Politique › Judiciaire

Pascal Magnaguemabé ou le magistrat tombé de haut

Retour sur le parcours, les affaires et les polémiques autour d’un des magistrats les plus craints du pouvoir judiciaire camerounais.

Il est un produit de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (Enam) de Yaoundé, promotion 1985. Pascal Magnaguemabé, la cinquantaine, est un personnage dont le nom est indissociablement lié à l’opération Epervier. La campagne de lutte contre les détournements de derniers publics lancée par le président Biya en 2006. Depuis son bureau situé dans le bâtiment du tribunal de première instance abritant les bureaux des juges d’instruction surnommé Guantanamo, Pascal Magnaguemabé s’est bâti une réputation solide et terrifiante qui remonte à ses premières années d’exercice au sein du corps de la magistrature.

A sa sortie de l’école, ce fonctionnaire est d’abord affecté dans la ville de Mbanga, puis à Douala avant d’être muté à Yaoundé. Très vite, Pascal Magnaguemabé se démarquera de ses compères en recevant ce qu’il considère comme une « affectation disciplinaire » dans la ville de Mora à l’Extrême-nord du Cameroun. D’après l’ancien Secrétaire général à la Présidence de la République aujourd’hui détenu Marafa Hamidou Yaya, cette affectation faisait suite à sa gestion d’un dossier concernant un litige foncier lié à la succession de l’ancien ministre Mohaman Lamine.

Peu de temps après, Pascal Magnaguemabé est ramené à Yaoundé comme substitut du procureur, grâce à une main mise réelle ou supposée d’Amadou Ali, alors vice-Pm en charge de la Justice, dixit une lettre de demande de réclusion écrite de Marafa Hamidou Yaya. Selon ce dernier, il est le poulain du Vice-premier ministre qui ne manque pas de lui confier les dossiers les plus délicats de la justice camerounaise. L’un des premiers est l’affaire Titus Edzoa/Thierry Michel Atangana, des noms de l’ancien Sg/Pr et de l’ancien président du Copisur (Comité de Pilotage et de Suivi des axes routiers Yaoundé-Kribi et Ayos-Bertoua), tous deux incarcérés entre 1997 et 2014 au secrétariat d’Etat à la défense (Sed) pour détournements de deniers publics.

Dans cette affaire, Pascal Magnaguemabé crée un tollé dans le sérail. Le 23 octobre 2008, le juge instructeur rend une ordonnance de non-lieu partiel et ordonne la levée du blocage des comptes bancaires de Thierry Michel Atangana, et il établit également l’innocence de Titus Edzoa sur 3 des 5 chefs d’accusation préalablement retenus contre lui. Une décision courageuse qui ne manquera pas de faire jaser, avant que l’ordonnance ne soit rectifiée quelque temps après.

Loin de s’en tenir à cela, Pascal Magnaguemabé fait de nouveau parler de lui en 2010. Enquêtant sur l’implication de plusieurs hautes personnalités dans l’affaire concernant l’achat d’un avion présidentiel, il demande au délégué général de la Sûreté nationale de l’époque, Emmanuel Edou, de procéder au retrait du passeport du ministre de l’Administration territoriale, Marafa Hamidou Yaya. Le fait est inédit ! Il faudra l’intervention du président Biya en personne, pour que la mesure du magistrat soit levée. Suite à ce clash, de nombreuses personnes proclament sa chute imminente. Mais c’est l’inverse qui se produit. La même année, une révélation du quotidien l’Oeil du Sahel le cite parmi les récipiendaires d’une somme de 300 millions de F. CFA versée par le président de la République pour financer l’opération épervier (800 millions de F selon l’expert financier Dooh Collins dans des révélations de Wikileaks).

Pascal Magnaguemabé aurait ainsi reçu plusieurs millions de francs, sans que jamais on ne sache dans quel compte cet argent était logé. Le juge est visiblement dans les bonnes grâces des cercle du pouvoir. Ce qui n’empêche pas les prévenus Marafa Hamidou Yaya et Jean Marie Atangana Mebara de récuser le magistrat en 2012, au motif d’une absence d’impartialité de sa part. Les deux anciens haut-commis de l’Etat respectivement ministre de l’Administration territoriale et Secrétaire général à la Présidence de la République étant cité dans l’ affaire Albatros. Une affaire de détournement de derniers publics en coaction, impliquant d’autres prévenus de haut rang tels que l’ancien Premier ministre Ephraïm Inoni, l’ancien DG de la Camair Yves-Michel Fotso, Hubert Patrick Marie Otélé Essomba, Jérôme Mendouga

Pascal Magnaguemabe est contesté de toutes parts. Le magistrat est accusé de tous les maux. Accusé d’avoir dénaturé les faits avec la complicité du procureur de la République pour assurer à Jean Marie Atangana Mebara et à Ephraïm Inoni une « totale impunité », d’avoir « transformé le dossier de l’affaire Albatros en fonds de commerce ». Marafa Hamidou Yaya, dans sa lettre de récusation écrivait d’ailleurs : «Monsieur Magnaguemabé Pascal me dit entre autres qu’il s’occupe du dossier Albatros. Qu’il voulait que nous nous « arrangions » et que, si j’en avais convenance, il pourrait m’aider si je me montrais « compréhensif ».»

Des accusations qui ne laissent pas sa hiérarchie insensible qui le dessaisit du dossier Albatros, alors même qu’il s’apprêtait, selon des sources anonymes, à faire de nouvelles arrestations. C’est un passage à vide que connait le tout puissant Pascal Magnaguemabé, avant sa réhabilitation en 2014.

 

 

 

 

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