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Plaidoyer pour une amnistie générale pour Paul Biya et son entourage familial et politique

Par le Père Ludovic Lado

Blaise Compaoré n’a pas la chance de Paul Biya. Les Burkinabé ne sont pas les Camerounais. Le tripatouillage de la Constitution que Mr Biya a obtenu au Cameroun sans qu’une mouche ne voltige, Mr Compaoré va devoir l’arracher au Burkina Faso au prix du sang. Le peuple Burkinabé nous donne depuis quelques mois une belle leçon de mobilisation populaire et politique pour une cause noble. Mais Dieu seul sait si Blaise finira par écouter la voix de la sagesse ou s’il s’obstinera dans un jusqu’auboutisme politique suicidaire.

Au Cameroun comme au Burkina, il faut aujourd’hui, il me semble, négocier une amnistie générale pour ces dinosaures de l’ancienne garde afin de donner la chance à une transition pacifique et démocratique. On sait qu’entre autres raisons qui poussent nos chefs d’Etat à s’éterniser au pouvoir, il y a la peur de l’humiliation des poursuites judiciaires contre soi et contre les siens. Il y a le souci de se protéger et de protéger les siens.

Concernant le Cameroun, il me semble que le récent rapport de International Crisis Group intitulé « Cameroun : mieux vaut prévenir que guérir » mérite plus d’attention qu’il n’a reçu jusqu’ici de la part des Camerounais soucieux d’une transition pacifique et démocratique. C’est un document d’une très grande lucidité qui frappe par la capacité de ses auteurs à cerner avec beaucoup de réalisme les contours du risque que court le Cameroun dans les années à venir, si le tournant de l’ère post-Biya n’est pas préparé et sagement amorcé.

Un paragraphe de ce document me semble capital : « Afin d’inciter le président Biya à ne pas se représenter en 2018 et à organiser des élections libres et transparentes, les partis de l’opposition et les OSC doivent lui fournir et à sa famille la garantie d’une absence de poursuites judiciaires s’il quitte le pouvoir. Bien que l’immunité du président (pour les actes accomplis dans le cadre de ses fonctions) soit déjà garantie par la Constitution, une garantie politique consensuelle des partis politiques et des OSC s’avère nécessaire pour favoriser une transition pacifique. Un cadre de dialogue devrait être instauré entre le pouvoir et l’opposition. Cette négociation porterait sur plusieurs réformes institutionnelles (révision constitutionnelle, réforme électorale, réforme de la lutte anti-corruption, etc.) en échange d’une absence de poursuites et du maintien des avoirs du président et de sa famille. Pour qu’il soit crédible, cet engagement doit être garanti par un acteur externe et impartial tel que l’Union africaine».

Comme citoyen camerounais, je reconnais au Président Paul Biya le mérite d’avoir malgré tout maintenu le Cameroun dans une relative « paix » ces trois dernières décennies. Une paix sans justice sociale est une fausse paix certes, mais ce n’est pas rien en politique et dans un contexte comme celui de l’Afrique agitée par de nombreuses crises. Mais le bilan de ce règne, hélas trop long, reste très négatif. Mr Paul Biya nous laissera un pays dans une telle déconfiture éthique et civique qu’il faudra au moins une décennie de leadership éthique pour le refaire. Cependant, le Cameroun a encore de quoi se reconstruire s’il est remis sur les rails d’une gouvernance éthique à travers un renouvellement démocratique de son leadership préparé par un dialogue politique et social sérieux et inclusif, impliquant les Camerounais de l’intérieur et de la diaspora, selon une démarche qui ira de la base au sommet.

On peut donc envisager, comme le suggère les auteurs du document d’International Crisis Group, que M. Biya troque une transition démocratique et pacifique, avec au menu des reformes institutionnelles opportunes, contre une amnistie générale pour lui ainsi que pour ceux de ses familles naturelle et politique qui la solliciteront. Ce départ négocié nous évitera un éventuel chaos dont le risque est bien réel! Dans ce cas de figure, on procèdera également à la libération négociée de tous ceux de ses anciens collaborateurs qui sont poursuivis dans le cadre de l’opération épervier.

Il convient donc que les partis politiques et les organisations de la société civile s’organisent dans le cadre d’une plateforme de dialogue pour en faire la proposition au président Paul Biya et à son entourage familial et politique. Comme l’efficacité de certaines commissions Vérité et Réconciliation, aux lendemains des pires atrocités, l’a montré dans certains pays, le pardon peut aussi être une vertu politique susceptible de faire rebondir tout un peuple. Monsieur Biya a besoin de l’indulgence des Camerounais pour se retirer et pour donner l’opportunité à un nouveau leadership démocratiquement élu de conduire la reconstruction du Cameroun. A ce tournant important de notre histoire politique, les Camerounais doivent faire preuve d’imagination et de réalisme politique. Nous plaidons pour une transition apaisée.

Père Ludovic Lado
DR)/n


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