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Portraits des fils du Noun ayant siégé au gouvernement

Du sénateur Njoya Arouna hier à Mefiro Oumarou aujourd’hui, ils sont plus d’une dizaine à avoir occupé des positions stratégiques dans l’appareil administratif du Cameroun. Leurs trajectoires

Njoya Arouna
Né en 1908, il fait partie des tous premiers camerounais qui ont mené le combat d’accession du pays aux indépendances. Fils de Njimonkouop, frère de la reine Njapdounké qui engendra le Roi Njoya, il est désigné chef du groupement Njinka en 1924, le sénateur Njoya Arouna a été tour à tour ministre des finances, de l’intérieur et de la justice. Un des acteurs influents du gouvernement de l’époque, il a pesé sur la tenue des assises de la réunification à Foumban en juillet 1961 et meurt le 09 Octobre 1971 sans avoir assisté à cette réunification pour laquelle il avait bataillé.

Politicien rusé, il est un des membres fondateurs de l’Union Camerounaise devenue plus tard l’Union Nationale Camerounaise, il sera par ailleurs vice-président du bureau de l’assemblée fédérale du Cameroun en 1070. On garde de lui le souvenir d’un politicien réaliste et pragmatique dont le conflit avec feu le sultan Seidou Njimoluh a empoisonné et continu encore d’empoisonner l’atmosphère politique du Noun. On lui doit la construction de l’actuel hôpital de District de Foumban du temps ainsi que la valorisation et la vulgarisation de la culture de café.

Kouandy Aliyou
Né en 1935, sa carrière sera couronnée par le poste de vice-ministre des Equipements en 1972 puis de consul général à l’ambassade du Cameroun à paris en 1976 où il meurt le 1er avril 1978. Il a fait ses études primaires à l’école publique de Foumban, secondaire au lycée Leclerc de Yaoundé où il obtient le Baccalauréat en 1954. Il séjourne ensuite à l’école camerounaise d’administration et est intégré administrateur civil en 1963. Il est tour à tour, directeur de la division Europe-Afrique du ministère des affaires étrangères en 1963, secrétaire à l’ambassade du Cameroun à Brazzaville, chargé d’affaire du Cameroun au Gabon de 1969 à 1972 d’où il revient au Cameroun. D’aucuns lui prête la paternité du bitumage de la route Foumbot-Foumban. Il a été l’un des rares fils du Noun à siéger au gouvernement sans avoir des liens de parenté direct avec le palais des Rois Bamoun.

Mbombo Njoya Ibrahim
C’est incontestablement celui qui a battu le record de longévité aux postes les plus stratégiques du gouvernement de la République. Sa propension débute en 1957 lorsqu’il est attaché du Haut-Commissaire de la République du Cameroun. Ses bons et loyaux services mais surtout sa fidélité aux idéaux du renouveau lui permettront de gravir tous les échelons et de subsister aux affaires malgré le changement intervenu à la tête de la République le 06 novembre 1982. Qu’il s’agisse de ses fonctions diplomatiques (ambassadeur du Cameroun en Guinée Equatoriale et en Egypte) ou gouvernementales (postes et télécommunications, jeunesse et sport, information et culture, administration territoriale etc.)

Mbombo Njoya a laissé le souvenir d’un grand commis de l’Etat doté d’un sens de vision exceptionnel. C’est par son courage que le Cameroun a abrité la première coupe d’Afrique des nations en 1972. C’est également grâce à lui que les messes souterraines n’ont pas ébranlé le nouveau régime de Paul Biya vers les années 1984. Il se retire du gouvernement en 1992 avec son intronisation le 10 août de la même année comme le 19ème Roi des Bamoun. Loin d’être au bout de sa trajectoire politique, il a été nommé en 2014 Sénateur par décret du Président de la République. Il resplendit de forme et veille au chevet du royaume dont il a la lourde responsabilité.

