Plaidoyer du Race: «Enfin un règlement du service de l’eau potable au Cameroun»

L’association réagit à l’adoption du règlement du service affermé de distribution de l’eau potable dans les centres urbains et périurbains

Sous la pression des associations des consommateurs, le gouvernement vient d’adopter un Règlement du service affermé de distribution de l’eau potable dans les centres urbains et périurbains. En effet, c’est par un décret du Premier Ministre Chef du Gouvernement daté du 27 Décembre 2010, que les protagonistes du service public de l’eau au Cameroun disposent désormais d’un cadre juridique formel régissant leurs relations. Ce texte règlementaire fixe les conditions et les modalités de fourniture d’eau potable, conformément aux contrats d’affermage et de performance signés entre l’Etat du Cameroun, la CAMWATER et la CDE. Bien que profondément imparfait, il comble le vide juridique qui prévalait depuis plusieurs années dans les relations entre les usagers et les opérateurs du secteur de l’eau.

Tout en déplorant l’absence d’un régulateur pour assurer l’arbitrage, comme il en existe dans la plupart des secteurs stratégiques similaires, les consommateurs saluent l’adoption de ce nouveau texte règlementaire, qui constitue une indéniable avancée pour le droit d’accès à l’eau potable au Cameroun. C’est une victoire importante pour les organisations représentant les intérêts collectifs des consommateurs, qui disposent maintenant d’un instrument juridique pour appuyer leurs actions de revendications et de plaidoyers en faveur usagers de l’eau. En adoptant ce texte presqu’en catimini, après une parodie de concertation avec quelques associations de consommateurs, le gouvernement a fait preuve d’un embarras manifeste à règlementer le service public de l’eau.

A titre de rappel, la privatisation de la SNEC (Société Nationale des Eaux du Cameroun) a abouti le 31 Décembre 2005 à la création d’une société de patrimoine à capitaux publics, la CAMWATER (Cameroon Water Utilities Corporation) et à une entité privée d’affermage créée en 2008 chargée de l’exploitation, la CDE (Camerounaise Des Eaux), filiale du groupe marocain ONEP-DELTA-INGEMA-HOLDING. Malgré la savante répartition des rôles entre ces 02 entités et les centaines de milliards de FCFA de fonds publics investis depuis 03 ans, l’eau reste rare et coûte toujours plus chère au Cameroun. Pour l’heure, la réforme sensée régler définitivement le problème du déficit chronique en eau potable dans notre pays, ne profite principalement qu’à quelques sous-traitants de la CAMWATER et au fermier marocain. Nonobstant le fabuleux potentiel hydraulique de notre pays et les énormes subventions de l’Etat, le mètre cube d’eau facturé aux usagers oscille entre 271 et 364 FCFA et reste inaccessible pour l’immense majorité des consommateurs. Sans compter les conséquences sanitaires pour des millions d’usagers, notamment la recrudescence des maladies hydriques dues à la mauvaise qualité de l’eau distribuée.

Par ailleurs, dans la plupart des 105 localités qui constituent le périmètre de distribution concédé à la CDE en 2008, entre 60 et 80% des usagers continuent à recourir aux puits traditionnels très souvent insalubres et aux marigots pour s’approvisionner en eau pour leurs besoins quotidiens. A postériori et compte tenu des difficultés persistantes d’approvisionnement en eau potable dans plusieurs localités du pays, on peut dire sans ambages aujourd’hui que l’intérêt du consommateur n’est pas une priorité pour les pouvoirs publics. Nous rappelons que depuis le 28 Juillet 2010, l’ONU a reconnu « l’accès à l’eau potable » comme un droit de l’Homme à part entière. Au Cameroun comme ailleurs dans le monde, l’eau potable ne peut donc plus être considérée comme un vulgaire produit marchand, mais plutôt comme un bien de première nécessité qui relève du service public et ne doit pas être livrée à la seule loi du marché. Parce qu’à l’instar d’autres richesses naturelles de ce pays, l’eau est la propriété de plein droit de tous les Camerounais et plus est, un secteur de souveraineté par excellence, le RACE réaffirme sa position en faveur de la renationalisation du service public de l’eau.

Ce nouveau texte règlementaire est une réponse administrative inapte à satisfaire les désidératas fondamentaux et le besoin de justice des consommateurs. Toutefois, en attendant sa vulgarisation et en dépit de son caractère partial et taillé sur mesure en faveur du fermier, le RACE appelle les usagers à se l’approprier, afin d’exercer plus légitimement leur droit d’accès à l’eau potable. Quoi qu’il en soit, seule la mobilisation nous permettra d’imposer un contrôle citoyen du tarif de l’eau et d’influencer la politique sectorielle de l’eau potable au Cameroun.

L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable !

* Cette liste est un extrait de l’Annexe 1 du Contrat d’affermage du service public de l’alimentation en eau potable des centres urbains et périurbains. Dans les conditions fixées par le présent Règlement du service, la CDE a l’obligation d’assurer l’accès à l’eau à toute personne résidant dans l’une de ces localités qui en fait formellement la demande

Liste des 105 localités du périmètre d’affermage*
Race)/n


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