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Pour Yassa, j’accuse… !

Robert Ngangue. ©Droits réservés.

Yassa est l’un des sept villages constitutifs du canton Bakoko de Douala dont Albert Roger Milla ainsi que Sa Majesté Madiba Songuè Salomon, par ailleurs l’un des sénateurs du département du Wouri dans la région du Littoral et chef de premier degré dudit canton, sont les illustres fils. Jadis constitué de quatre maisons et situé à une dizaine de kilomètres de l’aéroport international de Douala sur l’axe lourd Douala/Yaoundé, Yassa a connu un essor fulgurant au cours de la dernière décennie. Yassa, cœur du canton Bakoko Douala par sa superficie qui s’étale sur plusieurs kilomètres en bordure de l’axe lourd et sur les deux côtés dudit axe à certains endroits, est aussi la porte d’entrée et de sortie de la ville de Douala y compris pour les usagers se rendant dans les régions de l’Ouest, Nord-Ouest et Sud-Ouest d’une part et ceux en direction des régions du Centre, de l’Est, du grand Nord et des pays limitrophes tels que la RCA et le Tchad. Par ailleurs, Yassa est situé à un jet de pierres du Complexe sportif de Japoma en construction qui abritera les matchs de la CAN 2019 prévue au Cameroun. Le carrefour Yassa est également un point de rencontre des usagers en provenance de Ndokoti via l’axe Nyala, Japoma et Nkolbong.

Fort de cette position carrefour qui lui a valu des convoitises multiples, Yassa n’a pas échappé au boom foncier lié à la croissance démographique galopante dans la ville de Douala. Très rapidement, de nombreux projets structurants du gouvernement camerounais, des usines et entreprises privées, des constructions de résidences privées, des écoles, collèges et annexes universitaires y compris des commerces et autres stations-services ont poussé comme des champignons, faisant passer Yassa d’un paisible village à une localité péri-urbaine.

Cette mutation de Yassa tant souhaitée par les yassaiens s’est faite malheureusement dans un capharnaüm indescriptible au mépris des règles basiques d’urbanisme et d’habitat ainsi que des aspirations légitimes des populations locales à la modernité. Les produits chimiques déversés par les usines dans les rivières, jadis mamelle nourricière des yassaiens par leurs abondants poissons et eaux de consommation, ont obligé les populations à changer de mode de vie. Les nuisances sonores des bars, commerces et autres églises réveillées qui jonchent les rues et se disputent la clientèle par la puissance de leurs décibels respectifs viennent nuire à la quiétude historique des yassaiens. L’hygiène et l’insalubrité prennent des proportions inquiétantes notamment avec les abondantes ordures du marché spontané et des ménages y compris les toilettes de fortune sises à proximité des bars et dont les déjections diffusent des odeurs pestilentielles à longueur de journée, faisant le lit de milliers de mouches et autres rongeurs et cafards.

Depuis quelques mois et chaque jour un peu plus, Yassa est devenu le nouveau temple du désordre galopant à Douala. Cette anarchie criarde se manifeste par l’obstruction et la confiscation de la chaussée par les usagers inciviques, ce qui perturbe la libre circulation des biens et des personnes et multiplie les risques d’accidents de la circulation. Un marché spontané s’est développé progressivement au Carrefour Yassa. Les commerçants et marchands ambulants occupent sauvagement la chaussée et le domaine public avec leurs denrées, vivres frais, marchandises, étals, kiosques, matériaux de construction, garage automobile et motos, laveries etc. Les fournisseurs des commerces, les taximen et les « moto taximen » stationnent avec arrogance leurs véhicules et motos en plein carrefour, invectivant les usagers qui s’opposent à leur incivisme et obstruant totalement la bretelle qui rejoint le village Yassa. La relocalisation à Yassa du stationnement des camionneurs en direction de la RCA et du Tchad a favorisé la montée de l’insécurité et de la criminalité dans la localité. Les forces de l’ordre à Yassa ont rapporté à plusieurs reprises que ce stationnement est devenu un fumoir et un nid de brigands dont les activités portent atteinte à la sécurité et la quiétude des Yassaiens.

L’occupation anarchique du domaine public et des servitudes d’utilité publique à Yassa marquée par des constructions illégales souvent avec des matériaux finis, des kiosques de fortune, des églises, mosquées sur les emprises et sous les lignes de la haute tension se fait en violation de la réglementation en matière de construction, d’urbanisme, de circulation routière et de régime foncier et domanial. Comme si cela ne suffisait pas, il y a un peu plus de deux mois, des gares routières spontanées et anarchiques avec leur lot de chargeurs ambulants ont rejoint le carrefour Yassa, stationnant et déversant leurs passagers sur la chaussée en violation des usages et règles en la matière.

Fort de ce qui précède, à la lumière de la politique gouvernementale en matière de décentralisation et de  développement local, de l’urbanisme et de l’habitat et s’appuyant sur l’arrêté préfectoral N° 22/2013/AP/C19/3P du 31 janvier 2013 portant création d’une plateforme de lutte contre le désordre urbain et la protection des civils dans la ville de Douala, les ressortissants de Yassa ont saisi les autorités compétentes afin de solliciter leur intervention et siffler la fin de la recréation au Carrefour Yassa. Convaincu que le gouvernement détient le monopole de la puissance publique, les yassaiens regroupés au sein de l’Association des Ressortissants de Yassa pour le développement local (ARYDEL), s’engagent à s’investir en collaboration avec les pouvoirs publics locaux au désengorgement du Carrefour Yassa. Un comité de vigilance local a été constitué pour sensibiliser les inciviques et assurer la continuité des opérations coups de poings contre l’anarchie que les autorités compétentes pourraient mener à Yassa. Cette initiative visant à refaire une belle toilette au Carrefour Yassa présente de nombreux enjeux, en particulier Yassa porte d’entrée dans la belle ville de Douala et Yassa passage incontournable pour rejoindre le Complexe sportif de Japoma où de nombreux visiteurs et autorités se rendront lors du grand rendez-vous du football africain qui se tiendra au Cameroun en octobre 2019. L’image du Cameroun émergent et arrimé à la modernité en dépendra aussi.

*Diplomate onusien

Elite extérieure du village Yassa Douala

 

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