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Pour survivre, des déplacés syriens contraints de vendre leurs meubles

Pendant des années, Abou Ali a vécu de la vente de meubles d’occasion. Mais ce Syrien n’aurait jamais pensé qu’un jour il serait obligé de vendre son mobilier pour survivre avec sa famille dans le nord-ouest du pays en guerre.

Début mai, cet homme de 35 ans a dû fuir avec sa femme et ses cinq enfants leur village dans le sud de la province d’Idleb, alors soumis à un déluge de feu des aviations syrienne et russe.

La famille s’est réfugiée dans les oliveraies situées aux abords de la ville d’Atmé, près de la frontière turque, où plusieurs milliers de familles ont afflué faute de place dans les camps de déplacés des environs.

Dans leur fuite, les déplacés ont emmené des meubles et des objets qu’ils ont entreposés dans leur nouveau refuge.

Abou Ali raconte avoir vendu ses biens pour être en mesure d’acheter de « la nourriture, de l’eau ou des habits » pour sa famille.

Avant les bombardements, ce trentenaire disposait d’un magasin de vente d’objets d’occasion. « J’allais dans les villages voisins pour acquérir (…) des réfrigérateurs et des meubles pour les revendre », dit-il.

C’était mon « gagne-pain quotidien ».

– « C’est du vol » –

Deux jours après avoir fui précipitamment son village, sans rien apporter avec lui, Abou Ali y est retourné pour récupérer ses affaires.

Il a dû louer pour 50.000 livres syriennes (environ 90 euros) deux pick-ups dans lesquels il a mis « huit frigos, des meubles, sept machines à laver et quelques gazinières ».

Faute de pouvoir stocker le tout sous le soleil de plomb d’Atmé, et dépourvu de ressources, Abou Ali s’est résigné à tout vendre.

Les réfrigérateurs qu’il avait achetés 25.000 livres syriennes chacun ont été revendus « entre 5.000 et 7.000 livres », déplore le père de famille.

Il fallait « s’en débarrasser, quitte à les vendre à un prix minime ».

Le régime syrien et la Russie ont intensifié fin avril leurs bombardements sur la région d’Idleb, dominée par le groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS), formé par l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda.

Depuis, quelques 330.000 personnes ont fui la région, selon l’ONU.

Comme Abou Ali, Awad Abou Abdo, a fui son village dans le sud d’Idleb pour trouver refuge avec sa femme et ses six enfants sous une tente à Atmé.

Cet ancien ouvrier du bâtiment, au chômage depuis sa fuite, a aussi dû brader ses affaires.

« J’ai vendu tous nos meubles pour 50.000 livres syriennes » (environ 100 euros), dit-il.

Avec la moitié de la somme allouée au transport de son mobilier, il ne lui restait plus que 25.000 livres pour nourrir sa famille.

Awad Abou Abdo accuse des commerçants sans scrupules de venir dans les oliveraies et acquérir des biens au « quart ou à la moitié » de leur valeur. « C’est du vol », dénonce-t-il.

« Tout est cher (…) et il n’y a pas d’ONG qui s’intéressent à notre situation », déplore-t-il encore.

– « Obligée de vendre » –

Dans la ville d’Atareb, dans l’ouest de la province d’Alep, voisine d’Idleb, Abou Hussein voit s’il peut faire des affaires avec l’arrivée des nouveaux déplacés.

Dans son magasin, ce trentenaire reçoit ces personnes sans le sous contraintes de se séparer de leurs biens pour survivre.

Il fait état chaque jour de « plus de dix voitures remplies d’affaires que leurs propriétaires veulent vendre ».

« L’offre importante nous oblige à proposer des prix relativement bas », affirme-t-il, disant même rencontrer « des difficultés à revendre » les biens acquis.

Le jeune commerçant va jusqu’à se plaindre du recul de ses ventes. Désormais, des gens « achètent directement aux déplacés dans la rue, dès qu’ils arrivent », déplore-t-il.

Veuve et mère de huit enfants, Walida Darwiche n’a pas eu cette chance, elle.

Elle cherche toujours désespérément un acquéreur pour son réfrigérateur, sa machine à laver et sa télévision. Elle dit les avoir emmenés avec elle pour « les sauver des bombardements ou du vol ».

« Je suis obligée de vendre, comment allons-nous sinon vivre et manger à notre faim? », s’interroge la quinquagénaire.

Et d’ajouter: « Il n’y a aucune autre source de revenu ici (…) La situation est pire (qu’avant) parce qu’il n’y a pas d’aides ».



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