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Portraits de femme: Marie Madeleine Wafo, femme, albinos et bien dans sa peau

Veuve depuis douze ans, elle milite à travers des associations pour l’insertion des albinos et des orphelins dans la société

« Je suis un noir, ma peau est blanche et moi j’aime bien ça ; C’est la différence qui est jolie ». Ce refrain de Salif Keita, madame Njomnan, épouse Wafo Marie Madeleine le chanterai volontiers. « Si je le connaissais » avoue-t-elle, après en avoir écouté un bout. «Vue que c’est tout moi ! Je suis concernée par la chanson ». Elle est, comme l’auteur de la chanson, albinos. « Les gens nous appelle Nguenguerou, hirondelle », mais elle a toujours su garder sa force de caractère. « Travailleuse et relax », voila comment elle-même se présente. Et à l’approcher, l’on s’en rend immédiatement compte. Sans complexe. « Je me sens bien dans ma peau, je ne me sens jamais étrangère dans un milieu ». Toujours un large sourire aux lèvres et un humour déconcertant, Marie Madeleine est le genre de personne qui sème la bonne humeur à tout moment dans son entourage.

Un mari à 15 ans
Son sourire est d’ailleurs l’un de ses principaux atouts, elle qui est appelée à rencontrer les patrons et autres chefs d’entreprises pour défendre des projets en faveur des associations et regroupements qu’elle préside. Elle est présidente des femmes albinos du Littoral, puis délégué régionale pour le Littoral de l’ASMODISA, l’association mondiale pour la défense des intérêts des albinos. Sous cette casquette, elle a pour mission principale de réunir toutes les femmes albinos de la région autour de l’idéal selon lequel « elles font partie intégrante de la société ». Mission difficile, « et je dirais même très difficile, puisque les femmes sont encore très complexées. Les séquelles de la marginalisation qu’elles subissent de la société ne sont pas prêts de s’effacer » raconte la présidente, native de Batoufam dans la région de l’Ouest. Elle y voit le jour le 24 juin 1963. Seule albinos de sa famille, elle fera pendant longtemps l’objet de toutes les injures, de toutes sortes de rejet de la part de ses camarades. « Mais je n’étais pas du genre à me laisser faire. Je n’acceptais pas qu’on m’insulte et de toutes les façons je prenais bien soin de moi ». La preuve, à l’âge de quinze ans, elle se fait remarquer par un homme qui quatre années plus tard deviendra son mari. « Je me rappelle qu’il passait tous les jours devant l’école pour aller à son travail. Il faisait des pieds et des mains pour me saluer chaque matin. Au départ j’étais toute naïve, mais vue qu’il insistait et qu’il s’est montré sérieux, je me suis lancée ». De cette union est né un seul enfant, puisque le conte de fées s’est tragiquement achevé en 1999 avec la disparition de son mari.

Marie Madeleine Wafo
Journalducameroun.com)/n

Femme de c ur
« Depuis la mort de mon époux, j’ai décidé de ne plus me marier. C’est la seule personne qui m’avait entièrement adopté, qui me comprenait et je ne suis pas sûre que je pourrai m’entendre autant avec quelqu’un d’autre ». Depuis lors, Marie Madeleine à consacré sa vie au combat pour une saine insertion des albinos et des orphelins dans la société. « Je ne fais rien d’autre que ça, m’occuper des enfants vulnérables et des femmes albinos ». Elle est par ailleurs présidente, depuis trois ans, de l’association « Femme de c ur de Tergal », le quartier de Douala où elle vit depuis près d’une trentaine d’années. Depuis 2005, l’association accueille les orphelins et enfants vulnérables de 0 à 17 ans. Avec beaucoup de difficultés certes, mais elle mène ses actions d’abord avec le c ur. Un partenariat vient d’être signé avec l’ONG « Africa For Women » qui se propose de venir en aide aux orphelins de cette association. « Le soutien aux orphelins n’est pas évident au Cameroun, au regard de la malhonnêteté qui caractérise les gens » explique-t-elle. Mêmes difficultés dans le cadre de l’asmodisa, « puisqu’il faut des moyens pour organiser les conférences et autres table-rondes pour expliquer des choses fondamentales sur la santé de l’albinos qui, on le sait, est très fragile ».

Mais l’une des choses dont elle est déjà fière aujourd’hui, c’est d’avoir réussi à mobiliser les femmes albinos de la région du Littoral au sein d’un regroupement qui va grandissant chaque année. « Les chiffres augmentent chaque année. La première année nous étions quatre femmes à défiler lors du 08 mars, cette année nous atteignons la trentaine et cela me fait énormément plaisir que les femmes prennent conscience de ce qu’être albinos n’est pas un drame, mais une volonté divine. Il faut accepter ce que Dieu a voulu que nous soyons». Ainsi dit, tout son souhait est de pouvoir obtenir des microcrédits qui vont leur permettre de créer des activités génératrices de revenus, « vue que les albinos ont même des problèmes pour être embauchés dans les entreprises ». Une situation très grave selon Marie Madeleine Wafo, qui depuis douze ans vit et s’occupe de sa famille, sa fille et d’autres enfants qu’elle accueille chez elle, grâce à la pension de son défunt mari.

Elle consacre sa vie au combat pour la reconnaissance des albinos
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