Ndam Njoya Adam
Né le 08 mai 1942 à Foumban, l’actuel président national de l’UDC avant de rejoindre l’aile radicale de l’opposition camerounaise a été un des dignes fils du Noun au sein du gouvernement de la République. Son aventure commence en 1969 avec son intégration au ministère des Affaires étrangères. Il devient vice-ministre des affaires étrangères en 1975, ministre de l’éducation nationale (1977-1980) et ministre délégué à la Présidence chargé de l’Inspection Générale et de la Réforme Administrative. C’est en 1982 qu’il quitte le gouvernement quelques mois avant l’accession du président Paul Biya à la magistrature suprême du Cameroun.

On garde de lui le souvenir du fondateur de l’Institut International des Relations du Cameroun (IRIC) dont il a été le tout premier directeur. La politique de la rigueur marquée par la pratique de la « colle » à l’éducation nationale lui colle aussi à la peau, ses diplômes relevaient d’un exploit, ce qui a marqué son passage à la tête de ce ministère. Il a été de 1992 à 2004 député et maire et depuis 1996, Maire de la Commune de Foumban, président national de l’UDC et plusieurs fois candidat à l’élection présidentielle.

Fochivé Jean
C’est en 1932 que le grand «Foch» voit le jour. Après avoir exercé dans la police nationale à travers plusieurs villes du pays (Dschang, Bafang, Nkongsamba, Douala etc.) le très regretté Jean Fochivé sort major de sa promotion à Dakar en 1959. Dès sa sortie d’école, il est nommé commissaire central de Douala cumulativement avec ses fonction à la préfectorale du Wouri et de régisseur de prison avec des résultats spectaculaires. En 1961, on lui confie la conduite du Bureau d’Etude et de Documentation (BEDOC), rattaché à la présidence, qui deviendra plus tard le Centre d’Etude National et de la Recherche (CENER).

Son entrée au gouvernement s’opère véritablement en 1989 avec sa nomination comme Directeur du CENER, poste qu’il cumule en 1991 avec celui délégué général à la sûreté nationale. Dès 1992, il est Secrétaire d’Etat à la Sécurité intérieure. Poste qu’il s’est bien approprié jusqu’en 1996 soit un an avant sa mort dans la nuit du 11 au 12 avril 1997. 17 ans après sa mort, son souvenir reste indélébile surtout dans la communauté du Noun où ses actions de générosités en faveur de plusieurs personnes restent légion. Même si l’histoire a tendance le caricaturer en le présentant comme «tortionnaire» de la République, il n’en demeure pas moins qu’on lui reconnaisse sa fidélité aux institutions républicaines, la maitrise des services de renseignement. La seule évocation de son nom fait des vagues dans la société.

Mounchipou Seidou
Administrateur civil principal, c’est du poste de gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, que l’actuel chef du village Manka (Foumban) est propulsé en 1997 par décret présidentiel à la tête du ministère des Postes et Télécommunications. Malgré son expérience avérée, l’ex gouverneur va tomber dans les filets de la justice suite à une vaste distraction de fonds dans son département ministériel. D’aucuns qualifieront cette affaire de « Mounchipougate ». Cela lui vaudra sa condamnation le 28 novembre 2003 pour détournement des deniers publics sous forme de surfacturation, de fractionnement des marchés fictifs dans le cadre de la gestion de son département ministériel. Il passera presque 15 ans de sa vie en prison. C’est cette opération main propre qui sera plus tard baptisée « opération épervier ».

Mounchipou Seidou a renoué avec la liberté en février 2014 à la faveur du décret du chef de l’Etat portant commutation et remise des peines en faveur de certains détenus. Sa communauté garde de lui le souvenir d’une élite généreuse, soucieuse du développement local et sensible à leurs grincements de dents. C’est fort de cette réputation que sa libération avait donnée droit à un délire général à Foumban, sa ville d’origine. A l’heure actuelle il coule des jours tranquilles dans son village natal à Manka Foumban en attendant sans doute de rebondir. Qui sait de quoi demain sera fait ?

