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Pmuc: Yaoundé la frondeuse, Douala la peureuse

Des voix s’élèvent pour questionner le contrat liant l’Etat du Cameroun à cette multinationale. Pourquoi le Pmu chassé du Sénégal rémunère-t-il mieux au Gabon qu’au Cameroun?

Mercredi 13 mars 2013, les activités dans les kiosques du Pari mutuel urbain camerounais (Pmuc) du quartier Akwa vont bon train. A la direction générale de l’entreprise, sise dans le même quartier, tout semble aller pour le mieux. A l’extérieur, c’est tout le contraire qui se présente, même si certaines personnes comme les femmes qui gèrent les deux kiosques en face du bâtiment administratif de Pmuc ne veulent pas l’admettre officiellement. Les confidences de plusieurs gérants de kiosques indiquent le v u de prendre le relais de leurs collègues de la ville de Yaoundé. Ceux-ci dénoncent, depuis le mardi 12 mars 2013, le mauvais traitement de leur employeur. Parmi les revendeurs de tickets approchés dans plusieurs quartiers de Douala, il y a en qui aimeraient aussi dire leur ras-le-bol. Comme ceux de Yaoundé et ailleurs dans le triangle national, ils formulent les mêmes griefs contre leur employeur. Le problème au niveau des gérants de kiosques Pmuc de la capitale économique est la division. Tous ne sont pas unanimes sur la voie à suivre. Ils sont incapables d’agir d’une seule voix. Difficile dans ces conditions de faire paniquer la hiérarchie. D’aucuns, par hypocrisie, disent même ignorer la vraie raison du soulèvement de leurs collègues de Yaoundé. «J’entends seulement qu’ils font grève, mais je ne sais vraiment pas pour quoi. Il y a plusieurs langues qui s’élèvent dans ce sens là. Mais tant que je n’aurai pas encore vu à la télévision ou lu dans la presse, je resterai toujours sur ma soif», explique une revendeuse de tickets de Pmuc dans sa maisonnette rose. On apprend d’elle que le mouvement d’humeur court depuis le 7 mars 2013. Malgré cette tempête, les parieurs de Douala ne semblent pas concernés. Ils sont nombreux devant les kiosques pour miser. Un accro des jeux de hasard rêve de remporter un gros lot depuis des années. Aujourd’hui, il tente encore sa chance. En versant 6. 600 FCFA à la gérante, qui lui remet en retour un ticket. A préciser qu’ils sont nombreux à parier tous les jours. Certains forment même de longues files d’attente dans les kiosques. «C’est difficile de gagner, surtout avec le trucage qui se passe à l’hippodrome. C’est une grosse mafia européenne», vocifère un observateur averti.

Les raisins de la colère
4% des ventes de tickets réalisées au quotidien représenteraient la rémunération journalière des employeurs de Pmuc. Un taux jugé minable qui devrait être revue à la hausse, comme au Gabon, où leurs confrères bénéficient de 8% sur les réalisations régaliennes. «Trop, c’est trop. Yaoundé a raison de manifester. C’est parce qu’ici à Douala, il y a des traîtres et des peureux. Et pourtant, ce que nos collègues revendiquent concerne tout le monde. Mais si on donne le mot d’ordre ici, vous allez voir certains qui iront vous trahir auprès de nos supérieurs et pourtant, c’est un problème de tous. Il y a des gens qui travaillent depuis 10 ans, 15 ans et plus, mais ne sont pas affiliés à la Cnps. Ils n’ont même pas de salaire de base. D’autres sont même morts gratuitement en faisant ce travail», s’indigne une employée de Pmuc à Akwa. Sa voisine menace de sortir les griffes si jamais rien n’est fait pour les satisfaire. «Ça doit changer, sinon je risquerais sortir la machette sur quelqu’un. Pourquoi devons- nous accepter être traités comme esclaves dans notre propre pays, et nos dirigeants sont là, les bras croisés, ils laissent qu’un expatrié vienne nous maltraiter sur notre territoire», s’indigne-t-elle.

Beaucoup de vendeurs Pmuc demandent une rupture effective avec l’impérialisme. Certains clients de Pmuc n’apprécient guère le traitement administré aux employés, qui enrichissent pourtant l’entreprise en milliards de francs CFA. « Plusieurs personnes se disent qu’en protestant pour revendiquer ce qui leur revient de droit, elles risqueront d’être virées par ces colons », indique une source de la maison mère. A en croire certaines personnes mieux orientées, la société qui ruine le Cameroun chaque jour gagnerait exagérément gros au détriment des véritables générateurs des ressources financières. «Avec l’argent versé au quotidien par des parieurs, ils versent les 65% dans leur caisse et les autres 35 %, pour la mise», apprend-on. A sa création il y a des années, le Pari mutuel urbain camerounais était censé respecter plusieurs accords signés avec l’État camerounais. Certains grands points portaient sur: « le fonds hippique, le fonds de solidarité et le fonds sur la culture. Pmuc a été créé en janvier 1994», se souvient le doyen Alain J. N, un parieur périodique. Aujourd’hui, il n’est pas exclu de se poser la question de savoir où sont passés les fonds du protocole d’accord de cette année – là ? En attendant d’obtenir une suite à cette interrogation, il est bon de souligner que les activités de Pmuc risqueraient de connaître le pire à Douala, si bien évidemment rien n’est fait pour changer la donne actuelle. Approchée, la direction générale du Pmuc a refusé de se prononcer.

Intégration en kiosque

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