ils prévoient de mettre en place une gouvernance mondiale de l’économie où le FMI et la Banque Mondiale auraient leur mot à dire. Qu’ils envisagent des mesures de soutien à certains secteurs d’activité afin de relancer leurs économies. Et enfin, qu’ils refusent l’idée d’un retour au protectionnisme.

Ce « vaste programme » ne peut en principe que recueillir l’adhésion. A ceci près qu’il serait bon d’avoir l’assurance que les intérêts des pays en développement, notamment en Afrique, soient effectivement pris en compte. M’exprimant en septembre dernier devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, j’avais déploré que notre continent puisse subir le contrecoup de la crise internationale dans laquelle il n’avait aucune responsabilité. Et j’ajoutais -permettez-moi de me citer- que « ce rôle de spectateur impuissant ne pouvait que provoquer une immense frustration et jeter le doute sur les chances de réaliser dans les délais les objectifs du Millénaire ».

De fait, pour nous, le vrai problème est là. Car la crise est à nos portes. Et même si le Cameroun est mieux armé que d’autres pour y faire face, il devra compter avec le renchérissement des produits alimentaires, l’érosion probable de l’aide au développement, la baisse des cours du pétrole et des matières premières, le fléchissement de certaines exportations, avec les conséquences que cela implique pour les recettes de l’Etat.

Bien entendu, nous ferons front, ainsi que je l’ai dit il y a quelques jours à mes compatriotes. Plutôt que de subir, nous allons accélérer l’exécution de nos grands projets de développement afin de monter dans le train de la relance économique quand la crise s’atténuera.

L’attention que nous avons portée à la crise ne nous a pas détournés de nos responsabilités sur la scène internationale.

Comme chaque année, j’ai participé à la session de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Je me suis exprimé sur la crise alimentaire mondiale dont les pays pauvres sont les premières victimes. Je me suis prononcé en faveur de l’augmentation de l’aide alimentaire, d’une réduction des subventions agricoles qui faussent la concurrence et d’une restriction des exportations alimentaires des pays en développement.

J’ai également déploré le retard pris dans la réalisation des objectifs du Millénaire et manifesté mon inquiétude à propos des effets probables de la crise mondiale sur la lutte contre la pauvreté. Dans le même ordre d’idées, j’ai plaidé pour plus de solidarité envers les pays d’origine des migrants, question dont je m’étais entretenu auparavant avec le Ministre français de l’Immigration.

Quelques semaines plus tard, j’ai pris part au Sommet de la Francophonie à Québec au cours duquel les grands problèmes de l’heure ont été examinés. J’y ai suivi les travaux de la Table Ronde sur l’environnement, sujet que j’avais évoqué précédemment à New York à propos du changement climatique, en soulignant l’urgence des solutions pour le continent africain.

S’agissant de la coopération sous-régionale, Yaoundé, comme vous le savez, a abrité en juin dernier le 9ème Sommet de la CEMAC dont le Cameroun assurait la présidence. Des avancées notables ont été obtenues lors de ce sommet. Nous avons progressé sur le plan des réformes institutionnelles et sur l’élaboration d’un programme économique régional. Nous avons également pris conscience de façon plus précise de notre solidarité en matière de sécurité dans notre zone et d’intérêts communs en ce qui concerne l’exploitation de nos ressources naturelles.

Quelques invités
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Nous avons aussi poursuivi le dialogue avec nos grands partenaires multilatéraux et bilatéraux : avec l’Union Européenne, notre premier interlocuteur en matière d’aide au développement, nous avons repris la négociation sur les accords de partenariat, après nous être concertés au Sommet d’Accra avec les pays ACP ; avec le FMI et la Banque Mondiale qui nous apportent conseil et assistance dans l’exécution et la préparation de nos programmes économiques et financiers triennaux ; avec le Commonwealth et l’Organisation Internationale de la Francophonie dont la coopération dans divers domaines nous est précieuse ; avec les agences des Nations Unies, dont la présence sur le terrain est irremplaçable. Enfin, à titre bilatéral, avec les pays membres de l’Union Européenne, la Chine, le Japon et d’autres partenaires qui nous font bénéficier de leur soutien. Ce réseau, très dense, de solidarité et de confiance, est pour nous source de satisfaction et d’encouragement.

Dans l’observation de la situation internationale, nous avons trouvé à la fois des motifs d’espoir et d’inquiétude. En Afrique, alors que la tension paraît s’être quelque peu apaisée aux frontières du Tchad et de la RCA et qu’en Côte d’Ivoire un consensus a pu se réaliser à propos de l’identification des électeurs, les hostilités ont repris dans l’Est de la RDC ; l’équilibre peine à se rétablir en Somalie ; le processus démocratique reste bloqué en Mauritanie et incertain en Guinée Conakry. Dans d’autres régions du Monde, on ne peut que déplorer l’aggravation de la situation au Proche Orient et l’ouverture d’un nouveau foyer de tension dans le Caucase. Ceci doit nous amener à réfléchir sur la fragilité des solutions et des compromis, de même que sur la nécessité de rester vigilants quant au maintien de la paix.

Je voudrais, pour finir, souligner la portée des documents signés en août dernier à CALABAR qui scellent la rétrocession de la péninsule de Bakassi au Cameroun. Au-delà de la valeur d’exemple du mode de règlement employé, je veux en retenir les perspectives qu’il offre pour les relations entre le Nigeria et le Cameroun. Nos deux pays ont toutes les raisons de développer leur coopération dans de nombreux domaines : politique, économique, culturel, sécuritaire. J’ai la conviction que cela répond, non seulement aux intérêts de nos deux peuples mais aussi à leurs aspirations les plus profondes. Pour sa part, le Cameroun y est très favorablement disposé et ne ménagera aucun effort pour avancer dans cette voie.
Monsieur le Doyen, Mesdames et Messieurs les membres du Corps Diplomatique.

Le moment est maintenant venu pour moi de remercier votre Doyen pour les v ux chaleureux qu’il m’a adressés en votre nom.

A mon tour, je vous serais obligé de transmettre les miens aux Hautes Autorités que vous représentez.

Pour vous-mêmes, vos familles et vos proches, je forme les souhaits les plus sincères de bonheur et de santé.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Paul Biya
PRC)/n
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