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Pauline Filinger:  » L’AFC est le moteur de la vie des chapelles, des paroisses, des presbytères, du Synode et du Conseil des Femmes »

Rencontre avec l’association chrétienne des femmes de l’église presbytérienne camerounaise en France

Le 26 mai dernier, à Besançon, se tenait un culte spécial Cimade, cette association qui s’occupe du droit des migrants. Les communautés presbytériennes camerounaises de Mulhouse et de Lyon sont venues en force animer ce culte présidé par Pierre-Emmanuel Panis, pasteur de l’Eglise Protestante Unie de France, et son confrère, le pasteur Johnny Nleme Nleme, de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise. On a remarqué la participation effective d’une quarantaine de femmes de l’A. C. F., Association Chrétienne des Femmes, qui a accompagné dans une liturgie haute en couleur et enlevée comme au pays, ce culte qui coïncidait avec le jour de la fête des mères. A l’issue de cette journée, où les chrétiens bisontins ont aussi partagé un repas convivial avec leurs invités camerounais, nous avons rencontré Madame Fillinger, née Ngono Pauline. Elle est présidente de l’A. C. F. Mulhouse.

Qui êtes-vous, madame Fillinger?

Je suis une Camerounaise, chrétienne de ma paroisse E. P. C. de Komassi près de Djeng. Depuis l’enfance, j’ai baigné dans la vie des femmes chrétiennes de mon pays. Mais je suis aussi Ancienne de l’église depuis 2004 ; arrivée en France, j’ai continué ces activités dans notre communauté presbytérienne de Mulhouse.

Qu’est-ce exactement que l’A. C. F. ?

L’Association Chrétienne des Femmes (le Nsamba Binga) est un groupe phare de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise. C’est une association parmi les deux autres de cette église (hommes et jeunes) qui est vraiment le moteur de la vie des chapelles, des paroisses, des presbytères, du Synode et aussi du Conseil des Femmes, ce dernier étant l’assemblée générale annuelle. Nous sommes très structurées et organisées. Pour la petite histoire, tout a commencé à l’époque des missionnaires américains, qui sont à la base de l’Eglise. Il se trouve que, dans le temps, à la fin des cultes dans les villages et les villes, les pasteurs missionnaires américains et les pasteurs camerounais ainsi que les catéchistes avaient l’habitude de se réunir dans la petite salle du Conseil afin de faire le point de la vie de la paroisse et des projets ; pendant ce temps, les femmes et les enfants restaient dans l’église, attendant leurs époux. Ces réunions étaient souvent longues, et les femmes s’ennuyaient. Alors, pour meubler, elles chantaient, priaient… Et c’est ainsi que naquit l’A. C. F.. Ces réunions se poursuivaient sur le chemin des champs, et s’enrichissaient d’études bibliques et de réflexions sur la condition de la femme. Ceci ne plaisait pas trop à leurs maris mais, aidées par des femmes de missionnaires, à l’instar de Madame Cozzens, elles établirent leurs statuts et leur structure dès 1948.

Ancienne d’église, Pauline Filinger

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Vous êtes venues en force aujourd’hui a Besançon. Que représente l’A. C. F. Dans les communautés presbytériennes camerounaises de France?

Comme vous avez dû le constater, sur la cinquantaine de chrétiens de l’E. P. C. de Lyon et de Mulhouse que nous sommes, il y a à peine une dizaine d’hommes. Nous portons aussi, comme vous le voyez, le pagne de notre association, sans oublier que la tenue traditionnelle de l’A. C. F., c’est des robes blanches. Les femmes sont généralement majoritaires, même dans notre église. Nous y apportons un dynamisme et une ferveur qui caractérisent notre association. Nous essayons ici, en France, de nous réunir autour des prières, des moments de louange, de l’évangélisation et de l’entraide. Beaucoup se demandent, et nous demandent, pourquoi nous ne nous intégrons pas aux églises locales. Ce n’est pas que nous ne nous intégrons pas, c’est que la réciproque n’est pas souvent vraie. Mais, regardez, comme aujourd’hui, c’est une église locale dans laquelle il n’y a pas de communauté presbytérienne qui nous accueille. Il faut dire que pour beaucoup d’enter nous, il n’est pas toujours évident de suivre les liturgies et les messages dans l’esprit théologique des églises d’ici. Aussi, célébrer Dieu à notre façon, c’est permettre à beaucoup d’entre nous qui ne comprennent pas grand chose dans les cultes classiques d’ici de revivre leur foi et de retrouver le chemin de l’église. Vous avez sans doute remarqué que dans notre célébration, nous accompagnons les cantiques traditionnels et ceux de notre composition avec nos instruments : le nkoul, le ngom, le nyas et avec des cris de joie : oyenga. Les dames qui jouent de ces instruments, celles qui dirigent, sont parfois les propres compositrices des uvres qu’elles exécutent. Il faut dire aussi que, quelque part, cela arrive à mettre en valeur certaines femmes harassées par des travaux subalternes et méprisées pour leur statut social : femmes de ménage, auxiliaires de vie et autres… En louant, et célébrant Dieu dans la danse et dans le chant, elles se sentent aimées et sans doute pas rejetées.

Nous participons aussi à la vie effective des paroisses qui nous accueillent à Mulhouse et à Lyon. Pour nous, à Mulhouse, c’est l’Eglise Réformée de l’Illberg-Côteaux et le pasteur Alain Spielewoy qui nous accueillent. Trois membres de notre communauté siègent au Conseil paroissial. L’A. C. F. anime nos cultes communs et différentes sorties paroissiales dans la région. Il n’y a pas longtemps, nous sommes allées au village de Albert Schweitzer, fêter le centenaire de sa mort. Nous participons aussi à différentes veillées funèbres et dans quelques semaines, nous animerons un mariage avec notre chorale, à Guebwiller.

Des membres de l’association chrétienne des femmes de l’église presbytérienne camerounaise en France

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