Culture › Musique

Piraterie : Le phénomène prend de l’ampleur au Cameroun

Le commerce des supports musicaux, audio et vidéo de contrefaçon prospère dans la capitale camerounaise.

« Je vends les cd piratés parce que je n’ai pas d’emploi. C’est par là que je gagne mon pain », nous lance Henri, jeune vendeur de Cd piratés à l’Avenue Kennedy à Yaoundé. En effet, ils sont de plus en plus nombreux ces jeunes qui parcourent les rues de Yaoundé avec des sacs remplis de Cd de contrefaçon. En main, ils exhibent les dernières sorties artistiques. Après Lady Ponce, Majoie Ayi, Tonton Ebogo, tsimi Toro, dont les uvres sont on ne peut plus piratées, depuis quelques jours, ce sont des nouveaux albums des artistes Petit Pays (Fiko Fiko, sorti le 20 décembre dernier), et « Renaissance » de Samy Diko qui sont les plus vendus au « marché noir », nous confie un vendeur de Cd. Ces exemples ne sont que la partie visible de l’iceberg, car le mal a atteint les proportions alarmistes et le seuil de l’intolérable. En bordure de route, avec 400 Fcfa ou 500 Fcfa, l’on peut s’offrir un album récemment sorti et dont le véritable prix d’achat oscille entre 2000 F et 4000 Fcfa. Le commerce des Cd piratés n’a plus de clivage : le vendeur pouvant même venir vous proposer la « marchandise » dans votre bureau ou dans votre véhicule.

Au Cameroun, la piraterie des uvres musicales est un marché qui a le vent en poupe. L’on se demande même si ce phénomène qui étend ses tentacules pourra être éradiqué. Forces de l’ordre, hommes d’affaires, ménagères et tout autre mélomane consomment en majorité les uvres de contrefaçon. Dans les véhicules des particuliers, il est rare de trouver la pochette d’un Cd original, mais plutôt des « compils » ou « best of » des artistes locaux ou étrangers.


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Interrogés, certains consommateurs de ces uvres avancent l’argument du coût élevé de la vie qui ne permet pas à un citoyen ordinaire de s’offrir un Cd original à 4000 Fcfa ou à 5000Fcfa. D’autres par contre estiment qu’avec 500Fcfa, ils peuvent s’offrir un « best of » qui retrace la carrière musicale de leur artiste préféré. Et les commerçants qui s’investissent dans ce trafic font à coup sûr des bonnes affaires. Henri notre vendeur nous confie qu’il se ravitaille au marché central de Yaoundé, chez un distributeur anonyme où il achète un carton de Cd piratés à 25 000Fcfa et à chaque carton vendu, il a un bénéfice de 10 000Fcfa à 15 000Fcfa. Comme quoi si ce commerce est en expansion, c’est certainement à cause de certains « gros bras » ou « grosses baleines » pour reprendre des expressions chères à Big Fallo, un artiste camerounais dont les uvres sont constamment piratées. Mais le pire ici est que certains artistes locaux sont entrés dans cette mauvaise danse. Une chanteuse qui a requis l’anonymat nous a révélé qu’elle préfère la piraterie car, «les pirates nous rendent populaires en faisant notre promotion gratuitement auprès du grand public». Mais elle oublie d’ajouter que les retombées financières d’une telle initiative entrent dans les poches des pirates. Aussi n’est-on pas surpris de voir les artistes se clochardiser.
D’autres artistes, pour sauver leur honneur se retrouvent parfois à faire des rixes avec des petits revendeurs. C’est le cas de l’artiste Papillon qui s’est livré en spectacle avec les vendeurs de Cd piratés à Douala. Le « Maréchal » n’avait pas pu supporter voir vilipender le travail qu’il a abattu durant des années. Et pour mettre plus d’efficacité à sa lutte contre la piraterie, l’artiste Papillon a même mis sur pied le comité national de lutte contre la piraterie (CNLP). Cette structure dirigée par « Mota Nguigna » (homme fort) est basée à Douala et ouverte à ceux qui sont motivés par la lutte contre la piraterie. Au cours de l’année 2008, l’artiste a même organisé une série de manifestations visant à sensibiliser l’opinion face à ce qu’il qualifie de « gangrène pour la musique camerounaise ».


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