Njiemoun Isaac
Originaire de Bangourain, c’est en 1998 que l’ex Directeur Général de la Caisse Autonome d’Amortissement entre de plein pied au sein du gouvernement de la République pour y remplacer numériquement et ethniquement Mounchipou Seidou, originaire du même département que lui. Gestionnaire rigoureux et éclairé, humble et discret, Isaac Njiemoun vivra avec la psychose du « Mounchipougate » au point de ne pouvoir prendre aucune initiative courageuse. Il quittera le banc du gouvernement deux ans plus tard. Ses malheurs commencent avec sa condamnation à 10 ans de prison aux cotés de l’ex Secrétaire Général de la Présidence de la République Titus Edzoa et son acolyte le franco-camerounais Thierry Michel Atangana.

Tous sont accusés de détournement en coaction de la somme de 1. 136.192.444 (un milliard cent trente-six millions cent quatre-vingt-douze mille quatre cent quarante-quatre) Francs Cfa dans le cadre de la gestion de 1994 à 1997 du comité de pilotage et de suivi du projet de construction des axes routiers Yaoundé-Kribi et Ayos -Bonis. Une affaire dans laquelle Isaac Njiemoun avait pactisé avec des loups sans s’en rendre compte. Il va d’ailleurs s’exiler quelques jours avant le décret du Chef de l’Etat portant commutation et remise des peines dont certaines de ces dispositions devraient pourtant lui en profiter si jamais il était resté au pays.

Njiemoun Mama
C’est après une très longue carrière dans la monde judiciaire que ce natif de Koupa-Menké a intégré le cercle des saints en prenant en main le portefeuille de ministre délégué à la Présidence chargé du Contrôle Supérieur de l’Etat. Un département ministériel au sein duquel sa mission consistait à dénicher les éventuelles fautes de gestions avec recadrage le cas échéant sous l’autorité du chef de l’Etat. Très effacé et jugé égoïste à souhait par ses détracteurs, Njiemoun Mama a eu du mal à imprimer sa marque dans un gouvernement qu’il a aussitôt quitté. Dans la communauté du Noun, il a eu tous les problèmes du monde pour rassembler la formidable élite originaire de cette région.

Très peu de personne ont regretté son départ du gouvernement jusqu’à son Koupa Menké natal où il avait conduit et perdu les élections municipales et législatives à la commune de Koutaba. Certains l’accusant d’avoir sacrifié les intérêts de son parti à l’autel de sa haine viscérale à l’endroit d’un de ses frères. Grâce à sa parfaite maitrise du droit, il a été promu au prestigieux poste de conseiller à la Cour Suprême du Cameroun. Au moment où nous entrons sous presse, le rapport du Conseil Supérieur de la magistrature rendue publique, appelait ce fils de Koupa Menké à faire valoir ses droits à la retraite. Il devra donc recommencer une nouvelle vie. Pour cela il devra s’armer d’une bonne dose de résistance et de patience dans le contexte socio-politique impitoyable du Cameroun.

Njankouo Lamere Daniel
Economiste pur sel et né le 15 septembre 1951 à Foumban, l’ex Directeur Général de la Caisse Autonome d’Amortissement est appelé au gouvernement en 2004 au poste de ministre délégué auprès du ministre des Finances chargé des Programmes. Sa contribution a, aux dires des observateurs, été grandiose dans le processus qui a conduit à l’atteinte du point d’achement de l’initiative Pays Pauvre Très Endetté (PPTE).Technocrate à souhait, il a eu du mal comme ses prédécesseurs à remettre sur orbite le parti au pouvoir le RDPC dans le Noun.

En quittant le gouvernement en 2007, il a réussi à garder l’image d’un homme propre dont le nom ne figure dans une affaire de détournement de deniers publics. Bien que souvent présenté comme l’une des grosses fortunes du Noun voire du pays et malgré sa tentative infructueuse de prendre les rênes de la commune de Foumban à Adamou Ndam Njoya, le président de la section RDPC du Noun Centre reste un homme serein, accessible et discret. Il se focalise sur les activités agricoles, gère son cabinet économique avec un il sur les affaires religieuses. Il n’a pas encore dit son dernier mot.

Sultan Ibrahim Mbombo Njoya
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